Le blog de Laurence, mamie conteuse

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dimanche 31 juillet 2005

Arpège et son ombre





C'était un garçon qui s'appelait Arpège et qui n'arrivait pas à venir à bout de son ombre. D'habitude, notre ombre ne se fait pas remarquer. Elle marche gentiment devant nous, derrière nous ou sur le côté et elle ne nous lâche pas d'une semelle.Lui, pendant qu'il s'en allait sur le trottoir, son ombre batifolait au milieu de la rue, parmi les voitures,. Ou bien elle grimpait aux murs des immeubles, dansait sur les balcons des appartements et redescendait en se servant comme parachute d'une graine de pissenlit. Elle s'attardait en arrière et il était obligé à tout moment de s'arrêter pour l'attendre. Ou bien elle courait devant et il s'essoufflait à la rattraper. Enfin, elle lui faisait une vie impossible.
Il avait essayé toutes sortes de solutions. Il l'avait raisonnée, puis il l'avait grondée, mais elle lui répondait: " Je ne peux pas m'en empêcher" !C'est tout ce qu'elle trouvait d'intelligent à dire. Il l'avait tenue en laisse, comme un chien, mais elle cassait sa laisse er s'en allait traîner...on ne sait pas où. Il l'avait fixée à ses souliers avec de la colle forte, c'est une publicité de la télé qui lui en avait donné l'idée. Mais elle se sauvait tout de même et c'était lui qui restait attaché sur place et ne pouvait plus faire un pas. Il l'avait laissée à la maison, enfermée à double tour: " Au moins, tu resteras un peu tranquille"! Mais elle s'était échappée par le trou de la serrure et il ne l'avait pas revue de la journée. Je vous l'ai dit, c'était une ombre insupportable.
Voyant qu'il ne s'en sortirait pas tout seul, il a parlé de la chose à ses parents, qui se sont affolés et l'ont amené aussitôt aux urgences de la clinique. Le médecin a été bien embarrassé, le pauvre homme, car il n'avait jamais vu un cas pareil. Il a ordonné un fortifiant pour le matin et un calmant pour le soir, mais l'ombre n'est pas devenue plus sage pour autant. Ils se sont alors confiés au curé, qui a levé les bras au ciel: " Amenez-la moi, cette ombre, j'ai ma petite idée"! Il a déversé sur elle un plein arrosoir d'eau bénite - plein! à ras bords - en disant: " Ca devrait la ramener à la raison, sinon, je donne ma langue au chat" ! Hélas ! hélas !Rien n'a changé ! Arpège était désespéré !
Longtemps, il avait gardé pour lui tous les ennuis que son ombre lui faisait. Quand les gens la voyaient baguenauder toute seule, ils étaien bien étonnés:
- Tiens, tiens! disaient-ils. Qu'est-ce que c'est que cette ombre folle, qui passe sans personne ?
Mais à la fin, vous pensez bien, ils avaient fini par le savoir. Et quand une sottise était faite quelque part, on murmurait:
- Ne cherchez pas qui a fait ça! C'est sûrement l'ombre d'Arpège!
Et voilà qu'un soir, en se préparant pour aller à une réception, la femme du gouverneur s'est aperçu que son bracelet en or avait disparu.Elle l'a cherché partout: dans les tiroirs, dans les armoires, au fond des lits, jusque dans le réfrigérateur et dans la boîte à pharmacie, partout, vraiment partout et ne l'a pas trouvé. Et dès le lendemain, une rumeur a couru par la ville:
