Le blog de Laurence, mamie conteuse

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dimanche 29 avril 2007

Le chien (un conte traditionnel sibérien...



...que j'ai beaucoup raconté.)

En hommage à ma petite Lisa, plus souvent dite Lili, trois kilos d'amour, qui vient de retourner au pays de l'avant et de l'après, et à tous les chiens qui ont accompagné ma vie de leur tendresse:
Tommy, Pitou, Cham, Dana, Tiffen .



Autrefois, il y a bien longtemps, au commencement du monde, le chien vivait seul dans la taïga. A vivre seul, on vit sans joie. Il vous vient des peurs et des idées noires. A vivre seul, le chien s'est ennuyé. Tellement, qu'il s'est dit:
- Ca ne peut pas durer comme ça. Sinon, je vais mourir de tristesse. Il me faut un ami!
Et il est parti, à travers la grande forêt du nord, à la recherche d'un ami.
Il a rencontré le lièvre. Il lui a dit:
- Lièvre, si j'osais, je te demanderais bien quelque chose.
-Ose! a dit le lièvre. Demande toujours, nous verrons bien!
- Je cherche un ami. Voudrais-tu que nous vivions ensemble? Voudrais-tu que nous soyons amis, toi et moi?
- Oh! mais oui, je veux bien, a dit le lièvre!
Et le chien est parti avec le lièvre, vivre dans la maison du lièvre.
Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit: un cri d'oiseau chasseur, la chute d'une branche morte, l'aboi d'un renard. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. Le lièvre s'est réveillé en sursaut et il a dit:
- Tais-toi! Qu'est-ce qui te prend, de faire ce vacarme? Si tu aboies, le loup va t'entendre, il viendra nous manger! N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
- Quel peureux, ce lièvre! Je ne peux pas rester avec lui! Je ne veux pas d'un ami sans courage! Peut-être que le loup est courageux, lui!

Et le lendemain matin, le chien a quitté le lièvre. Il s'en est allé par la taïga à la recherche du loup.
Il l'a rencontré et lui a dit:
- Loup, j'aurais une proposition à te faire. Je cherche un ami.Si tu voulais, nous habiterions ensemble. Si tu voulais, nous serions amis, toi et moi.
- Bonne idée! je veux bien, a dit le loup!
Et le chien est parti avec le loup, vivre dans la maison du loup.
Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur cherchant un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. Le loup lui a dit:
- Tais-toi, voyons! Si tu aboies, l'ours va venir et il va nous manger. N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
- Le loup est donc aussi peureux que le lièvre! Je ne vais pas rester avec lui! Je ne veux pas d'un ami sans courage! Peut-être que l'ours est courageux, lui.

Et le lendemain matin, le chien a quitté le loup. Il s'en est allé par la taïga à la recherche le l'ours et il l'a trouvé. Il lui a dit:
- Ours, je cherche un ami. Est-ce que ça te dirait, que nous vivions ensemble? Aimerais-tu que nous soyons amis, toi et moi?
- Oh, oui, ça me plairait bien, a dit l'ours.
Alors le chien est parti avec l'ours, vivre dans la maison de l'ours.
Le soir, ils se sont couchés, et dans la nuit le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. L'ours a dit:
-Tu es fou! Tais-toi donc! Si tu aboies, l'homme va venir et il va nous tuer, avec son bâton qui crache du feu et qui est terrible! N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
-L'ours est aussi poltron que le lièvre et le loup. Je ne resterai pas avec lui. je ne veux pas d'un ami sans courage. Peut-être que l'homme est courageux, lui.

Et le lendemain, le chien a quitté l'ours. Il est parti par la taïga à la recherche de l'homme et au bout d'un certain temps, il l'a trouvé. Il lui a dit:
- Homme, si tu voulais m'écouter, j'aurais à te demander quelque chose.
- Parle, je t'écoute! a répondu l'homme.
-Je cherche un ami. Voudrais-tu que nous vivions ensemble? Je pourrais t'accompagner à la chasse ou garder ta maison. Voudrais-tu que nous soyons amis?
- D'accord! Viens avec moi! a dit l'homme.
Et le chien est parti avec l'homme, dans la maison de l'homme. Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. L'homme s'est réveillé et il a dit:
- Tu entends quelque chose, mon chien? Alors, aboie plus fort! Aboie! Si c'est un voyageur égaré qui appelle à l'aide, que ta voix le guide vers notre maison! Si c'est un rôdeur cherchant un mauvais coup à faire, fais-lui peur! Chasse-le! Aboie plus fort, mon chien, aboie!
Alors, le chien a été content.
Il s'est dit:
- L'homme est bon. L'homme est courageux. L'homme n'a peur de rien. C'est l'ami que je cherchais. C'est l'ami qu'il me faut. Je vais rester avec lui!
Et le chien est resté avec l'homme. Le chien est resté dans la maison de lhomme.
Et il y est toujours.

