Le blog de Laurence, mamie conteuse

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 16 février 2010

Le coq et le renard



adaptation très libre d'un conte populaire

En ce temps-là, à la ferme des Grands Chênes, il y avait un petit coq blanc que tout le monde connaissait dans le pays. Le renard avait mangé son père et le petit coq en avait pris la succession. Il avait encore la voix claire, c'était un coq tout jeune; mais quand il poussait ses " Cocorico!", juste avant que le jour se lève,il y mettait tellement de coeur qu'il réveillait tout le monde dans les fermes d'alentour. Le renard aussi, l'entendait de sa tanière, au milieu du bois et il disait entre ses dents:
Ah! petit coq, tu fais le fier,
mais quand tu seras bien dodu,
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
C'était un petit coq courageux; il a eu l'occasion de le montrer: la poule grise avait pris la mauvaise habitude d'aller pondre dans la haie, au bord de la route.Un jour, un homme qui passait l'a remarquée: "Tiens, tiens!"Il a regardé autour de lui, personne! Il a voulu s"en emparer.Mais au moment où il se baissait pour l'attraper, le petit coq lui a volé dans les cheveux et lui a asséné une grêle de coups de bec - en veux-tu, en voilà!- si bien que le malandrin s'est bien vite redressé en faisant de grands gestes pour se débarrasser du coq et en criant: "le diable! le diable! j'ai le diable sur la tête"! !Le fermier qui était dans l'étable s'est précipité à la rescousse, un bâton à la main, mais il n'a rien eu à faire: l'homme se sauvait en criant et en se tenant la tête. Il était déjà loin sur la route.La Grise avait fait son oeuf précipitamment et elle en oubliait de chanter. Le petit coq, lui, allait et venait devant elle en poussant encore des petits cris indignés.
- Toi, tu n'as pas ton pareil! a dit le fermier.

Quelques temps ont passé, et le coq grossissait; sa voix devenait forte, grave, puissante. Quand il l'entendait, le renard disait entre ses dents:
Ah! coq blanc, fais donc le fier!
Bientôt le jour sera venu
où je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et il a commencé à rôder autour de la ferme; il attendait une occasion. Il voyait le coq se pavaner dans la cour et il se disait: "Quel bon repas il me fera! Il doit être encore bien tendre!" Il s'en léchait les babines à l'avance! Mais c'est qu'il était prudent, le coq blanc! Il ne s'éloignait jamais beaucoup. Et de son côté, Mirabeau veillait! Mirabeau, c'était le chien de la ferme.
Une nuit où le renard essayait de s'introduire dans le poulailler, il lui a sauté dessus par surprise et l'a mordu si cruellement à l'épaule qu'il a boité pendant huit jours. Une autre fois, le chien s'est lancé à sa poursuite et il a eu du mal à lui échapper. Ca l'énervait, le renard! mais il était patient! Il disait entre ses dents:
Coq blanc, tu as beau faire le fier!
Quand le moment sera venu
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et puis un beau jour, l'occasion qu'il attendait s'est présentée. Cet après-midi là, le coq est allé dans le champ de blé qui venait d'être moissonné, à côté de la ferme. Il picorait les grains tombés et il s'est trouvé au milieu du champ sans s'en être apreçu. Tout d'un coup, il a entendu:
- Bonjour coq!
Il a levé la tête: le renard était là qui le regardait! La catastrophe! Il a répondu:
- Tiens! Bonjour, renard.
- Je suis bien content de te renconter. Il y a longtemps que j'en avais envie!
Le coq, lui, n'était pas du tout content. Mais il faisait contre mauvaise fortune bon coeur! Il attendait la suite.
Et là, le renard a ricané:
- Coq, je t'ai laissé faire le fier.
mais cette fois, l'heure est venue
où je vais te manger tout cru
Comme j'ai mangé ton père!-
- Bon! a répondu le coq, s'il faut que tu me manges, tu me mangeras. Mais on dit partout que tu es un renard bien élevé et plein de délicatesse. Si c'est vrai, tu vas bien me laisser terminer mon repas!
Le renard se sentait flatté. Il a dit :
- Eh! bien, alors, termine! Je ne veux pas faire mentir ceux qui ont dit ça!
Le coq s'est remis à picorer, ou du moins à faire semblant. En même temps, l'air de rien un pas après l'autre, il se rapprochait de la route. Il espérait que quelqu'un viendrait à passer, ou que le petit vent d'été porterait l'odeur du renard jusqu'à Mirabeau. Mais rien ne bougeait. Rien de rien!
- Bien! a dit le renard, cette fois, tu dois avoir fini!
- Oh! tu sais, j'avais une de ces faims! Attends encore une minute!
Le renard lui a encore laissé quelques instants. Mais il commençait à en avoir assez. Il a dit:
- Allez, cette fois, je te mange!
-C'est que j'ai soif, a dit le coq! Là-bas, sous le gros cerisier au bord de la route, il y a des cerises tombées. Elles sont juteuses! J'en mangerais bien quelques-unes!
- Tout à l'heure! a dit le renard.Mais pendant que j'y pense, je m'en voudrais de ne pas te faire un compliment; tu le mérites: tu chantes à merveille! Tu es vraiment le meilleur chanteur qu'il y ait dans le pays! En ce moment, je veux dire!
- En ce moment? a demandé le coq?
--Oui! parce que ton père, en son temps chantait quand même mieux que toi! Et tu sais pourquoi? Lui, il chantait les yeux fermés. Mais toi, bien sûr, tu ne sais pas le faire!
D'avoir entendu dire tant de bien de lui l'avait rendu un peu vaniteux, le coq blanc. Il s'est écrié:
- Comment, je ne sais pas? Tu vas voir!
Il avait fermé les yeux et il s'apprêtait à chanter, mais il n'en a pas eu le temps. Le renard s'est jeté sur lui, l'a pris dans sa gueule et s'est enfui.
Ah! il s'en voulait, le coq! Il était pris et le renard courait vers le bois. Ils sont passés près d'un champ où des gens travaillaient. Une femme a crié:-
- Regardez! Le renard emporte une poule!
Et ils ont tous crié:
" Au renard! Au renard!".
- Quest-ce quils ont, ceux-là ? a dit le coq? Est-ce que c'est leur affaire? Et toi, tu ne réponds même pas que ça ne les regarde pas?
Le renard a ouvert la gueule pour le dire. Le coq n'attendait que ça! Il s'est échappé et s'est perché sur un arbuste le la haie, le plus haut possible.Il était encore tout étourdi. Une jument dans son pré qui les avait regardés arriver a dit au coq:
- Ah! tu en as, de la chance, toi! Tu viens de l'échapper belle!
- C'est vrai! a dit le coq. On ne m'y prendra plus jamais à fermer les yeux quand je n'ai pas envie de dormir!
- Et toi, gros benêt! a dit la jument au renard. Ta mère ne t'a donc pas appris qu'on ne parle pas la bouche pleine?
Le renard se sentait tout dépité. Il a répondu:
- Oh! si. Elle me le répétait souvent!
- Ah! tu vois, tu vois! s'est écriée la jument. Moi, je le dis tout le temps: il FAUT écouter sa mère!
Et, toute contente d'avoir raison, elle s'est remise à paître
- Toi, je te retrouverai! a lancé le renard au coq - c'était pour se sentir moins bête- et il a repris tristement le chemin du bois.

Mais il se trompait, il ne l'a jamais retrouvé. Le coq s'était laissé prendre une fois, il était bien trop malin pour qu'il y en ait une deuxième. Le renard, qui voulait tant le manger, a été obligé de rester avec son envie. Qu'est-ce que vous voulez? c'est la vie! On ne peut pas avoir tout ce qu'on désire!
Votre maman vous l'a certainement dit!


jeudi 21 mai 2009

La petite poule qui ne voulait pas passer à la casserole



En ce temps-là, il y a longtemps, la petite maison un peu à l'écart du village, à côté du bois, était celle d'une grand-mère qu'on appelait Petite Marie. Elle avait quatre poules: Roussette, Bigarrée, Poule Noire, et la plus jeune, Cou Pelé - elle appartenait à cette race de poules qui n'ont pas de plumes sur le cou.
Elles étaient gâtées, ces quatre poules! Petite Marie les nourrissait en abondance de blé et de maïs; elle leur cuisait parfois des légumes; elle leur étalait de la salade verte; quand elle faisait un gâteau, elle leur en émiettait toujours une part en leur disant: " Régalez-vous, mes petites! ". Elle les laissait en liberté dans une grande cour herbue; elle tenait leur poulailler bien propre. Elles avaient une belle vie de poules et trois d'entre elles s'en rendaient compte. Seule, Cou Pelé n'était pas contente de son sort. Elle savait que la destinée des poules, c'est de passer à la casserole quand elles ne peuvent plus pondre, et ça, elle n'arrivait pas à l'accepter.
La sage et tranquille Roussette lui disait:
- On n'y peut rien changer! C'est écrit dans le livre de la vie depuis le commencement du monde! Tout a une fin! ça ne sert à rien de s'insurger! N'y pense pas! Profite plutôt des beaux jours que nous fait Petite Marie!
Cou Pelé lui trouvait des idées bien sottes! Elle se retenait de le dire , mais elle le pensait si fort que la bonne Roussette devait bien l'entendre! C'était un esprit rebelle, cette petite Cou Pelé!

