II était une fois, dans une ferme, une poule qui couvait des oeufs. Et de tous ces oeufs qu'elle avait réchauffés, il est sorti des poussins jaunes, deux poussins noirs et un autre poussin comme on n'en avait jamais vu, rose, avec des ailes vertes.
La fermière était très étonnée, et en même temps très contente, car elle le trouvait très joli. Le fermier s'est mis à rire:" C'est vrai qu'il est original! Seulement, il va changer de couleur en grandissant! Un poulet rose, ça n'existe pas"!
Mais le poussin s'est mis à grandir- la fermière soignait bien ses animaux.! Il grandissait et il ne changeait pas de couleur. Et il lui poussait une crête de poulette, une queue de poulette. Il devenait une jolie poulette rose et verte, qui allait bientôt se mettre à pondre, la plus jolie qu'il y ait au monde.

Alors, il est venu plein d'idées dans la tête du fermier. Ca bouillonnait, là-dedans! Et un soir, il a dit à sa femme:
- J'ai lu dans un livre qu'autrefois, il y a très, très longtemps, il y avait une poule qui pondait des oeufs d'or! Alors notre petite poule, je me demande...je me demande si ce ne serait pas une poule aux oeufs d'or!
Et quelques jours après, il ne se le demandait plus, le fermier, il en était sûr! Tout content, il disait:
- Tu vas voir, comme on va être riches! On achètera une belle maison, une grosse voiture, ça fera bisquer les voisins!
Bisque, bisque rage,
T'auras du cirage
Et moi du fromage!

Il s'y croyait déjà, le fermier! A chaque fois qu'il rentrait du travail, il demandait:
- Est-ce que les poulettes ont commencé à pondre?
Et la fermière répondait:
- Non, pas encore! Tu es bien pressé!
Mais " tout vient à point à qui sait attendre" et un matin, la fermière a entendu une petite voix claire qui chantait:" Cot, cot, cot, codèque"! A votre avis, c'était qui? Eh! bien, non, ce n'était pas la petite poule rose, c'était une de ses soeurs! Mais le lendemain:" Cot, cot ,cot, codèque"! Cette fois, c'était bien la petite poule rose:" Cot, cot, cot, codèque! Codèque"! Et elle se redressait! Et elle était toute fière!La fermière s'est précipitée, en bousculant le chat, qui a failli la faire tomber : " Oh! toi, tu es toujours dans mes jambes"! Elle s'est précipitée et qu'est-ce qu'elle a trouvé, dans le nid du poulailler, sur la paille?...
Pas un oeuf en or! Pas même un oeuf tout simple et tout bête pour faire les omelettes! Elle a trouvé un oeuf en bois!
- Misère de misère! Pas de chance, Hortense! gémissait la fermière. Qu'est-ce que mon mari va dire? Oh! la, la qu'est-ce qu'il va dire?
Et qu'est-ce qu'il a dit, le fermier? Eh! bien, il s'est mis dans une colère noire! Il criait:
- Oh! la sale bête! Oh! la vilaine bête! Elle a osé! Elle a osé nous faire un oeuf en bois! Donne-moi un bâton, je vais la tuer! Donne-moi un bâton tout de suite, que je l'assomme!
Mais la fermière l'aimait, sa petite poule, elle ne voulait pas qu'on la tue! Elle a dit:
- Mais non, mais non!Attends un petit peu! C'est son premier oeuf, il faut voir!
Alors ils ont attendu! Et tous les matins: " Cot, cot, cot, codèque"! Elle pondait tous les jours, la petite poule rose, mais c'était à chaque fois un oeuf en bois! A la fin, le fermier s'est encore fâché:
- Si seulement elle nous faisait des oeufs de Pâques, en chocolat ou en nougat, on se régalerait! Mais des oeufs en bois, qui ne peuvent ser'vir à rien, ça n'a pas de sens! On va la tuer et la manger, comme ça, on sera débarrassés!
- Moi, je veux bien, a dit la fermière ( En vérité, elle ne voulait pas du tout, elle disait ça pour le calmer). Je veux bien! Mais une poule qui pond des oeufs en bois, elle ne doit pas être bien tendre! Si on ne peut pas la manger et que même le chien n'en veut pas, ce sera bien dommage d'avoir dépensé du gaz pour la faire cuire! Elle est tellement jolie! On pourrait bien la garder!
- Bon, bon, garde -la puisque tu le veux tant a répliqué le fermier. Mais ne me parle plus jamais d'elle, ni de ses oeufs! Tu entends? Jamais, jamais, jamais!

Eh! bien, figurez-vous qu'elle lui en a quand même parlé!Parce que le dimanche, son cousin est venu, celui qui vend du fil, des aiguilles, de la petite mercerie sur les marchés. Et il a dit:
- Fais-moi voir, ces oeufs en bois! Mais moi, je sais à quoi ils peuvent servir! A repriser les talons des chaussettes sans avoir à se piquer les doigts! Ce sera même rudement pratique! jJe te les achète pour les revendre à mes clientes!
Et il lui a donné un beau billet pour son panier d'oeufs en bois! Elle était ravie, la fermière! Et le fermier lui a dit:
- Tu es une femme intelligente! Tu as eu tout-à-fait raison de la garder, cette petite poule!
De ce coup-là, tout le monde a été content: le fermier, la fermière, le cousin, les clientes, et surtout la petite poule rose, qui n'avait pas du tout, mais pas du tout, envie de passer à la casserole, vous pensez bien!
De nos jours, on ne reprise plus les chaussettes. On les jette quand elles ont des trous! Mais demandez à vos mémés, vos arrière-grands-mères. Elles ont toutes un oeuf en bois de la petite poule rose.



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