dimanche 1 avril 2007

Les miroirs



Il était une fois des gens qui s'appelaient les Manfishes et qui étaient bien les plus désagréables qu'on ait jamais vus de par le monde!
Pour commencer, ils étaient sales. Ils jetaient tout par terre: les papiers, les détritus, tout ce qui leur passait entre les mains. Ceux qui habitaient les immeubles lançaient leurs ordures par la fenêtre; tant pis si elles tombaient sur la tête de quelqu'un! Ils faisaient d'ailleurs pas mal de choses par la fenêtre...Je n'insiste pas, ça vaudra mieux... Ils saccageaient les fleurs. ils abîmaient les arbres. IIs taggaient les murs et ce n'était pas de l'art, je vous assure! On aurait dit qu'ils n'aimaient que la laideur.
Mais ça ne leur suffisait pas; ils étaient aussi voleurs. Il fallait bien cacher son porte-monnaie quand on allait faire les courses, sinon, quelqu'un se mettait à courir et vous l'arrachait au passage. On ne pouvait plus se servir des caves, elles étaient pillées à tout moment. Il avait fallu mettre des barreaux à toutes les fenêtres des maisons, poser des portes blindées. Si vous aviez de beaux vêtements sur le dos, ils se mettaient à 2 ou 3 pour vous pousser dans un coin d'ombre et vous en dépouiller et ils vous laissaient dans la rue en slip, même s'il gelait à pierre fendre.
Bien heureux s'ils ne vous avaient pas à moitié assommé, car pour finir, ils étaient violents. Dans les files d'attente, chacun voulait passer avant son tour et il y avait des injures et des disputes, des bousculades, même des coups échangés. Tout leur était prétexte à bagarre, aussi on voyait beaucoup de bleus, de bosses, de bras et de jambes cassés.
Depuis longtemps, les touristes ne venaient plus chez eux ; ils disaient que c'était un pays de mauvais sauvages.
Et savez-vous pourquoi ils se comportaient de la sorte, ces pauvres Manfishes? (car à mon avis ils étaient presque autant à plaindre qu'à blâmer). Personne ne leur avait jamais dit qu'on peut respecter et aimer les autres et que ça rend la vie infiniment plus belle. Ils ne s'en doutaient même pas. Chacun n'avait d'amour dans le coeur que pour lui-même! Ils passaient plusieurs heures par jour à se regarder dans le miroir. Ils s'extasiaient: " Comme je suis beau! Comme j'ai l'air fort et malin!". Et plus ils se contemplaient plus chacun d'eux pensait qu'il aurait mérité d'être le roi du monde.
Un jour, à force de s'admirer, ils ont trouvé que leurs miroirs s'étaient empoussiérés et ternis et que leur image y devenait un peu floue. Alors, ils se sont mis à les nettoyer, à les frotter avec une pâte rose, à les essuyer soigneusement avec un chiffon doux.. Et quand ils s'y sont regardés à nouveau, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Dans les miroirs bien propres, ils avaient des dents longues et pointues, des fronts butés, des figures méchantes.I ls avaient l'air de ce qu'ils étaient en réalité, c'est-à-dire de mauvais sujets, des gens sans foi ni loi, mais ils ne voulaient pas se reconnaître. Ils disaient: " Non, non, ce n'est pas nous! Ces miroirs sont faussés, ils montrent n'importe quoi! Il faut les mettre au rebut immédiatement!"
Leur Gouverneur a fait installer partout des bennes de récupération, et dès le lendemain, elles étaient pleines. Et ils se sont précipités pour acheter (ou voler ) des miroirs neufs. Ils ne pouvaient pas s'en passer!
Mais cette fois, c'était encore pire! Ce qu'ils voyaient dans les nouveaux miroirs, c'était des gens tranquilles, bien de leur personne, bon chic bon genre, mais avec des yeux! qui vous transperçaient et vous jugeaient! En rencontrant ce regard, les Manfishes sentaient la honte leur courir jusqu'au bout des ongles, jusqu'à la pointe des cheveux. Ils avaient envie de rentrer sous terre!
- Qu'est-ce qu'ils ont, ceux-là, à nous fixer de la sorte? se sont demandé les Manfishes. Pour qui nous prennent-ils? Nous n'allons pas nous laisser traiter comme ça!
Et ils ont cassé les miroirs.
Ils n'auraient pas dû le faire!
Parce que le lendemain, ces gens comme il faut, au regard terrible, qui leur faisaient peur, c'est dans la rue qu'ils les croisaient.
Ils étaient sortis des miroirs brisés.
En même temps, les Manfishes ont commencé à disparaître. Ils partaient au travail le matin, ou ils allaient faire des courses et ils ne revenaient pas. Où ils étaient passés, personne n'aurait pu le dire. Les nouveaux venus prenaient leur place, aussi, l'un dans l'autre, on s'y retrouvait.Tout pouvait continuer comme si de rien n'était.
Et peu à peu- miracle!- les villes devenaient propres, toutes fleuries et pimpantes. Les gens se parlaient gentiment, se souriaient, se rendaient service les uns les autres. Ils vivaient tranquilles et aussi heureux qu'on peut l'être. Les touristes sont revenus en foule; le pays était beau.
Les nouveaux Manfishes se sont fait appeler les Manfishes-Pa. Ils ne voulaient pas être confondus avec les anciens, ils en auraient été vexés.
Cela se passait il y a longtemps et on n'a jamais su ce qu'il était advenu des Manfishes.
Pourtant, de nos jours encore, à la tombée de la nuit, si vous jetez un coup d'oeil dans les lointains d'une devanture, ou dans les profondeurs de la glace d'une armoire, vous y apercevrez parfois d'étranges silhouettes qui leur ressemblent, qui vont, qui viennent, qui passent, qui repassent, qui tremblotent et qui ont l'air de se morfondre, prisonnières de l'hiver sans pitié des miroirs.


*Tous droits réservés. .