Un jour d'été où les poules étaient sorties sur le chemin et avaient picoré jusqu'à l'orée du bois, où l'ombre était fraîche, Cou Pelé, en grattant la terre meuble a découvert une petite boîte rose. Elle l'a ouverte et elle est restée émerveillée. Dedans, il y avait une bague: une très jolie bague en argent, avec un chaton ciselé dans lequel était enchâssée une pierre superbe, aux mille reflets, irisée, chatoyante, qu'on aurait dit tombée de l'arc-en-ciel. Cou Pelé ne se lassait pas de la regarder: elle n'avait jamais rien vu d'aussi beau.
- Qu'est-ce que je vais en faire? s'est demandé la petite poule. Si je la donne à Petite Marie, bien sûr, ça lui fera plaisir. Mais elle ne la portera jamais, elle n'a pas d'occasions de sortir. J'ai envie d'aller l'offrir à la reine. On dit qu'elle est très bonne et très juste. Tout le monde l'aime. Elle seule est digne de la porter. On dit aussi qu'elle est très triste depuis la disparition du roi dans ce malheureux accident. Elle sera sûrement contente que quelqu'un lui fasse un si beau cadeau. Elle voudra m'offrir une récompense. Alors, je lui demanderai de ne pas passer à la casserole.
- Oh! s'est écriée la sage Roussette, je t'en prie, ne pars pas!Tu n'imagines pas à quel point le monde est dangereux! Tu n'arriveras jamais chez la reine! Ne pars pas, reste avec nous!
- C'est quand même une belle idée, a dit Poule Noire, et j'aurais aimé l'accompagner! Mais je ne peux pas, j'ai trop peur!
- Moi aussi, j'ai peur! a dit Bigarrée. Ne pars pas! Le palais est trop loin pour nos petites pattes!
Elles pouvaient bien dire tout ce qu'elles voulaient, Cou Pelé n'en faisait jamais qu'à sa tête! Elle a mis la petite boîte sous son aile et elle est partie.

Elle a marché d'un bon pas toute la journée, contente du plaisir qu'elle allait faire à la reine. Mais quand les ombres du soir ont commencé à s'allonger, elle s'est mise à penser qu'il lui faudrait un abri pour la nuit. Elle était au milieu d'une grande plaine cultivée et pas un arbre, pas un arbuste où se jucher! Elle s'est arrêtée pour picorer quelques graines dans un champ qui venait d'être moissonné, puis elle est vite repartie, malgré ses pattes raides qui lui faisaient mal. Elle marchait et toujours pas d'arbustes, pas de haies. La nuit est arrivée. La petite poule n'y voyait plus rien. Elle est entrée dans un champ de maïs et s'est tapie là. Elle a juste eu le temps de se dire qu'elle risquait fort de se réveiller entre les dents pointues d'un renard ou d'un blaireau, de voir passer dans sa tête l'image de Roussette, puis elle est tombée dans le sommeil comme on tombe dans un trou!

Le lendemain, les premiers rayons du soleil l'ont réveillée. Elle était vivante! Vivante, mais avec des pattes qui avaient du mal à la porter, quand elle s'est levée pour sortir du champ! Elle a débouché sur le chemin d'où une pie s'est envolée puis s'est reposée aussitôt en la voyant. La pie a demandé:
- Que fais-tu donc si loin des maisons? Un renard t'avait prise et tu as réussi à lui échapper?
Cou Pelé a pris un air important:
- Non! Je suis partie chez la reine. J'ai quelque chose à lui remettre qui lui fera grand plaisir! Dis-moi, je vais bien dans la bonne direction?
- " Oui " a répndu la pie- elle était impressionnée! " Marche toujours vers le soleil levant. mais tu sais, c'est loin! Tu n'es pas près d'y arriver"!
- N'importe! Je mettrai le temps qu'il faudra. Merci du renseignement!
Et courageusement la petite poule est repartie.
Elle a marché des jours et des jours. Elle marchait et elle s'habituait, elle apprenait. Elle ménageait ses forces. Elle se cachait quand elle voyait au loin des gens ou des chiens. Une nuit où elle dormait perchée dans un chêne, elle a été réveillée par le cri d'une effraie en chasse.. Aussitôt, elle a entendu comme un frôlement qui montait, qui montait vers elle. Alerte! Sa dernière heure était-elle arrivée? Elle s'est dressée en battant des ailes et en gloussant; elle a essayé un petit vol de côté, un autre, encore un autre. Elle avait peur, elle ne savait pas trop ce qu'elle faisait. il y a eu un grand bruit de branches; des corbeaux,, dérangés, se sont envolés en protestant. La bête qui grimpait a dû prendre peur, elle aussi.. Elle s'est laissé glisser au bas de l'arbre et s'est enfuie. C'était une fouine qui avait pensé faire son dîner de la petite poule. Elle lui avait échappé de justesse. Cou pelé n'a pas pu se rendormir. Elle s'est rendu compte que chaque nuit elle était en danger. Roussette avait peut-être raison: elle n'aurait pas dû partir. Mais c'était fait! Elle n'allait pas retourner en arrière!
- J'arriverai chez la reine! Il faut que j'y arrive! s'est dit la petite poule. Ce soir, la chance était avec moi. Peut-être qu'elle ne me quittera plus!
Au matin, quand elle est repartie, elle était pleine de confiance.

Elle marchait. Un pas après l'autre, elle marchait, la vaillante petite poule! Et voilà qu'un jour, elle est arrivée devant une rivière.
- Je vais au palais royal; est-ce que j'en suis loin? a demandé Cou Pelé à une tourterelle en train de se désaltérer.
- A vol d'oiseau, pas tellement loin! a répondu la tourterelle. Mais toi, tu ne sais pas voler, ou si peu! Tu vas être obligée de faire un grand détour vers le nord pour trouver un pont. Ensuite, tu repartiras un peu en oblique et je crois que quelques jours devraient te suffire!
- Merci du renseignement! a dit Cou Pelé tout heureuse. Il y a longtemps que je marche et je serai rudement contente d'arriver!
- C'est vrai que tu as l'air fatiguée, a dit la tourterelle. Eh! bien, bonne route et bon courage!
La petite poule est donc partie vers le nord en suivant la rivière. Que c'était ennuyeux d'avoir un long détour à faire alors qu'elle était si près! Si seulement elle avait pu voler! Elle se demandait bien pourquoi les poules ont des ailes, si c'est pour ne servir à rien!Tout d'un coup, elle a vu des buissons, des arbrisseaux au milieu de l'eau. Mais c'était une île! Quelle chance, ça changeait tout! " Ce n'est pas large, je dois pouvoir traverser! a pensé Cou Pelé. Elle a bien examiné les lieux: oui, oui, elle pourrait certainement traverser d'un coup d'ailes. Elle a planté solidement son bec dans la petite boîte rose, elle a pris son élan et...plouf! à deux pas de l'île, elle est tombée à l'eau et le courant l'emportait, elle suffoquait.Elle a entendu une voix qui disait: " Regardez-la, cette folle!" et elle s'est senti rattrapée, remorquée jusqu'à l'île où elle s'est affalée.Elle a vite remis sous son aile trempée la petite boîte qu'elle tenait au bec et elle a repris peu à peu sa respiration. Une famille de canards s'était portée à son secours et s'agitait autour d'elle.
- Tu voulais donc te suicider? a demandé la cane.
- Non, je voulais seulement gagner du temps, je vais chez la reine! a dit la petite poule.
- Tu te prenais, pour la reine des airs! a dit le canard. Eh! bien, sèche-toi au soleil, repose-toi, et demain nous t'aiderons à traverser l'autre bras de la rivière.
Elle aurait bien voulu traverser tout de suite. Mais elle se sentait sans forces, après son début de noyade et elle avait si longtemps marché seule,c'était agréable de se laisser aller dans l'herbe douce, avec la famille canard qui vaquait à ses affaires aux alentours. Le lendemain matin, elle avait à peu près récupéré. Côte à côte, le canard et la cane l'ont prise sur leur dos, escortés de leurs enfants. En un rien de temps, elle était sur l'autre rive. Elle les a tous bien remerciés et elle est repartie toute joyeuse, car elle se disait qu'elle serait bientôt au bout de ses peines. Elle marchait, elle marchait. Les villages étaient plus nombreux, de ce côté-ci de la rivière. Elle devait faire très attention pour les éviter. Un jour, où elle s'était arrêtée sous un arbre pour se régaler de quelques poires, elle a senti tout d'un coup quelque chose tomber sur elle et l'envelopper. Elle a bien essayé de se dégager, mais il n'y avait rien à faire. C'était un enfant qui avait jeté sa veste sur elle et maintenant, il la soulevait, il l'emportait. Tout en courant, il l'a saisie par les pattes et s'est précipité dans une maison.
- Regarde, maman, j'ai attrapé une poule! je me demande d'où elle sort, elle était dans le pré d'en-haut!
La maman s'est mise à rire:
- On n'est pas près de la manger, elle est bien maigre! ça ne fait rien, mets-la dans l'enclos avec les autres! Elle fera bien un ragoût un jour ou l'autre!
Et le gamin a jeté la pauvre Cou Pelé dans un endroit grillagé où il y avait bien une vingtaine de poules qui ont fait à peine attention à elle. Elle s'est blottie dans un coin, désespérée: il y avait de quoi! Le coq est venu aux nouvelles, mais elle lui a dit:
- Ecoute, je suis très fatiguée. Si tu veux bien, nous parlerons demain!
Elle avait l'air tellement malheureuse qu'il n'a pas insisté.
Le soir, elle s'est couchée tôt, dans un noisetier à côté du poulailler. Peu à peu le courage lui revenait. Elle ne pouvait quand même pas échouer si près du but!
Elle avait raison de croire à sa chance. Dans la nuit, il y a eu dans le poullailler un grand vent de panique: des battements d'ailes, des caquètements effarouchés, d'autres désespérés, un terrible remue-ménage, un bruit de course, encore quelques gloussements malheureux, puis le silence. Elle avait compris: une sauvagine était entrée et s'était servie dans le poulailler! A la première lueur de l'aube, la petite poule a sauté de son perchoir. Elle a suivi le grillage, elle a trouvé le trouvé le trou fait par la bête et elle s'est enfuie.

