Il était une fois un garçon qui demandait toujours ce qu'il y avait au bout de l'arc-en-ciel.
Ses parents répondaient qu'ils n'en savaient rien. Ils trouvaient que c'était une drôle de question.
- J'ai bien une petite idée,! disait sa grand mère. Quelque part dans le vaste monde, vit un avare qui possède un énorme coffre rempli de pièces d'or et de pierres précieuses. C'est quand il soulève le couvercle pour contempler son trésor que l'éclat des joyaux produit un arc-en-ciel. Du moins, c'est ce qu'on m'a toujours dit, mais je ne suis jamais allée y voir.
- Eh! bien, moi, quand je serai grand, j'irai ! disait le garçon.
Et plus il grandissait, plus il avait envie de partir à la recherche du bout de l'arc-en-ciel. Il était décidé à travailler pour l'avare et lui demander en échange de distribuer un peu de ses richesses pour qu'il y ait un peu moins de misère dans le monde. C'était un enfant au coeur généreux.
Après avoir appris plusieurs métiers, il s'est dit que le moment était venu. Il est allé dans les gares et il a pris des trains qui menaient très loin, mais jamais au bout de l'arc-en-ciel et il revenait de ses voyages tout déçu.Alors, il a essayé les avions.Il est allé en Chine, en Amérique, en Australie, aux îles de Pâques et de la Trinité et n'y a pas trouvé le bout de l'arc-en-ciel.
Son père lui disait:
- Au lieu de courir le monde, épouse la fille des voisins, qui est si gentille et si jolie, et installe-toi au village!
Le garçon n'écoutait même pas. Il ne songeait qu'à repartir. On l'appelait " le coureur de rêves".
Il a beaucoup réfléchi et il a fini par se dire que ni les trains, ni les avions, ni les voitures ne pouvaient l'amener au bout de l'arc-en-ciel. Qu'il fallait prendre un bâton et partir seul, à pied, le long des routes, pour avoir quelque chance d'y arriver.Et un beau matin, à la pointe du jour,bien chaussé, sac au dos, il est parti, sans dire au revoir à personne.

il marchait, il marchait le jour, et, la nuit, il couchait dans les arbres. Il est arrivé dans un pays où les gens se faisaient la guerre. Ils s'appelaient les Comme-ci et les Comme-ça. Ils avaient longtemps vécu ensemble sans problèmes, mais, un jour, les Comme-ci avaient décidé qu'ils seraient beaucoup mieux sans les Comme-ça et ils avaient entrepris de les chasser du pays. Les Comme-ci avaient résisté. C'était là qu'ils avaient leurs maisons et que leurs morts dormaient dans les cimetières, ils ne voulaient pas s'en aller. Alors depuis, on se battait.
Le coureur de rêves n'y comprenait rien. Quand il rencontrait quelqu'un sur son chemin,il ne savait pas si c'était un Comme-ci ou un Comme-ça. Ils avaient tous deux yeux, une bouche, un nez au milieu de la figure et quand ils étaient blessés, leur sang avait la même couleur. Timidement, il leur a dit qu'il ne voyait pas entre eux de différence. Mais les Comme-ci ont poussé les hauts cris!
- Pas de différence! Par exemple! Vous ne voyez donc pas que les Comme-ça sont tous menteurs et paresseux ? En plus de ça, ils sentent mauvais et ils ont des habitudes répugnantes! Ils mangent les limaces rouges en salade! Vous vous rendez compte ? Les limaces rouges! Nous, les Comme-ci, il ne nous viendrait jamais à l'idée de toucher à une limace rouge! Non! Nous mangeons les limaces grises! Ca, c'est propre et savoureux!
Et les Comme-ça lui ont dit:
- Pas de différence! Vous ne voyez donc pas que les Comme-ci sont dominateurs et cruels et qu'il n'y a pas plus méchants au monde ?
Mais eux aussi, les Comme-ça, étaient devenus dominateurs et cruels, car la guerre...la guerre a vite fait de rendre fous ceux qui la font!
Alors le coureur de rêves a compris qu'il ne les ramènerait pas à la raison. Dans ce pays-là, il n'y avait que du fer, du feu, du sang et des larmes. Pas d'arc-en-ciel, pas le moindre petit arc-en-ciel! Il ne s'est pas attardé. il a pris des sentiers détournés, dans des campagnes perdues, pour éviter les soldats mais il lui a fallu des semaines et des mois, peut-être des années - il ne comptait plus- pour qu'il n'entende plus, au loin, le vilain bruit des armes.

