adaptation très libre d'un conte populaire

En ce temps-là, à la ferme des Grands Chênes, il y avait un petit coq blanc que tout le monde connaissait dans le pays. Le renard avait mangé son père et le petit coq en avait pris la succession. Il avait encore la voix claire, c'était un coq tout jeune; mais quand il poussait ses " Cocorico!", juste avant que le jour se lève,il y mettait tellement de coeur qu'il réveillait tout le monde dans les fermes d'alentour. Le renard aussi, l'entendait de sa tanière, au milieu du bois et il disait entre ses dents:
Ah! petit coq, tu fais le fier,
mais quand tu seras bien dodu,
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
C'était un petit coq courageux; il a eu l'occasion de le montrer: la poule grise avait pris la mauvaise habitude d'aller pondre dans la haie, au bord de la route.Un jour, un homme qui passait l'a remarquée: "Tiens, tiens!"Il a regardé autour de lui, personne! Il a voulu s"en emparer.Mais au moment où il se baissait pour l'attraper, le petit coq lui a volé dans les cheveux et lui a asséné une grêle de coups de bec - en veux-tu, en voilà!- si bien que le malandrin s'est bien vite redressé en faisant de grands gestes pour se débarrasser du coq et en criant: "le diable! le diable! j'ai le diable sur la tête"! !Le fermier qui était dans l'étable s'est précipité à la rescousse, un bâton à la main, mais il n'a rien eu à faire: l'homme se sauvait en criant et en se tenant la tête. Il était déjà loin sur la route.La Grise avait fait son oeuf précipitamment et elle en oubliait de chanter. Le petit coq, lui, allait et venait devant elle en poussant encore des petits cris indignés.
- Toi, tu n'as pas ton pareil! a dit le fermier.