C'est le lendemain que soudain, il est apparu devant elle! Il dressait ses hautes murailles blanches juste en face, au sommet d'uns colline. Le palais royal! Cou Pelé a senti comme un soleil qui lui éclatait dans le coeur. A partir de ce moment, ce sont ses pattes qui ont tout fait. Sa tête, elle ne l'avait plus: elle flottait quelque part sur un petit nuage rose. S'est-e lle faufilée discrètement, l'air de rien, entre les jambes des gardes? Etait-elle devenue invisible le temps qu'il fallait? Toujours est-il qu'elle s'est retrouvée dans le jardin du palais puis sur le seuil de la cuisine. Le cuisinier, qui était sorti chercher un bouquet de persil, a failli lui marcher dessus en rentrant.
- Une poule! Qu'est-ce que tu fais là, toi? Ce n'est guère ta place!
- Bonjour, monsieur! a dit poliment Cou pelé. S'il vous plaît, je voudrais parler à la reine.
- Parce que tu crois que la reine a du temps à perdre avec une poule? Je me demande pour qui tu te prends!
- C'est que je lui apporte un joli cadeau! a dit Cou Pelé.
- Un cadeau! Je voudrais bien voir ça!
Il riait! ça le faisait rire!
Cou Pelé a pris la petite boîte rose sous son aile, elle l'a ouverte et l'a tendue au cuisinier. Il a fait:
- Pfff!...C'est ça, ton cadeau? Mais qu'est-ce que tu crois? C'est un bijou de servante, pas un bijou de reine!
Oooh!...Le goujat!...Un bijou de servante!... la petite poule était hors d'elle. Elle a crié:
- Vous dites ça parce que vous êtes jaloux! C'est un très beau bijou! Je suis sûre que la reine...
- Qu'est-ce qui se passe? a demandé une voix douce. Qu'est-ce que c'est que ce bruit?
Cou Pelé l'a deviné aussitôt, c'était la reine, qui se promenait dans le jardin. Avant d'avoir vu son visage, elle a vu ses mains, posées sur le chambranle de la porte. Elle ne portait que deux bagues, une à chaque main. Chacune était une splendeur!
- C'est cette poule, Madame, a dit le cuisinier. Elle voulait vous offrir une bague de pacotille!
Et il a tendu la boîte à la reine. La reine a regardé la bague, a regardé Cou Pelé:
- C'est vrai? Tu veux m'en faire cadeau?
- Oui, Madame. Je l'ai trouvée et je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Alors j'ai pensé que vous seule en étiez digne. Mais peut-être...
Elle n'en a pas dit plus, elle aurait pleuré.
- Tu te trompes, Géraud, a dit la reine au cuisinier. Regarde-la mieux;: elle est très jolie, cette bague, finement ouvragée, avec une pierre parfaite. Une pierre de lune! J'adore les pierres de lune!
Elle l'a essayée, elle lui allait juste au petit doigt. Elle s'est tournée vers la poule:
- Je l'accepte avec joie. Quand le roi sera revenu - car on a beau dire, il n'est pas mort, je le sais - quand il sera revenu, donc, nous aurons des enfants. Cette bague sera pour notre première fille. Et en attendant, chaque jour je la porterai. Mais je voudrais te remercier. Dis-moi ce qui te ferait plaisir.
Cou Pelé contemplait avec ravissement cette dame si belle, si gentille, qui avait l'air de tout comprendre..Elle a pensé: " Je ne peux rien demander; ce serait mesquin, ce serait petit! Non, je ne demanderai rien!".
Elle a dit - elle s'étranglait bien un petit peu, mais elle a dit:
- Non merci, Madame, je ne veux rien. Ca me suffit largement si j'ai pu vous faire plaisir.
La reine paraissait songeuse. Elle a dit:
- Tu ne peux pas repartir comme ça. Je suppose que tu viens de loin: tu es toute maigre et fatiguée. Sans doute, tu as couru bien des dangers. Reste quelques temps au palais pour te reposer. Et même...Tu vois, ce que j'aimerais, ce serait te garder auprès de moi. Le parc est grand. Je t'y ferais construire une petite maison où tu vivrais avec quelques compagnes,parce que, seule, tu t'ennuierais Qu'est-ce que tu en penses?
- Et vous nous garderiez tout le temps? a demandé Cou Pelé. Je veux dire jusqu'au moment de passer à la casserole...
- Passer à la casserole! s'est écriée la reine. En voilà, une idée! Vous ne passeriez JAMAIS à la casserole, évidemment!
Une immense vague de bonheur est arrivée. Elle s'est déversée sur la petite poule, elle l'a submergée, soulevée, emportée, roulée, touneboulée. Elle a pensé qu'elle était morte, comme ça, sans s'en apercevoir et qu'elle se réveillait au paradis!

Celle qui a été bien surprise, quelques temps plus tard,c'est Petite Marie, quand une voiture officielle s'est arrêtée devant chez elle et que le grand Chambellan lui-même en est descendu et qu'il est venu frapper à sa porte. Il était chargé de lui donner des nouvelles de Cou Pelé et lui demander si elle voulait bien la céder à la reine, ainsi que ses autres poules, et venir elle- même au palais pour s'en occuper. Elle recevrait un bon salaire en tant que préposée au poulailler royal.
Elle n'en revenait pas, Petite Marie. La tête lui en tournait presque! Elle a dit oui bien vite. Elle ne demandait qu'à faire plaisir à la reine. Et en plus, c'était une aubaine: depuis quelques temps il pleuvait dans le grenier de sa maison; bientôt, ce serait sur son lit. Il aurait fallu faire réparer son toit, mais elle ne pouvait pas , elle était trop pauvre!
Son sac a été vite préparé: de tout temps, elle n'avait eu que deux robes, une pour changer l'autre. Et elle est partie, dans la belle voiture tirée par quatre chevaux, en emmenant Roussette, Bigarrée et Poule Noire.

Et voilà comment Petite Marie et ses quatre poules se sont retrouvées au palais royal, débarrassées de tout souci.
Roussette n'avait pas pu s'empêcher de murmurer à Cou Pelé:
- On dira ce qu'on voudra,c'était quand même une idée folle que tu as eue, de venir de si loin voir la reine! je croyais ne jamais te revoir!
Roussette était raisonnable et prudente. Elle n'avait pas encore remarqué que bien souvent, la chance, la réussite et le bonheur sourient à ceux qui ont des idées folles!



