Bien qu' Halloween nous soit revenue des Etats-Unis, on sait maintenant que ce n'est pas une fête américaine mais irlandaise et, plus anciennement, celtique.
Ce sont les colons irlandais fuyant la grande famine de 1830 dans leur pays, qui l'ont importée aux USA, où elle a été adoptée. Elle correspond - bien que déformée et commercialisée - à Samain, l'une des plus importantes fêtes celtiques.
Samain célébrait:
- le premier de l'an celtique et l'entrée dans la saison sombre.
- la fête des guerriers.
- la nuit des communications avec l'au-delà:

" Le 1er novembre, la fête de Samain était l'anniversaire de la grande bataille des dieux à Mag Tuired. Il était dit que cette nuit-là, les communications s'établissaient librement entre le sid, domaine de l'au-delà, et la terre des mortels. C'était la nuit où les morts revenaient, qu'a conservé le calendrier chrétien*. C'était la nuit de la fraternisation par-dessus toutes les barrières du destin, de l'aventure totale, où l'ivresse était sanctifiée.On y sacrifiait de petits animaux domestiques. C'était la fête des croyances celtiques les plus typiques, et on y buvait de la bière, on y mangeait de l'andouille et des noix, à satiété ".
"la civilisation des celtes". o.launay.
éditions famot. Genève.


Vers 830, le pape Grégoire IV transféra au 1er novembre, en l'étendant à tous les saints, la "fête de tous les martyrs" célébrée précédemment le 13 mai. Sur ses conseils, Louis le Pieux l'institua sur tout le territoire de l'empire carolingien. Ce fut la Toussaint.
Le calendrier chrétien ne se dota que plus tard, vers l'an 1000, d'un Jour des Morts, sous l' impulsion d'Odilon, abbé de Cluny.
Ces deux fêtes se substitueront peu à peu à Samain et on lit un peu partout que les célébrations de cette dernière disparurent de France, tandis qu'elles se poursuivaient en Irlande, Ecosse, Angleterre. Il semble bien pourtant qu'on en trouve trace, même tardivement, dans nos campagnes, notamment en Savoie.
Dans " Jacquou le Croquant", d' Eugène Le Roy, publié en 1897* * et qui évoque la vie rurale dans le Périgord, j'ai découvert au chapitre 5 ce passage qui me semble éloquent:

' A propos de cette dernière fête, ( la Toussaint ) qui tombe la vigile du Jour des Morts, il y avait dans certaines maisons, et non des pires, un usage ancien assez curieux.
Le soir, on soupait en famille, et pendant le repas, on s'entretenait des parents défunts, de leurs qualités, de leurs vertus, même de leurs défauts; et ce qu'il y avait de plus étrange, on buvait à leur santé en trinquant. Ce souper devait être composé de neuf plats, comme soupe, bouilli, fricassée, daube, saugrenade, tourtière, fricandeau etc...
Le repas fini, on laissait sur la table les viandes, et ce qui restait de chaque plat pour le souper des anciens, morts, et on rapportait du pain et du vin lorsqu'il n'y en avait pas assez.
Après ça, on faisait un beau feu et on rangeait les chaises en demi-cercle autour du foyer. Puis on se retirait pour laisser la place aux défunts, après avoir récité des prières à leur intention.
Le curé Bonal disait bien que tout cela sentait fort la superstition, mais en raison des prières et de l'intention pieuse, il fermait un peu les yeux."

Le curé Bonal était un homme sage! Ces quelques lignes m'enchantent. Voilà une vieille coutume qui ne manque pas de beauté!



* Plus exactement, le calendrier chrétien a remplacé la nuit où les morts reviennent par un jour où les morts sont honorés.
* *On peut lire "Jacquou le Croquant" sur Wikisource.