- C'est l'ombre d'Arpège qui l'aura volé! C'est l'ombre d'Arpège...c'est l'ombre d'Arpège...
Arpège savait bien, lui, que son ombre n'aurait jamais fait une chose pareille. Dissipée, oh! oui, elle l'était! Mais pas voleuse! Il en aurait mis sa tête à couper! Seulement, il avait beau le dire et le répéter, personne ne voulait le croire.
Ce qui devait arriver est arrivé. Un jour, on a frappé à la porte et quand il a ouvert, deux gendarmes lui ont posé la main sur l'épaule en disant:
- Arpège, au nom de la loi, nous venons arrêter ton ombre !
Arpège' n'a pas été surpris, il s'y attendait. il a dit:
- Bon, entrez ! Je vais préparer une petite valise.
- Attends ! Attends! Il y a erreur ! s'est écrié le brigadier. Nous venons arrêter TON OMBRE. Tu n'as pas besoin de la suivre, puisqu'elle est si indépendante !
Mais Arpège a secoué la tête:
- J'en ai tant fait pour la garder auprès de moi! Je ne vais pas l'abandonner maintenant qu'elle est dans l'embarras!
- Nous devons te dire, a repris le brigadier, que ce n'est pas à la prison que nous l'emmenons. Elle est tellement rusée ! Elle aurait tôt fait de s'en évader! Non, nous avons reçu ordre de la précipiter dans une oubliette du château!
- Merci du renseignement, a dit Arpège ! et il a ajouté dans sa valise deux paquets de bougies et des allumettes.
Tout le long du chemin, les deux gendarmes ont pris soin de marcher sur l'ombre d'Arpège pour qu'elle ne se sauve pas et c'est ainsi qu'Arpège et son ombre se sont retrouvés ensemble au fond d'un cachot.
- Je suis désolée, a dit l'ombre. Tu dois m'en vouloir! Pourtant, je t'assure qu'on m'accuse à tort!
- Je le sais bien, a dit Arpège, mais voilà ! Tu n'es pas une ombre comme les autres et quand on est différent, ça vous rend forcément suspect!
- Ils vont me faire mourir, ici,a encore dit l'ombre en regardant autour d'elle. Comment vivrais-je sans lumière?
_ Il est un peu tard pour te lamenter! a dit sèchement Arpège.Alors, s'il te plaît, fais un effort, c'est la moindre des choses!
-Bien sûr, je ferai un effort, a dit l'ombre, et pour se donner l'air courageux, elle a ajouté:
- Quand nous serons sortis d'ici, je te promets de devenir une ombre tranquille et disciplinée!
- Juré, craché? a demandé Arpège.
- Juré, craché! a répondu l'ombre.
La nuit d'après, là-haur, sur la ville, il y a eu une tempête qu'Arpège et son ombre n'ont même pas entendue, au fond de leur trou. Le vent a jeté par terre un nid de pies bâti au sommet d'un peuplier, devant la maison du gouverneur.Et devinez ce qu'on a trouvé au milieu du nid? Le bracelet de la femme du gouverneur! Vous savez comme les pies sont voleuses et attirées par tout ce qui brille! C'étaient elles qui l'avaient emporté!
On a tiré de leur oubliette Arpège et son ombre. On leur a fait des excuses. On les a même invités à un banquet. Et puisque l'ombre avait promis de devenir sage, elle a été bien obligée de tenir sa promesse. Jamais plus elle n'a fait parler d'elle, depuis ce temps-là.