* tous droits réservés.

jeudi 3 avril 2008

Le Maneki-Neko





Peut-être n'allez-vous pas me croire...je n'en serais pas étonné! Tel que vous me voyez-là: superbe, allongé, haut sur pattes, le poil brillant, les yeux d'or pleins de rêve, élégant, racé, le plus beau des chats - c'est mon ami qui le dit - tel que vous me voyez, donc, j'ai été chat des rues. J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai connu toutes sortes de dangers.
Je suis né sur un sac pas très propre, mais c'était mieux que le béton, dans la cave d'un magasin qui venait de fermer. Par chance, il manquait un carreau à la fenêtre. Mes deux frères et moi, nous avons donc eu un bon abri pour nos premiers jours de vie. Quand nous avons commencé à courir partout, Maman nous a pris chacun à notre tour par la peau du cou et transportés dans la rue. Entre le trottoir et l'arrière des magasins, il y avait des arbustes bien touffus où nous cacher. Nous avons commencé à découvrir le monde. Il était clair et beau. Les commerçants d'à côté nous ont repérés; c'étaient de bonnes âmes; ils nous ont installé un carton où Maman se couchait pour nous allaiter et où nous pouvions rester tranquilles quand elle s'en allait chercher sa nourriture. Des gens passaient sans nous voir. Mais un jour une dame s'est arrêtée et a regardé longuement sous les arbustes. Elle est partie, puis elle est revenue peu après avec de la nourriture qu'elle a posée à côté du carton. Quelle fête quand Maman a découvert le cadeau! Elle n'en a pas laissé une miette! Et tous les jours, vers la même heure, la dame revenait nous apporter de la pâtée. Elle restait un moment à nous parler doucement, gentiment. Maman a pris l'habitude de l'attendre. Aucun de nous ne s'enfuyait plus à son approche. Grâce à elle, nous étions presque heureux pour des chats errants.
Mais voilà! Il y a eu le chien!

Un chien que son maître ne tenait pas en laisse! Tout à coup, sa grosse truffe renifleuse est apparue au-dessus de nous. Maman s'est dressée, toute hérissée. Elle a craché et lui a allongé un coup de griffes. Le chien a couiné, mais le museau revenait, alors Maman a sauté sur le trottoir et a couru, le chien à ses trousses, elle a couru et ouf! elle a réussi à disparaître dans la cave. L'instant d'après, le chien parti avec son maître, elle est ressortie, elle nous a cherchés, elle nous a comptés, elle nous a léchés, elle avait eu très peur!
Passer dans notre rue,le chien fouineur, il en a fait son habitude. Quand elle le voyait arriver, Maman se glissait sur le trottoir pour qu'il la poursuive et ne s'en prenne pas à nous. Elle lui échappait comme elle pouvait. Mais l'endroit n'était plus sûr, nous avons déménagé.

Maman connaissait bien le quartier. Elle nous a trouvé un petit terrain tranquille, à l'abri des chiens. C'était dans l'enceinte d'une école, derrière la maison du gardien et la cantine. Il y avait là une allée gravillonnée, une pelouse assez étroite avec des arbrisseaux et des massifs de fleurs, et bordée sur toute une longueur par un parking souterrain, dont le mur, à mi-hauteur, se continuait par une grille. On pouvait facilement s'y réfugier. Nous l'avons visité aussitôt, mais nous nous sommes enfuis très vite, car les gens venaient chercher leur voiture pour aller au travail, ça faisait beaucoup de bruit, nous avions peur.. Nous sommes restés longtemps blottis dans un massif. Quand nous nous sommes décidés à visiter notre nouveau domaine, prudemment, vous pouvez me croire!nous avons eu une délicieuse surprise: sous un petit arbre aux branches basses, nous a vons découvert une assiette pleine de nourriture. A quatre, nous l'avons vidée en un éclair!
Le soir venu, nous avons vu que le parking avait un autre locataire, un matou à l'air pacifique. Nous nous sommes installés loin de lui pour ne pas le gêner. L'assiette sur la pelouse, c'était pour lui qu'elle avait été mise. Le jour suivant, il y est passé avant nous et n'a presque rien laissé. Nous, les petits, nous n'étions pas à plaindre, nous avions le lait de notre maman. mais elle, la pauvre, ce jour-là elle a fait carême. Les chats errants font carême plus souvent qu'à leur tour!
Par je ne sais quel miracle, très vite, une deuxième assiette est arrivée. Il y a bien eu, par- ci, par- là, des jours où elle restait vide. Ce n'était pas trop grave car nous avions trouvé les poubelles et l'avantage était que ces jours-là, nous pouvions fureter partout, il n'y avait personne dans la cour. Maman s'absentait de plus en plus longtemps. Nous, nous partions à la découverte des environs. Le soir, fidèlement, quand les voitures étaient rentrées, nous nous retrouvions dans le parking. je pensais bien rester là, tranquille, jusqu'à devenir un chat adulte, mais c'était trop beau pour durer! Un couple de corneilles s'est mis à fréquenter notre petit jardin, et plusieurs fois, Maman a dû les chasser de notre assiette. Un jour où je me promenais, seul, sur la pelouse qui longeait l'école, une des corneilles est venue se poser devant moi. L'instant d'après, l'autre était là. Elles me fixaient, toutes les deux, je n'osais plus faire un pas en avant. J'avais beau me hérisser et cracher, ça ne les impressionnait pas. Elles attendaient le moment de se jeter sur moi. C'est alors que quelqu'un, sur le trottoir a tapé dans ses mains en criant:
- Ho! les corneilles! Allez-vous laisser ce chat!
Elles ont fait, chacune, un petit vol de côté, alors j'ai foncé et j'ai couru, j'ai couru, j'ai couru! je me suis faufilé sous un portillon, je l'avais vu de loin, il m'a à peine ralenti. J'ai couru, j'ai couru, J'ai failli passer sous les roues d'un cyclomoteur, j'ai couru, couru, couru, j'étais mort de peur. J'ai sauté par-dessus un ballon qui roulait vers moi. J'arrivais dans un espace vert avec un énorme buisson d'arbustes. J'ai filé droit sur lui, des branches m'ont fouetté, j'ai poussé jusqu'au milieu du buisson, et là, je me suis écroulé, mon coeur allait lâcher!
Je suis longtemps resté affalé dans ma forteresse végétale. je n'entendais pas de croassements, peut-être les corneilles ne m'avaient-elles pas suivi jusque là. Peu à peu, j'ai retrouvé mon calme. je me suis demandé si j'allais essayer de retourner à notre parking, mais rien que de penser aux corneilles, je me sentais mal. J'ai décidé que je coucherais là. Plus tard, le soir, je suis sorti avec précaution pour examiner les lieux. C'était une grande pelouse, traversée par une allée de marronniers et une piste cyclable, avec, plus bas, un autre gros buisson. De chaque côté, il y avait des maisonnettes avec des jardins. Je suis parti à la recherche des poubelles. Je n'ai pas mangé grand'chose, ce soir-là, mais j'étais vivant!
Le lendemain, j'ai abandonné définitivement l'idée de rejoindre ma famille. J'étais presque sevré, je pouvais vivre seul. J'ai adopté le buisson.
Ca n'a pas été la meilleure époque de ma vie. La nourriture était rare et, quand il pleuvait trop, il me fallait chercher un autre abri Je devais aussi choisir mes moments pour sortir, à cause des chiens que leurs maîtres lâchaient et qui couraient partout. J'y ai vécu tant bien que mal ma vie difficile de chat sans logis. J'ai souvent couru, j'ai souvent jeûné.

Et puis, un jour, quelqu'un s'est intéressé à moi. Il est venu tourner autour du buisson en me parlant doucement. Bien sûr, je ne suis pas sorti! Mais il est revenu et bientôt il m'a apporté de la nourriture et de l'eau. Il poussait les barquettes le plus loin possible dans le buisson, pour que les chiens ne les trouvent pas. Je me suis habitué à lui. Il venait tous les soirs. J'étais pressé de le voir arriver. Il est devenu mon ami. Un jour, j'ai accepté une caresse, puis, je me suis frotté à ses jambes. Il a fini par me dire:
- L'hiver va arriver, Chaton! Tu ne vas quand même pas le passer dans ton buisson!
Et un soir, il est venu avec un panier à chat qu'il a posé par terre. Dedans, ça sentait bon le bifteck haché. J'y suis entré, il a fermé la porte et c'est comme ça que mon ami m'a emmené chez lui.
Oh! je n'étais pas très fier, les premiers jours! Je me méfiais; mais mon ami était si gentil! il me caressait et me donnait de si bonnes choses! Quel bonheur! J'avais toujours l'estomac plein!
Il m'a appelé Chamboule. Il faut dire que lorsque je passais sur les meubles - ou dedans,car je faisais intimement connaissance avec l'endroit - beaucoup de choses tombaient! Ce n'était pas de ma faute! je crois qu'elles avaient peur de moi! Maintenant, elles commencent à s'habituer!
Nous avons été heureux, mon ami et moi. Et puis , soudain, de mauvais jours nous sont tombés dessus sans crier gare! Il allait perdre son travail. Il l'a perdu. Il était triste et préoccupé. Oh! il ne me laissait manquer de rien, mais il ne me faisait plus aussi souvent jouer avec mon lacet, et même quand il me caressait, je sentais bien qu'il avait l'esprit ailleurs. Il m'avait dit:
- Mon pauvre Chamboule, qu'allons-nous devenir? J'ai bien peur qu'avant longtemps nous ne soyons à la rue, toi et moi!
Une visite lui a rendu son sourire. Au moins pour un moment. Il avait pris un billet de tombola à des gens qui aident les animaux en détresse, il avait gagné et une dame lui apportait son lot. C'était un maneki-neko.

