La Petite Moitié de Coq



Parmi les contes populaires de nos régions, c'est un de ceux que je préfère. J'ai beaucoup aimé le raconter aux grands de maternelle et aux C. P. qui entrent pleinement dans l'histoire et s'y montrent joyeusement réactifs.
On en a recensé 82 versions. Celle-ci vient du Poitou.



Il était une fois un homme qui vivait seul avec ses deux garçons.Un homme tellement pauvre qu'un soir, il n'a trouvé qu'un oeuf à donner à ses fils pour leur dîner. II le leur a partagé. L'aîné a mangé son demi - oeuf, le plus jeune a couvé le sien. Et de cette moitié d'oeuf, il est sorti, quand le temps est arrivé, une petite moitié de coq, qui est vite devenue très belle et très forte.
Un jour où elle grattait sur le chemin, elle a trouvé une bourse bien rebondie, pleine d'or. Toute contente, elle l'apportait à son petit maître, mais un homme qui passait la lui a arrachée du bec et il s'est sauvé avec.
La petite moitié de coq s'est précipitée à la maison:
- Petit maître! Petit maître!Je t'apportais une bourse pleine d'or et un voleur me l'a prise!
- Cours après lui! a dit le petit maître. Essaye qu'il te la rende!
Et la petite moitié de coq est partie, aussi vite qu'elle pouvait.
En chemin, elle a rencontré le loup, qui lui a demandé:
-Où t'en vas-tu si vite, petite moitié de coq ?
- Viens avec moi, tu le sauras! je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
Le loup s'est mis à suivre la petite moitié de coq. Mais au bout d'un moment, il était fatigué. Il a dit:
- Petite moitié de coq, je ne peux plus te suivre! je n'arrive plus à mettre une patte devant l'autre!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Le loup est entré dans le corps de la petite moitié de coq, qui a continué son chemin. Plus loin, elle a rencontré le renard:
- Tu as l'air bien pressée, petite moitié de coq! Où t'en vas-tu comme ça?
-Viens avec moi tu le sauras. Je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
Le renard a suivi la petite moitié de coq mais au bout d'un moment, il ne pouvait plus avancer.
- Petite moitié de coq, je suis obligé de m'arrêter, j'ai trop mal aux pattes!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Le renard est entré dans le corps de la petite moitié de coq, qui a continué son chemin.
Un peu plus loin, elle a rencontré la rivière qui se promenait tranquillement dans les prés, en faisant des tours et des détours et qui lui a dit:
- Où vas-tu, à galoper comme ça, petite moitié de coq?
- Viens avec moi tu le sauras. je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
La rivière a suivi la petite moitié de coq. Mais elle n'avait pas l'habitude d'aller à pareille allure et bientôt elle a dit:
- Tu vas trop vite, petite moitié de coq! Je ne peux pas aller plus loin!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Et la rivière est entrée dans le corps de la petite moitié de coq qui a continué à marcher.
Elle est passée près d'une colonie de guêpes qui voletaient autour de leur nid en carton et qui lui ont dit:
- Tu files comme le vent, petite moitié de coq! Où t'en vas-tu?
- Venez avec moi vous le saurez. je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler.
Les guêpes l'ont suivie longtemps, mais à la fin, elles avaient mal aux ailes. Elles ont dit:
- Petite moitié de coq, nous ne pouvons pas aller plus loin!
- Entrez dans mon corps, je vous perterai!
Les guêpes sont entrées dans le corps de la petite moitié de coq qui a continué à marcher. Elle a marché, marché, marché et, comme la nuit allait tomber,elle est arrivée chez son voleur. Elle est entrée en trombe dans la cuisine en demandant:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Le voleur et sa femme étaient en train de manger la soupe. De surprise, leur cuiller leur est tombée des mains dans leur assiette et la table a été tout éclaboussée de bouillon. Ils étaient ennuyés! Ils avaient bien crû oouvoir garder la bourse! L'homme a dit:
-Ce soir, il est trop tard pour parler de ça. Nous verrons demain matin!
Et il a chuchoté à sa femme:
- Cette petite moitié de coq, nous allons la mettre à coucher avec les mulets. Ca va les énerver, ils lui donneront de grands coups de pied, ils en feront de la chair à pâté!
Et ils l'ont apportée dans l'étable des mulets, qui l'ont regardée de travers et ont commencé à taper sur le sol en se rapprochanr d'elle.