Tous droits réservés.

Contes à ne lire sous aucun prétexte !



Si vous cherchez des contes littéraires, pas de chance! vous ne les trouverez pas ici !

Les contes ci-dessus sont écrits en langage oral. Ce ne sont pas des contes à lire, mais des contes à dire...!

samedi 23 juillet 2005

Mon portrait.



Par Bertrand REMOND animateur de Centre de Loisirs (pour les enfants "Bébert le Camembert").





Tous droits réservés

vendredi 15 juillet 2005

Une histoire de Noël



Le Noël du chien et du chat



Il était une fois un fermier qui adorait la chasse et il avait acheté un chien pour l'emmener chasser avec lui. L'ennui - car il y avait un gros ennui - c'est que ce chien-là, justement, n'aimait pas courir après les lapins, ni lever les perdreaux. Son plaisir à lui était de déterrer les rats et de les manger, tout chauds, bien juteux, avec leur fourrure.
Il partait sagement avec son maître, mais au premier trou de rat qu'il rencontrait, il s'arrêtait, il reniflait et se mettait à gratter, gratter, gratter,et le fermier avait beau le rappeler, il ne le rejoignait qu'après avoir croqué son rat.
Alors, le fermier criait très fort, il le traitait de chien têtu et désobéissant, de bon à rien et il lui tirait les oreilles. Ca faisait très mal. Le chien pleurait. Mais dès qu'il retrouvait un trou de rat, il se remettait à gratter, c'était plus fort que lui .
Un dimanche après-midi, le chien avait quitté son maître à l'entrée d'un champ et il avait passé des heures à chercher les rats dans les prés. Il revenait pas trop rassuré car il s'attendait à être puni, mais ç'a été bien pire que ce qu'il imaginait. Le fermier était hors de lui. Il s'est précipité et l'a roué de coups. Et pour finir, il a crié:
- Et si tu recommences, sale animal, je te déchargerai mon fusil dans la tête !
Le chien a filé en rasant la terre et s'est réfugié dans le tas de paille du hangar. Le chat, qui était couché dans la brouette, a ouvert un oeil:
- Mon pauvre vieux! Tu as reçu une belle correction!
- Et ce n'est pas tout, a dit le chien. Il veut me tuer!
- Il le fera, a dit le chat. Si tu restes, il le fera. C'est un homme au coeur dur. Il faut t'en aller, et vite !
- M'en aller! Où veux-tu que j'aille? a demandé le chien.
- Dans la Forêt Profonde! a répondu le chat. Tu y trouveras de quoi te nourrir et t'abriter.D'ailleurs, j'irai avec toi. Tu es mon ami. Nous partirons à la nuit tombée.
Aussitôt que la porte et les volets de la maison ont été fermés, ils se sont donc mis en route. Le chien avait mal partout, mais il a marché. .Une nuit après l'autre, ils ont marché - marche, marche, la route est large - et un matin, voilà qu'ils étaient arrivés dans la Forêt Profonde. Ils ont continué encore une journée, sans se presser et, dans un amas de roches près d'un ruisseau, ils ont découvert une grotte large et spacieuse, tout à fait ce qu'il leur fallait comme maison.. Ils s'y sont installés. A partir de ce jour, le chien et le chat ont vécu dans la forêt, tranquilles, presque heureux. Presque!

Et le temps a passé.

Cela faisait plus de deux ans, maintenant, qu'ils habitaient là et bientôt ce serait Noël. Le chat réfléchissait à ce qu'il allait demander au Père Noël.Il hésitait entre un rôti de dindonneau et quelques boîtes de pâtée.
Au fait, savez-vous comment les chiens et les chats font leur commande au Père Noël? Ils aboient ou ils miaulent à la lune, et c'est elle qui fait la commission.
- Moi, a dit le chien, je n'ose pas te dire ce que je voudrais...
- Qu'est-ce que c'est ? a demandé le chat, qui était curieux. Oh! s'il te plaît! dis-le! dis-le!
- Eh bien! a dit le chien, je voudrais...je voudrais une petite fille!
Le chat a été tellement surpris qu'il est tombé de la branche sur laquelle il se reposait.
- Une petite fille! Et qu'est-ce que tu ferais d'une petite fille ?
- Je la promènerais, a dit le chien. Je lui lècherais les mains et la figure. Je dormirais près d'elle. Peut-être elle nous caresserait
- Pour la loger, ça irait encore, a dit le chat, mais c'est pour la nourrir...Comment la nourrirais-tu ?
- Je lui attraperais des rats ! a dit le chien.
- Des rats! Des rats! s'est écrié le chat .Ah ! on voit bien que tu ne connais pas les petites filles ! Elle ne voudrait jamais manger de rats! Même si tu leur enlevais la peau !
- Tu crois ? a demandé le chien. Alors, tu pourrais lui prendre des oiseaux !
- Mais c'est délicat, une petite fille! Elle les voudrait cuits, ses oiseaux ! Comment les ferais-tu cuire ?
- Peut-être elle s'habituerait à les manger crus, a dit le chien.
Le chat a réfléchi, puis il a répondu:
- Non ! Non, elle ne s'habituerait pas ! Je suis désolé de te le dire, mais ton idée est saugrenue !
On pouvait faire confiance à ce que pensait le chat. Il connaissait bien les choses du monde et de la vie. C'était un sage. Le chien n'a pas insisté. Il est allé se coucher dans la grotte pour dormir et oublier.
Le soir, il est sorti aboyer à la lune:
-Lune, tu peux dire au Père Noël de ne pas se déranger pour moi ! Puisque je ne peux pas avoir une pe(ite fille, je n'ai vraiment envie de rien.
Puis il est retourné dans la grotte endormir sa tristesse.