Un maneki-neko? Mon ami n'avait jamais entendu parler de ça! On n'est pas obligé de tout savoir! C'était un porte-bonheur japonais. Une jolie statuette en porcelaine, représentant un chat assis, qui lève une patte à la hauteur de son oreille. Il paraît que les Japonais les mettent dans leurs magasins et leurs maisons pour attirer la fortune. Mon ami a dit que c'était bien la chose dont il avait le plus besoin en ce moment et il l'a posé sur le plus haut rayon de l'étagère à livres. Puis, il s'est tourné vers moi:
- Et je compte sur toi, Chamboule, pour ne pas me le casser!
Evidemment, que je n'allais pas le casser! J'étais bien trop soulagé de nous voir tirés d'affaire! Je pensais que le lendemain, mon ami allait rentrer tout content, avec des billets plein les poches!
Eh! bien, pas du tout! Il était toujours aussi soucieux. Et les jours qui ont suivi, c'était pareil. Nous avions beau attendre, la fortune n'arrivait pas!
Il commençait à m'agacer, le machin- chose, en haut de son étagère! Il s'était mis en grève, ou quoi? Il ne se plaisait pas chez nous? Il m'avait tout l'air d'un bon à rien! J'ai patienté, j'ai patienté, mais il est arrivé un moment où je ne pouvais plus y tenir. J'y suis allé, sur le rayon du haut. Je l'ai reniflé, il était tout froid et il ne sentait même pas le chat. Je lui ai dit que ça ne pouvait plus durer comme ça! Que c'était bien beau de rester la patte en l'air comme un gros nigaud, mais qu'il devait se décider à faire son travail, sinon, il aurait affaire à moi!
Voilà! Il était prévenu! J'ai sauté de l'étagère. Que s'est-il passé, je ne sais pas, toujours est-il qu'il a sauté avec moi et crac! je l'ai vu là, par terre, en trois morceaux! Catastrophe! Désastre! Cassé, le maneki-neko! C'était la fin du monde! je me suis fourré sous le divan et j'ai dormi!

Le bruit de la clé m'a réveillé, mais je suis resté dans ma cachette.Mon ami s'étonnait de ne pas me voir. Il m'a appelé plusieurs fois : " Chamboule! Chamboule! Chamboule!" Puis sa voix est devenue inquiète: " Chamboule! Où es-tu? Tu n'es pas malade?". Enfin, il a vu et je l'ai entendu rire:
- Ah! c'est ça! Tu as encore fait un exploit! Espèce de maladroit! Allez, montre-toi, va, ce n'est pas grave!
Mon ami a la bonté dans le coeur. Il a ramassé les morceaux et les a mis dans un tiroir. J'ai fini par sortir. Après m'avoir caressé, en me disant des mots gentils, comme d'habitude, il m'a servi mon dîner, comme d'habitude. Mais je n'ai pas pu le finir.
Dès mon arrivée, mon ami avait installé mon panier, avec un coussin par-dessus, devant la porte du balcon. Comme nous sommes au premier étage, ça me fait un bon poste d'observation, d'où j'aime à regarder la rue. J'ai pris une grande décision: celle de m'y installer pour faire moi- même, lorsque je serais seul, le maneki-neko. Comme ça, si la fortune venait à passer, elle me verrait sûrement, pour peu qu'elle lève un peu les yeux, et saurait que nous l'attendions. Je me suis assis sur le coussin et j'ai levé la patte droite. C'était dur, je devais souvent m'arrêter pour me reposer, mais j'ai tenu bon. J'ai tenu bon plusieurs jours, peut-être une semaine.Et moi, je ne l'ai pas remarquée, la fortune, mais elle, elle a de bons yeux et elle m'a vu!

Je l'ai su, ce soir-là, rien qu'à la façon dont mon ami a ouvert la porte. Ensuite il est entré rayonnant, il m'a pris dans ses bras et m'a fait tourner en disant:
- Chamboule! ça y- est, Chamboule, la chance est avec nous!
Il avait retrouvé du travail. Enfin, presque! C'était une histoire incroyable:
Il traversait le vieux parc quand il avait entendu des cris de femme, et un homme cagoulé s'était presque jeté dans ses jambes, emportant un sac à main. Mon ami lui avait sauté dessus, le lui avait fait lâcher et l'avait redonné à la dame. Il voulait appeler les pompiers, mais elle n'avait pas été molestée, elle était simplement tremblante et choquée. Elle lui avait demandé d'appeler plutôt son fils et de l'accompagner pour prendre un thé au bar d'en face en l'attendant. Le fils arrivé, mon ami s'était levé pour partir, mais la dame avait voulu qu'ils prennent ensemble un autre thé. Ils avaient fait connaissance. Le fils tenait une grande librairie dans une ville voisine et il avait besoin d'un nouveau vendeur. Mon ami semblait avoir le profil qui convient, ils avaient rendez-vous le lendemain.
- Tu vois, disait mon ami, c'est vraiment un coup de veine! Même en morceaux, il fonctionne, le maneki-neko!
Pauvre de moi! Il croyait que c'était l'autre qui avait tout fait! Je le regardais, j'avais le coeur navré, je m'étais donné tellement de mal! Je le regardais, et brusquement j'en ai pris mon parti. Tant pis, s'il ne se doutait de rien! Qu'il soit heureux! C'était ce que j'avais voulu! C'était la chose la plus importante du monde!
Il avait retrouvé sa joie. Il était sûr que tout marcherait bien et tout a bien marché. ,Peu de temps après, il m'a annoncé qu'il était engagé pour de bon. Il n'arrêtait pas d'en soupirer d'aise. Il n'avait jamais demandé une grosse fortune, mon ami. Un peu lui suffisait!Après dîner, il a mis de la musique, a pris un livre et s'est assis dans le fauteuil. J'ai sauté sur ses genoux. Il m'a caressé en m'appelant son beau chat, son gentil chat, son chouette copain, son mini-frère à quatre pattes- il invente pour moi plein de noms de tendresse. Puis il m'a dit:
- Et tu sais, mon vieux Chamboule, le truc, là-bas, dans le tiroir, c'est de la blague!On fait semblant d'y croire pour s'amuser, mais ce n'est qu'un objet, sans coeur ni âme, comment aurait-il le moindre pouvoir? Je vais te dire, Chamboule, c'est toi, c'est toi tout seul, mon maneki-neko.
De bonheur, j'ai fermé les yeux. Mon ami, c'est le plus beau, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent, le meilleur des humains. Il me caressait doucement. Je ronronnais. Dehors, j'entendais les grands souffles du vent, la pluie qui cinglait les volets. Mais chez nous, sous la lampe, il faisait beau et doux. Il fait merveilleusement beau et doux, quand on nous aime!


* Tous droits réservés.