Quelques temps ont passé, et le coq grossissait; sa voix devenait forte, grave, puissante. Quand il l'entendait, le renard disait entre ses dents:
Ah! coq blanc, fais donc le fier!
Bientôt le jour sera venu
où je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et il a commencé à rôder autour de la ferme; il attendait une occasion. Il voyait le coq se pavaner dans la cour et il se disait: "Quel bon repas il me fera! Il doit être encore bien tendre!" Il s'en léchait les babines à l'avance! Mais c'est qu'il était prudent, le coq blanc! Il ne s'éloignait jamais beaucoup. Et de son côté, Mirabeau veillait! Mirabeau, c'était le chien de la ferme.
Une nuit où le renard essayait de s'introduire dans le poulailler, il lui a sauté dessus par surprise et l'a mordu si cruellement à l'épaule qu'il a boité pendant huit jours. Une autre fois, le chien s'est lancé à sa poursuite et il a eu du mal à lui échapper. Ca l'énervait, le renard! mais il était patient! Il disait entre ses dents:
Coq blanc, tu as beau faire le fier!
Quand le moment sera venu
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et puis un beau jour, l'occasion qu'il attendait s'est présentée. Cet après-midi là, le coq est allé dans le champ de blé qui venait d'être moissonné, à côté de la ferme. Il picorait les grains tombés et il s'est trouvé au milieu du champ sans s'en être apreçu. Tout d'un coup, il a entendu:
- Bonjour coq!
Il a levé la tête: le renard était là qui le regardait! La catastrophe! Il a répondu:
- Tiens! Bonjour, renard.
- Je suis bien content de te renconter. Il y a longtemps que j'en avais envie!
Le coq, lui, n'était pas du tout content. Mais il faisait contre mauvaise fortune bon coeur! Il attendait la suite.
Et là, le renard a ricané:
- Coq, je t'ai laissé faire le fier.
mais cette fois, l'heure est venue
où je vais te manger tout cru
Comme j'ai mangé ton père!-
- Bon! a répondu le coq, s'il faut que tu me manges, tu me mangeras. Mais on dit partout que tu es un renard bien élevé et plein de délicatesse. Si c'est vrai, tu vas bien me laisser terminer mon repas!
Le renard se sentait flatté. Il a dit :
- Eh! bien, alors, termine! Je ne veux pas faire mentir ceux qui ont dit ça!
Le coq s'est remis à picorer, ou du moins à faire semblant. En même temps, l'air de rien un pas après l'autre, il se rapprochait de la route. Il espérait que quelqu'un viendrait à passer, ou que le petit vent d'été porterait l'odeur du renard jusqu'à Mirabeau. Mais rien ne bougeait. Rien de rien!
- Bien! a dit le renard, cette fois, tu dois avoir fini!
- Oh! tu sais, j'avais une de ces faims! Attends encore une minute!
Le renard lui a encore laissé quelques instants. Mais il commençait à en avoir assez. Il a dit:
- Allez, cette fois, je te mange!
-C'est que j'ai soif, a dit le coq! Là-bas, sous le gros cerisier au bord de la route, il y a des cerises tombées. Elles sont juteuses! J'en mangerais bien quelques-unes!
- Tout à l'heure! a dit le renard.Mais pendant que j'y pense, je m'en voudrais de ne pas te faire un compliment; tu le mérites: tu chantes à merveille! Tu es vraiment le meilleur chanteur qu'il y ait dans le pays! En ce moment, je veux dire!
- En ce moment? a demandé le coq?
--Oui! parce que ton père, en son temps chantait quand même mieux que toi! Et tu sais pourquoi? Lui, il chantait les yeux fermés. Mais toi, bien sûr, tu ne sais pas le faire!
D'avoir entendu dire tant de bien de lui l'avait rendu un peu vaniteux, le coq blanc. Il s'est écrié:
- Comment, je ne sais pas? Tu vas voir!
Il avait fermé les yeux et il s'apprêtait à chanter, mais il n'en a pas eu le temps. Le renard s'est jeté sur lui, l'a pris dans sa gueule et s'est enfui.
Ah! il s'en voulait, le coq! Il était pris et le renard courait vers le bois. Ils sont passés près d'un champ où des gens travaillaient. Une femme a crié:-
- Regardez! Le renard emporte une poule!
Et ils ont tous crié:
" Au renard! Au renard!".
- Quest-ce quils ont, ceux-là ? a dit le coq? Est-ce que c'est leur affaire? Et toi, tu ne réponds même pas que ça ne les regarde pas?
Le renard a ouvert la gueule pour le dire. Le coq n'attendait que ça! Il s'est échappé et s'est perché sur un arbuste le la haie, le plus haut possible.Il était encore tout étourdi. Une jument dans son pré qui les avait regardés arriver a dit au coq:
- Ah! tu en as, de la chance, toi! Tu viens de l'échapper belle!
- C'est vrai! a dit le coq. On ne m'y prendra plus jamais à fermer les yeux quand je n'ai pas envie de dormir!
- Et toi, gros benêt! a dit la jument au renard. Ta mère ne t'a donc pas appris qu'on ne parle pas la bouche pleine?
Le renard se sentait tout dépité. Il a répondu:
- Oh! si. Elle me le répétait souvent!
- Ah! tu vois, tu vois! s'est écriée la jument. Moi, je le dis tout le temps: il FAUT écouter sa mère!
Et, toute contente d'avoir raison, elle s'est remise à paître
- Toi, je te retrouverai! a lancé le renard au coq - c'était pour se sentir moins bête- et il a repris tristement le chemin du bois.

Mais il se trompait, il ne l'a jamais retrouvé. Le coq s'était laissé prendre une fois, il était bien trop malin pour qu'il y en ait une deuxième. Le renard, qui voulait tant le manger, a été obligé de rester avec son envie. Qu'est-ce que vous voulez? c'est la vie! On ne peut pas avoir tout ce qu'on désire!
Votre maman vous l'a certainement dit!