Et un beau jour, on a été la veille de Noël. Il n'y avait pas de neige, cette année-là. Il faisait très beau, très doux. Si on avait bien écouté, on aurait entendu, dans la terre, les violettes en train de se réveiller. Le chien et le chat ont décidé d'aller faire une promenade. Ils ont marché longtemps, jusqu'à une partie de la forêt qu'ils ne connaissaient pas encore. Et tout à coup, au détour d'un sentier, la surprise les a cloués au sol.
- Vois-tu la même chose que moi ? a demandé le chat.
- Je vois une petite fille ! a murmuré le chien. Elle est juste comme je la voulais!
- Il y a aussi une grand-mère! a ajouté le chat. Tu sais, les grands-mères, c'est très gentil ! Ca mange tout le temps du chocolat, et ça nous en donne !
Elles cueillaient du houx, toutes les deux. La grand- mère a dit:
- Nous en avons assez. Ce n'est pas la peine d'aller plus loin.
- Oh! grand -mère, regarde! s'est écrié la petite fille. Un chien et un chat!
Le chien a remué la queue, le chat a fait le gros dos et comme la grand-mère et la petite fille s'en retournaient, ils les ont suivies. De temps en temps, la petite fille regardait en arrière et disait d'un air ravi: " Ils nous suivent"!
Ils sont arrivés à une clairière où se dressait une jolie maison. Un grand-père travaillait dans le jardin. La petite-fille ,a crié:
- Grand-père ! nous avons ramené un chien et un chat! C'est sûrement le Père Noël qui nous les envoie! Il ne pouvait tout de même pas les mettre dans une boîte!
La grand-mère est entrée dans la maison et elle en est ressortie avec deux bols de lait, un pour le chien, un pour le chat. Depuis qu'ils étaient dans la forêt, ils avaient oublié le goût du lait.C'était bon ! Ils n'en finissaient pas de se lécher les babines ! Le grand-père a dit:
- Bonnes bêtes, si vous avez une maison et des maîtres qui vous attendent, il faut repartir, maintenant. Mais si vous n'en avez pas, venez avec nous et npous vous garderons.
Le chien et le chat n'ont pas attendu qu'il répète l'invitation, ils sont entrés. Ils croyaient rêver. On leur a cherché un tapis. La petite fille les caressait. On les regardait à tout instant. Le grand-père disait:
- Je suis content. Il nous fallait absolument un chien, pour prendre la suite de notre vieux César, qui est reparti au pays de l'avant et de l'après.
- Et un chat! disait la grand-mère, nous avions grand besoin d'un chat ! Les souris mangent toutes nos pommes.
La petite fille répétait pour la dixième fois que ça lui était bien égal si le Père Noël n'apportait pas de trottinette, cette nuit ! Qu'elle était bien assez gâtée avec un chien et un chat!
La cuisine a été pleine de bonnes odeurs. Au dîner, ils se sont régalés de choses délicieuses. Et pour finir, ils ont eu le droit de coucher dans la chambre de la petite fille.
Quand elle a été endormie, le chat a dit tout doucement au chien:
- Tout de même ! on peut dire que le père Noël fait bien les choses ! Il te l'a apportée, ta petite fille et il s'est arrangé pour que nous n'ayons pas le souci de la nourrir !
- Oui ! a dit le chien d'une voix extasiée. Et - tu as remarqué ? - il nous a choisi ce qu'il y a de mieux comme petite fille. Comme grands-parents aussi, je dois dire !
- Oh ! j'avais remarqué a dit le chat, dont les yeux commençaient à se fermer.
Et cette nuit-là, au-dessus de la maison, le ciel était plein d'étoiles.
Et dans la maison, il y avait un grand-père, une grand-mère, une petite fille, un chien et un chat dont le coeur aussi, était plein d'étoiles.

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