mardi 21 août 2007

Azalou et le soleil



C'étaient les grandes vacances. Mais on ne l'aurait jamais dit! La fin du printemps et le début de l'été ressemblaient à un automne. Il faisait gris, il pleuvait, il ventait. On n'avait pas pu ranger les petites laines et même, parfois, il fallait en ressortir une grosse.
- Quel sale temps! disait Maman.
- Est-ce que ça devrait exister, un temps pareil, en Juillet? demandait Mamie. Le Bon Dieu ne fait plus son travail! Si ça continue, je vais faire signer une pétition à tous les vacanciers et la lui envoyer. C'est comme ça, de nos jours: il faut se fâcher pour obtenir quelque chose!
- II est vieux, le Bon Dieu, répondait Mémé.Il est peut-être fatigué!
Elle savait de quoi elle parlait, Mémé. C'est la maman de Papy. Elle est obligée de descendre les escaliers tout de travers parce qu'elle a mal aux chevilles, et elle se couche tôt, le soir, sinon elle s'endort sur le canapé.
- Vous en faites, des histoires! a dit Azalou avec son sourire éclatant. Vous n'allez quand même pas déranger le Bon Dieu pour ça! Si vous voulez, j'irai vous le chercher, moi, le soleil!
- Ca y est! s'est exclamée Maman, Azalou a encore une idée géniale! Et où iras-tu comme ça, ma bichette? Au supermarché du bout de la rue? Le soleil est enfoui là-bas au fond de la réserve et ils ont oublié de le mettre en rayon? C'est ça?
- Mais non! J'irai le chercher chez lui! a dit Azalou. Je ferai vite! Vous ne vous apercevrez même pas que je suis partie! Vous me croirez en train de jouer chez Camille!
Elle a pensé en elle-même:
- Ou plutôt, vous me croirez en train de dormir!
Ils ne savaient pas! Elle n'avait pas encore trouvé comment faire pour leur parler de Nasko, le petit cheval blanc aux pieds d'argent qui venait lui parler à la fenêtre de sa chambre les soirs de lune, dès que Maman avait repoussé la porte. On ne fermait pas complètement à cause de Bali, qui dormait dans la chambre. Et Bali, la gentille, tranquille au creux de sa corbeille, sous le bureau, n'aboyait même pas en entendant Nasko. Une chance!
Azalou avait accepté à deux reprises d'aller faire un tour sur le dos du petit cheval. Il galopait, galopait, galopait, si vite que le vent vous sifflait aux oreilles. Ses sabots levaient des gerbes d'étincelles. Jusqu'en Chine, ils étaient allés. Ils avaient bondi par-dessus la Grande Muraille. Azalou l'avait bien reconnue. L'oncle de Camille y était allé et en avait rapporté des photos. Mais là, elle avait demandé à rentrer à la maison. Elle ne voulait pas que Papa et Maman risquent de découvrir son absence; ils auraient été inquiets. En quelques secondes, elle s'était retrouvée dans son lit.
Avec Nasko, tout était possible! Elle pourrait sûrement aller vite fait chercher le soleil!
- Notre Azalou a un imaginaire foisonnant! a dit papa.( Il parle bien, Papa )! En plus, elle est dégourdie et décidée. Elle serait bien capable de faire ce qu'elle dit! Seulement, Bichette, je suis désolé, mais des parents responsables n'ont pas le droit de laisser leur enfant courir seul les routes. Alors, je dois dire non!
- Cent pour cent d'accord avec Papa! a dit Maman.
Papy a levé le nez de son livre et il a souri dans sa barbe. Ce que pensaient Mamie et Mémé, elles l'ont gardé pour elles. Elles savaient qu'il ne faut pas mettre son grain de sel dans les discussions parents-enfants. Mémé savait aussi que ce serait trop dur pour elle, même si elle en avait envie, d'aller avec Azalou chercher le soleil. Pour faire diversion, Mamie s'est dirigée vers la fenêtre:
- Est-ce qu'on va quand même faire un tour en ville ou sur la plage? a-t-elle demandé.
- Allez-y si vous voulez, a dit Mémé. Moi, je vais rester ici. Il pleut.
- C'est ça! a dit Papy. Allons nous aérer un peu pendant que Mémé se repose.
C'était lui que le mauvais temps dérangeait le moins. Il adore marcher sous la pluie

Quand Nasko est arrivé ce soir-là, Azalou a été bien surprise. Il n'avait pas envie de l'emmener chez le soleil. Il disait qu'il y fait trop chaud et qu'il avait peur de roussir sa belle crinière blanche:
- Et si je te ramène avec les cheveux grillés et des cloques sur la figure, que vont dire tes parents?
Azalou n'y avait pas pensé et c'est vrai que ça posait problème. Mais devant son air déçu, Nasko a proposé:
- Ce que je peux faire, c'est t'emmener chez son neveu Crache-Loin, et, de là, tu lui téléphoneras.
- Et qui est son neveu Crache-Loin?
- Le dragon de la Haute Montagne!
- M'emmener chez un dragon? Mais il va nous dévorer! Je ne veux pas!
- N'aie pas peur! Celui-ci n'a jamais dévoré personne! Il est très gentil! Il est mon ami!
Bon! Puisque Nasko le disait! Azalou a enfilé son K-way, pris son sac à dos où restait, intact, le goûter qu'on avait emporté sur la plage car il avait fallu rentrer en catastrophe, sous la pluie.
Et en route! Nasko galopait, galopait, galopait, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles. En un instant, il était loin dans la campagne. Et tout à coup, ils ont vu apparaître à l'horizon un gros nuage noir qui fonçait sur eux à toute allure.
- L'orage arrive! a dit Azalou, pas rassurée du tout.
- Ne t'inquiète pas! a répondu Nasko. C'est Sentinella qui m'entend galoper et qui envoie aux nouvelles!
Il lui a expliqué que Sentinella était la gardienne des portes du Pays d'En Haut. Il y en avait sept et elle était présente aux sept en même temps. Le nuage arrivait. Nasko a frappé le sol d'un de ses sabots et il s'est élevé au-dessus d'eux un arbre au feuillage si serré qu'ils ne risquaient rien de la pluie. Surprise! Ce n'est pas de l'eau qui est tombée, mais des corbeaux et ils se précipitaient pour becqueter les jambes de Nasko. Il s'est mis à piaffer. Il envoyait les corbeaux rouler à plusieurs mètres. Ils faisaient: " Aïe!" et ils se dépêchaient de se relever et de décoller pour rejoindre leur nuage qui a rebroussé chemin.
De nouveau, Nasko a galopé et là, ils ont entendu, au loin, des aboiements:
- Sentinella a lâché ses chiens! a dit Nasko. Donne-leur des gâteaux, ça leur fera plaisir.
Trois énormes chiens roux accouraient, mais soudain ils ont cessé d'aboyer et ont crié:" Nasko! Nasko!" en gambadant autour de lui.
- Bonjour! a dit Nasko. la petite fille, c'est Azalou. Elle vous a apporté quelque chose!
Ils sont venus prendre délicatement les gâteaux qu'Azalou leur tendait et ils ont crié:" Azalou! Azalou!" et ils lui léchaient la main.
Et ils ont tous galopé, galopé, galopé, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles. Les chiens ont pris un peu d'avance, se sont arrêtés devant une énorme haie d'épines qui semblait monter jusqu'au ciel. Ils ont crié:
- Sentinella, tu peux ouvrir, c'est Nasko!
- Je sais bien que c'est Nasko; les corbeaux me l'ont dit! a répondu une voix. Mais pourquoi amène-t-il une petite fille?
- Bonjour, Sentinella! a dit Nasko. J'emmène Azalou chez Crache-Loin, elle voudrait parler au soleil.
- Elle est gentille, ont dit les chiens: elle nous a donné des gâteaux!
La haie d'épines a disparu aussitôt. Mais il restait une belle et haute grille de fer forgé fermée au cadenas. Derrière la grille , se tenait une dame, qui paraissait immensément vieille, qui était immensément belle; ses yeux faisaient penser à la mer. Azalou avait fait l'inventaire de son sac à dos. Elle a dit:
- Madame, permettez-moi de vous offrir des bonbons à la menthe. Ce sont les préférés de ma Mémé. Elle trouve que ça lui donne du tonus. J'aimerais aussi vous laisser ce qui reste de gâteaux pour les chiens!
Et elle lui a dédié son sourire éclatant.
- C'est vrai qu'elle est gentille, a murmuré Sentinella, et elle a ouvert la grille.
- Passez! Et saluez pour moi Crache-Loin.
Azalou a eu à peine le temps de dire merci et de donner ses cadeaux; ils étaient déjà en train de galoper, galoper, galoper, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles.

On ne pouvait pas avoir peur de Crache-Loin. C'était un dragon aimable et joyeux. Il les avait accueillis par quelques pas de danse, en chantant:"Boum, la la! Pirouli! Piroula! la li la la boum! boum! boum! ça faisait rire. Quand Azalou lui avait donné ce qui restait dans son sac à dos, un gros paquet de bonbons aux fruits, il lui avait fait, dans les cheveux, un bisou qui chatouille. Puis, il avait appelé au téléphone son no-noncle Soleil, qui avait répondu "Allo!" de sa voix tonnante et il lui avait résumé la situation. Mais maintenant qu'Azalou avait le portable entre les mains,elle se sentait tout intimidée, toute bête et ne savait plus quoi dire.
- Si j'ai bien compris mon neveu, a dit la grosse voix, tu es une petite fille et tu trouves qu'on ne me voit pas assez chez toi? Tu crois donc que c'est amusant pour moi, de regarder les gens de la Terre? Toujours à se faire la guerre! Toujours à se disputer! Je vais te dire: ils me fatiguent! Leur tourner le dos un peu, ça me fait du bien! Est-ce que tu le comprends? Evidemment, toi, tu n'y es pour rien; ce n'est pas la faute des petites filles!
Pleine d'espoir, elle a dit:
- Monsieur Soleil, peut-être vous me connaissez? Je suis Azalou. J'aurais tellement besoin de vous pour que ma famille passe de bonnes vacances!
- Azalou? Bien sûr, je te connais!C'est toi qui habites la maison en bois pas très loin de la mer. Bon! Eh bien, pour toi, je vais faire un effort, c'est promis!
- Oh! Merci, Monsieur Soleil! Merci...
Il avait déjà raccroché.
Crache-Loin a fait quelques galipettes. Il a chanté:"Boum la la! Pirouli! Piroula! La li la la boum! boum! boum!I l a dit à Nasko de revenir le voir quand il voudrait, ça lui ferait plaisir, pui il a demandé:
- Voulez-vous que je vous renvoie à la maison?
Nasko voulait bien; ils gagneraient du temps; ça leur rendrait service. Crache-Loin a soufflé tout doucement - ils ont été enveloppés de lumière et de chaleur - puis de plus en plus fort. ils ont traversé le ciel à toute allure et l'instant d'après, la boule de lumière s'est dissipée. Azalou était dans sa chambre.