Alors elle a dit:
- Loup, sors vite de mon corps ou nous sommes tous morts!
Le loup est sorti du corps de la petite moitié de coq et il a tué tous les mulets. Tous.
Le lendemain matin, le voleur et sa femme se sont réveillés tout joyeux. Ils pensaient:" Les mulets l'auront tuée, cette maudite petite moitié de coq!" Avant même de déjeuner, ils se sont précipités dans l'étable. Mais quand ils ont ouvert la porte..........c'était le désastre! Tous leurs mulets étaient étendus raides et la petite moitié de coq était là qui demandait:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils regardaient ça et c'était comme s'ils avaient reçu un grand coup sur la tête! Ils se lamentaient:
-Mais quel malheur! Mais qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce que nous allons faire?
-Je sais, a dit la femme. Nous allons l'apporter dans l'enclos des dindons. Ils lui donneront de grands coups de bec, ils vont la déchirer et la mettre en pièces. Nous en viendrons bien à bout, tout de même!
Ils l'ont apportée avec les dindons, qui aussitôt ont redressé leurs grandes crêtes rouges et "goulou goulou goulou !" "goulou goulou goulou !", se sont précipités pour lui donner des coups de bec. Mais la petite moitié de coq a dit:
- Renard, sors de mon corps ou nous sommes tous morts!
Le renard est sorti du corps de la petite moitié de coq et il a étranglé tous les dindons.
Quand l'homme et la femme sont revenus et ont ouvert la porte de l'enclos..........c'était le désastre! Tous leurs dindons gisaient morts et la petite moitié de coq les regardait en disant:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils n'en revenaient pas et se désolaient:
Mais quel malheur! Qu'est-ce qui est arrivé? Qu'est-ce que nous allons faire?
-Je sais, a dit l'homme. Je vais chauffer le four bien chaud, bien chaud et nous la jetterons dedans. Cette fois, elle ne pourra pas en réchapper. Elle sera brûlée, carbonisée, réduite en cendres. Bon débarras! Elle nous aura donné du mal!
Il a chauffé le four bien chaud, bien chaud et il y a jeté la petite moitié de coq, mais au moment où il la lançait, elle a dit:
- Rivière, sors vite de mon corps ou nous sommes tous morts!
La rivière est sortie du corps de la petite moitié de coq et non seulement elle a éteint le feu, mais elle a démoli le four. Il n'en est resté qu'un tas de pierres. Quand l'homme et la femme sont revenus, une fois de plus, c'était le désastre: leur four en ruines, et la petit moitié de coq qui réclamait:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils n'en croyaient pas leurs yeux.
- Mais qu'est-ce qui a pu se passer?Elle est terrible cette petite moitié de coq! Elle résiste à tout! Comment faire pour nous en débarrasser?
- Je sais, a dit la femme! Cette nuit nous allons la faire coucher entre nous deux.Tu pousseras de ton côté, moi je pousserai du mien, nous réussirons bien à l'étouffer entre nous deux!
IIs l'ont mise entre eux dans le lit et ils ont commencé à pousser, chacun de son côté. Ca commençait à aller mal pour la petite moitié de coq. Alors elle a dit:
- Guêpes, sortez de mon corps ou nous sommes tous morts!
Les guêpes sont sorties du corps de la petite moitié de coq, et bzz, bzz, bzz,elles se sont mises à tourner autour de l'homme et de la femme et à les piquer. Ils criaient:
- Aïe, aïe, ça fait mal! arrêtez! arrêtez, les guêpes!
Et à la fin, ils n'y tenaient plus, ils ont dit:
- Arrêtez! Arrêtez! Nous allons rendre l'argent.
IIs se sont dépêchés d'aller chercher la bourse dans l'armoire et ils l'ont rendue à la petite moitié de coq.
Comme il faisait, cette nuit-là, un beau clair de lune, la petite moitié de coq est repartie aussitôt. Elle a ramené les guêpes chez elles, la rivière chez elle, le renard chez lui, le loup chez lui également et, à la pointe du jour, elle est arrivée toute fringante, chez son petit maître qui venait de se lever et a été rudement content de la revoir, surtout avec une bourse pleine d'or!
Et depuis ce jour, ils ont toujours vécu heureux, le petit maître et sa petite moitié de coq.