Le soleil tapait de plus en plus fort, le sol devenait tout fendillé, rien n'y poussait que de misérables cactus. Il était arrivé au pays des Tout-Maigres. Leur corps n'était guère plus épais qu'une feuille de papier. On voyait presque au travers. Quand le vent soufflait, il les emportait comme il emporte, chez nous, les feuilles mortes. Parfois, vous en voyiez passer toute une nuée autour de vous, dans une rafale. C'est qu'ils n'avaient rien à manger, que des cactus. C'était amer, filandreux et pas nourrissant du tout, mais ils n'avaient pas le choix, les pauvres! Le coureur de rêves leur a partagé tout ce qu'il avait dans son sac: le pain, le saucisson, le fromage, les fruits secs, les gâteaux. Il a juste gardé une boîte de sucre pour se donner des forces. Seulement, ça n'allait pas loin, ses modestes provisions, il n'y en avait pas pour tout le monde. il a fini par distribuer aussi le sucre et s'est mis à manger des cactus. Et ce n'était pas bon du tout. Et il en a mangé pendant longtemps, car, faible comme il l'était, il n'allait pas vite à parcourir le pays et il n'a pas trouvé le bout de l'arc-en-ciel.

Ensuite, ses pas l'ont amené chez les Patapoufs. Les Patapoufs étaient tout ronds, comme des melons, mais énormément plus gros. ils travaillaient le dimanche et le reste du temps, ils mangeaient. A force de s'empiffrer, savez-vous ce qui leur arrivait ? Eh! bien, un beau jour, ils éclataient. Comme des ballons!Oui, mais avec tout ce qu'ils avaient à l'intérieur, je vous assure que ce n'était pas beau à voir! Il valait mieux ne pas se trouver à côté quand ça arrivait. Beueurk!
Le coureur de rêves leur a dit:
- Est-ce que c'est bien bon pour votre santé, de tant manger? A côté de chez vous, les pauvres Tout-Maigres meurent de faim. Si vous partagiez avec eux, est-ce que ce ne serait pas mieux pour tout le monde?
Là, les Patapoufs ont commencé à le regarder de travers:
- Partager notre nourriture! En voilà une idée! Que vos Tout-Maigres se débrouillent tout seuls! ce qui se passe chez eux ne nous regarde pas!
Et ils ont continué à manger et à éclater! Et le coureur de rêves a parcouru leur pays sans jamais y trouver le bout de l'arc-en-ciel.

Il marchait toujours, mais parfois son entrain le quittait et il lui venait des doutes.
Et voilà qu'un matin, arrivé au sommet d'une colline,il a découvert des champs de fleurs à perte de vue, des arbres couverts de fruits, des ruisseaux qui couraient dans la campagne et il faisait si doux dans ce pays inconnu que c'était comme si on avait eu une musique dans le coeur.et tout d'un coup, le coureur de rêves a vu se déployer devant lui un magnifique arc-en-ciel et au bout de l'arc-en-ciel, il y avait une surface brillante, le trésor, sûrement!
il a couru vers lui, et quand il a avancé la tête au-dessus du miroitement......ce qu'il a vu......c'était quelque chose à quoi il ne s'attendait pas du tout!
Il a vu un visage. Un visage d'homme, barbu, fatigué, surpris! Son visage à lui, le coureur de rêves! Au bout de l'arc-en-ciel il y avait une fontaine et l'eau en était si claire qu'on s'y voyait comme dans un miroir!
Alors, savez-vous ce qu'a fait le coureur de rêves? Il a sorti de son porte-monnaie une pièce d'argent- il n'avait pas de pièce d'or - et il l'a jetée dans la fontaine en souvenir de sa grand-mère. Ensuite, il s'est désaltéré et cette eau était tellement bonne qu'après en avoir bu on n'avait plus jamais soif. Et enfin, il a tourné les talons pour rentrer chez lui.

Quand il est revenu dans son ancien village, bien des années après, ses parents étaient morts depuis longtemps et plus personne ne se souvenait de lui. Personne, sauf une femme aux cheveux gris qu'il ne reconnaissait pas. C'était la fille des voisins et elle l'a invité à dîner et elle l'a fait coucher dans la chambre du haut, où le lit était prêt, car depuis son départ, chaque jour, chaque jour, elle l'avait attendu.
Des jours sont passés et c'était bon, dêtre dans une maison, à côté d'une femme gentille. Et le coureur de rêves a dit:
J'aurais dû écouter mon père et t'épouser! M"aurais-tu accepté, si je t'avais demandée en mariage?
- Bien sûr! a dit la fille des voisins et elle a ajouté: même encore, je t'accepterais si tu me demandais.
Alors, le coureur de rêves s'est mis à rire. Il l'a vite demandée et elle a dit oui, et ils ont été très contents tous les deux.
Oh! ils n'étaient pas tellement beaux, le jour de leur mariage! La fille des voisins avait toujours travaillé dur pour gagner sa vie et maintenant elle avait une épaule un peu plus haute que l'autre. Quant au coureur de rêves, il ne pouvait plus se passer de son bâton, tellement il avait les genoux raides, à force d'avoir marché.
C'était de vieux mariés!
Oui, mais dans leur coeur ils étaient jeunes. Et ils ont vécu heureux tous les jours qui leur restaient.


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