Le lendemain, elle a été réveillée par la voix de Maman:
- Tout va bien, chérie? ce n'est pas le moment de faire la grasse matinée, regarde un peu ce ciel!
Azalou s'est assise dans son lit. Le soleil entrait à flots par la fenêtre.
- Tu vois, tu n'auras pas besoin d'aller chercher le soleil! Il est là! A moins...à moins que tu n'y sois allée cette nuit?
Azalou était enchantée! Maman devinait tout!
- Oui, justement, j'y suis allée, mais pas toute seule! C'est Nasko qui m'a emmenée!
- Nasko?
- Oui, un petit cheval blanc qui vient me parler à la fenêtre.
- Et tu ne nous l'a pas présenté! Je veux absolument le connaître! Maintenant, debout, ma bichette, il faut profiter de cette belle journée!
A partir de ce jour, les vacances ont été magnifiques. Il faisait chaud, mais pas trop ; on pouvait rester longuement sur la plage. Souvent, le soir, on faisait des promenades le long de la mer. Papa et Papy partaient devant, avec leurs grandes jambes. Bali les suivait mais se retournait souvent pour voir ce que devenait le reste de la troupe; et quand ils revenaient tous les trois, on rebroussait chemin avec eux vers la maison. D'autres fois, on restait tard dans le jardin, à regarder se lever les étoiles. La première, à l'ouest, du côté de la mer, c'était Arcturus la rouge. La deuxième, quand on renversait la tête, presque au-dessus de la maison, blanche et bleue, c'était Vega. Papa connaissait les étoiles par leur nom. Peut-être qu'un cheval blanc, quand il était petit, l'avait emmené vers elles. Ou des oiseaux. Papa les aimait tous, même les corneilles. Maman les traitait de sales bêtes parce qu'elles avaient pillé le nid de tourterelles, dans le peuplier, mais Papa disait que ce n'était pas de leur faute, c'était leur nature, elles n'avaient pas demandé à être comme ça. Oui, c'était sûrement des corneilles qui avaient emmené Papa jusqu'aux étoiles! On parlait de petites choses sans importance, on riait pour des riens. On était ensemble. On était contents. Parfois, on entendait un léger ronflement; c'était Mémé. Elle adorait ce qu'elle appelait les bains de fraîcheur du soir, dans la chaise longue. Azalou courait de l'un à l'autre, jouait avec Bali. Le soir, elle s'endormait avant que sa tête ait eu le temps d'arriver sur l'oreiller!
Parfois, quand ils dînaient sur la terrasse, le soleil faisait un clin d'oeil à Azalou par le trou de la haie, là où il manquait un laurier, avant de se coucher. Elle répondait par son signe secret: elle passait trois fois son index sur le bout de son nez. Puis elle le remerciait dans son coeur. Alors, elle l'entendait rire.
C'étaient de belles vacances, dont on se souviendrait. Quand les grands-parents sont repartis, Mémé a dit, en serrant Azalou dans ses bras:
- Merci, chérie, dêtre allée nous chercher le soleil!
Et Mamie s'est écriée:
- Mais c'est vrai! J'avais oublié! merci, Azalou!
De Nasko, il n'a pas été question. De toute façon, il n'était pas revenu.
Azalou leur a dédié à tous son sourire éclatant. Elle les aimait, ceux-là! Elle les aimait comme ils étaient, avec leur qualités et leurs défauts. Elle savait depuis longtemps que les grandes personnes disent un peu n'importe quoi et qu'elles n'ont pas beaucoup de mémoire.


* tous droits réservés.

dimanche 29 avril 2007

Le chien (un conte traditionnel sibérien...



...que j'ai beaucoup raconté.)

En hommage à ma petite Lisa, plus souvent dite Lili, trois kilos d'amour, qui vient de retourner au pays de l'avant et de l'après, et à tous les chiens qui ont accompagné ma vie de leur tendresse:
Tommy, Pitou, Cham, Dana, Tiffen .



Autrefois, il y a bien longtemps, au commencement du monde, le chien vivait seul dans la taïga. A vivre seul, on vit sans joie. Il vous vient des peurs et des idées noires. A vivre seul, le chien s'est ennuyé. Tellement, qu'il s'est dit:
- Ca ne peut pas durer comme ça. Sinon, je vais mourir de tristesse. Il me faut un ami!
Et il est parti, à travers la grande forêt du nord, à la recherche d'un ami.
Il a rencontré le lièvre. Il lui a dit:
- Lièvre, si j'osais, je te demanderais bien quelque chose.
-Ose! a dit le lièvre. Demande toujours, nous verrons bien!
- Je cherche un ami. Voudrais-tu que nous vivions ensemble? Voudrais-tu que nous soyons amis, toi et moi?
- Oh! mais oui, je veux bien, a dit le lièvre!
Et le chien est parti avec le lièvre, vivre dans la maison du lièvre.
Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit: un cri d'oiseau chasseur, la chute d'une branche morte, l'aboi d'un renard. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. Le lièvre s'est réveillé en sursaut et il a dit:
- Tais-toi! Qu'est-ce qui te prend, de faire ce vacarme? Si tu aboies, le loup va t'entendre, il viendra nous manger! N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
- Quel peureux, ce lièvre! Je ne peux pas rester avec lui! Je ne veux pas d'un ami sans courage! Peut-être que le loup est courageux, lui!

Et le lendemain matin, le chien a quitté le lièvre. Il s'en est allé par la taïga à la recherche du loup.
Il l'a rencontré et lui a dit:
- Loup, j'aurais une proposition à te faire. Je cherche un ami.Si tu voulais, nous habiterions ensemble. Si tu voulais, nous serions amis, toi et moi.
- Bonne idée! je veux bien, a dit le loup!
Et le chien est parti avec le loup, vivre dans la maison du loup.
Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur cherchant un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. Le loup lui a dit:
- Tais-toi, voyons! Si tu aboies, l'ours va venir et il va nous manger. N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
- Le loup est donc aussi peureux que le lièvre! Je ne vais pas rester avec lui! Je ne veux pas d'un ami sans courage! Peut-être que l'ours est courageux, lui.

Et le lendemain matin, le chien a quitté le loup. Il s'en est allé par la taïga à la recherche le l'ours et il l'a trouvé. Il lui a dit:
- Ours, je cherche un ami. Est-ce que ça te dirait, que nous vivions ensemble? Aimerais-tu que nous soyons amis, toi et moi?
- Oh, oui, ça me plairait bien, a dit l'ours.
Alors le chien est parti avec l'ours, vivre dans la maison de l'ours.
Le soir, ils se sont couchés, et dans la nuit le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. L'ours a dit:
-Tu es fou! Tais-toi donc! Si tu aboies, l'homme va venir et il va nous tuer, avec son bâton qui crache du feu et qui est terrible! N'aboie pas comme ça! Tais-toi!
Le chien a pensé:
-L'ours est aussi poltron que le lièvre et le loup. Je ne resterai pas avec lui. je ne veux pas d'un ami sans courage. Peut-être que l'homme est courageux, lui.

Et le lendemain, le chien a quitté l'ours. Il est parti par la taïga à la recherche de l'homme et au bout d'un certain temps, il l'a trouvé. Il lui a dit:
- Homme, si tu voulais m'écouter, j'aurais à te demander quelque chose.
- Parle, je t'écoute! a répondu l'homme.
-Je cherche un ami. Voudrais-tu que nous vivions ensemble? Je pourrais t'accompagner à la chasse ou garder ta maison. Voudrais-tu que nous soyons amis?
- D'accord! Viens avec moi! a dit l'homme.
Et le chien est parti avec l'homme, dans la maison de l'homme. Le soir, ils se sont couchés et dans la nuit, le chien a entendu un bruit. Qu'est-ce que c'était? Peut-être un bruit quelconque de la forêt la nuit. Peut-être quelque rôdeur qui cherchait un mauvais coup à faire. Le chien a aboyé. L'homme s'est réveillé et il a dit:
- Tu entends quelque chose, mon chien? Alors, aboie plus fort! Aboie! Si c'est un voyageur égaré qui appelle à l'aide, que ta voix le guide vers notre maison! Si c'est un rôdeur cherchant un mauvais coup à faire, fais-lui peur! Chasse-le! Aboie plus fort, mon chien, aboie!
Alors, le chien a été content.
Il s'est dit:
- L'homme est bon. L'homme est courageux. L'homme n'a peur de rien. C'est l'ami que je cherchais. C'est l'ami qu'il me faut. Je vais rester avec lui!
Et le chien est resté avec l'homme. Le chien est resté dans la maison de lhomme.
Et il y est toujours.

dimanche 1 avril 2007

Les miroirs



Il était une fois des gens qui s'appelaient les Manfishes et qui étaient bien les plus désagréables qu'on ait jamais vus de par le monde!
Pour commencer, ils étaient sales. Ils jetaient tout par terre: les papiers, les détritus, tout ce qui leur passait entre les mains. Ceux qui habitaient les immeubles lançaient leurs ordures par la fenêtre; tant pis si elles tombaient sur la tête de quelqu'un! Ils faisaient d'ailleurs pas mal de choses par la fenêtre...Je n'insiste pas, ça vaudra mieux... Ils saccageaient les fleurs. ils abîmaient les arbres. IIs taggaient les murs et ce n'était pas de l'art, je vous assure! On aurait dit qu'ils n'aimaient que la laideur.
Mais ça ne leur suffisait pas; ils étaient aussi voleurs. Il fallait bien cacher son porte-monnaie quand on allait faire les courses, sinon, quelqu'un se mettait à courir et vous l'arrachait au passage. On ne pouvait plus se servir des caves, elles étaient pillées à tout moment. Il avait fallu mettre des barreaux à toutes les fenêtres des maisons, poser des portes blindées. Si vous aviez de beaux vêtements sur le dos, ils se mettaient à 2 ou 3 pour vous pousser dans un coin d'ombre et vous en dépouiller et ils vous laissaient dans la rue en slip, même s'il gelait à pierre fendre.
Bien heureux s'ils ne vous avaient pas à moitié assommé, car pour finir, ils étaient violents. Dans les files d'attente, chacun voulait passer avant son tour et il y avait des injures et des disputes, des bousculades, même des coups échangés. Tout leur était prétexte à bagarre, aussi on voyait beaucoup de bleus, de bosses, de bras et de jambes cassés.
Depuis longtemps, les touristes ne venaient plus chez eux ; ils disaient que c'était un pays de mauvais sauvages.
Et savez-vous pourquoi ils se comportaient de la sorte, ces pauvres Manfishes? (car à mon avis ils étaient presque autant à plaindre qu'à blâmer). Personne ne leur avait jamais dit qu'on peut respecter et aimer les autres et que ça rend la vie infiniment plus belle. Ils ne s'en doutaient même pas. Chacun n'avait d'amour dans le coeur que pour lui-même! Ils passaient plusieurs heures par jour à se regarder dans le miroir. Ils s'extasiaient: " Comme je suis beau! Comme j'ai l'air fort et malin!". Et plus ils se contemplaient plus chacun d'eux pensait qu'il aurait mérité d'être le roi du monde.
Un jour, à force de s'admirer, ils ont trouvé que leurs miroirs s'étaient empoussiérés et ternis et que leur image y devenait un peu floue. Alors, ils se sont mis à les nettoyer, à les frotter avec une pâte rose, à les essuyer soigneusement avec un chiffon doux.. Et quand ils s'y sont regardés à nouveau, ils n'en croyaient pas leurs yeux. Dans les miroirs bien propres, ils avaient des dents longues et pointues, des fronts butés, des figures méchantes.I ls avaient l'air de ce qu'ils étaient en réalité, c'est-à-dire de mauvais sujets, des gens sans foi ni loi, mais ils ne voulaient pas se reconnaître. Ils disaient: " Non, non, ce n'est pas nous! Ces miroirs sont faussés, ils montrent n'importe quoi! Il faut les mettre au rebut immédiatement!"
Leur Gouverneur a fait installer partout des bennes de récupération, et dès le lendemain, elles étaient pleines. Et ils se sont précipités pour acheter (ou voler ) des miroirs neufs. Ils ne pouvaient pas s'en passer!
Mais cette fois, c'était encore pire! Ce qu'ils voyaient dans les nouveaux miroirs, c'était des gens tranquilles, bien de leur personne, bon chic bon genre, mais avec des yeux! qui vous transperçaient et vous jugeaient! En rencontrant ce regard, les Manfishes sentaient la honte leur courir jusqu'au bout des ongles, jusqu'à la pointe des cheveux. Ils avaient envie de rentrer sous terre!
- Qu'est-ce qu'ils ont, ceux-là, à nous fixer de la sorte? se sont demandé les Manfishes. Pour qui nous prennent-ils? Nous n'allons pas nous laisser traiter comme ça!
Et ils ont cassé les miroirs.
Ils n'auraient pas dû le faire!
Parce que le lendemain, ces gens comme il faut, au regard terrible, qui leur faisaient peur, c'est dans la rue qu'ils les croisaient.
Ils étaient sortis des miroirs brisés.
En même temps, les Manfishes ont commencé à disparaître. Ils partaient au travail le matin, ou ils allaient faire des courses et ils ne revenaient pas. Où ils étaient passés, personne n'aurait pu le dire. Les nouveaux venus prenaient leur place, aussi, l'un dans l'autre, on s'y retrouvait.Tout pouvait continuer comme si de rien n'était.
Et peu à peu- miracle!- les villes devenaient propres, toutes fleuries et pimpantes. Les gens se parlaient gentiment, se souriaient, se rendaient service les uns les autres. Ils vivaient tranquilles et aussi heureux qu'on peut l'être. Les touristes sont revenus en foule; le pays était beau.
Les nouveaux Manfishes se sont fait appeler les Manfishes-Pa. Ils ne voulaient pas être confondus avec les anciens, ils en auraient été vexés.
Cela se passait il y a longtemps et on n'a jamais su ce qu'il était advenu des Manfishes.
Pourtant, de nos jours encore, à la tombée de la nuit, si vous jetez un coup d'oeil dans les lointains d'une devanture, ou dans les profondeurs de la glace d'une armoire, vous y apercevrez parfois d'étranges silhouettes qui leur ressemblent, qui vont, qui viennent, qui passent, qui repassent, qui tremblotent et qui ont l'air de se morfondre, prisonnières de l'hiver sans pitié des miroirs.


*Tous droits réservés. .

mardi 30 janvier 2007

Le dragon du square des Tilleuls



II y avait bien, comme un peu partout, quelques olibrius qui prenaient plaisir à pourrir, autour d'eux, la vie des gens. Mais c'était, dans l'ensemble, une ville tranquille. Dans cette ville tranquille, le square des Tilleuls était particulièrement joli, propre et calme. Surtout l'immeuble 3 où les enfants étaient bien élevés, saluaient les voisins, leur tenaient la porte du hall, ne crachaient jamais dans les parties communes et jetaient toujours leurs emballages de bonbons et de gâteaux à la poubelle. L'immeuble 3 du square des Tilleuls, c'était un très bon immeuble., c'était presque le paradis. Sauf...
Sauf que l'air de rien, sous l'aspect trompeur d'une dame qui se faisait appeler madame Olga, au premier étage, face à l'aire de jeux, épiant constamment les enfants d'un oeil soupçonneux et sévère, vivait un dragon!
Personne n'avait l'air de s'en douter. Seule, Mamie Alice l'avait percé à jour. Elle avait confié à son amie Blanche - à mi-voix - mais Tess et Paul avaient très bien entendu : "Madame Olga? Ce n'est pas une femme, c'est un dragon"! Tess en avait éprouvé un choc, car elle avait aussitôt eu l'impression qu'elle l'avait toujours su sans oser se le dire! Un dragon, mais oui! Malgré son sourire mielleux et ses belles paroles, au début, quand elle faisait l'aimable avec les nouveaux locataires, Tess avait lu clairement dans le regard cruel de ses petits yeux perçants, qu'elle avait envie de la dévorer! Elle en avait peur! Devant elle, elle se sentait toute raide, comme gelée! Bien sûr! madame Olga, c'était un dragon déguisé en dame!
Mamie Alice gardait son petit-fils Paul le mercredi et le soir après la classe, en attendant que sa maman rentre du travail. Elle avait accepté de garder aussi Tess. La maman de Tess disait que Mamie Alice portait la bonté sur sa figure, que c'était quelqu'un d'extraordinaire, une nounou comme on n'en fait plus, qu'on avait bien de la chance de l'avoir trouvée et Tess était tout à fait de son avis. Mais la chance, voyez-vous, c'est comme le bonheur, qui est rarement sans nuage. Mamie Alice habitait l'appartement juste à côté de celui de la prétendue madame Olga. Et pour Tess, c'était ça, le gros nuage!
Il avait bien fallu faire avec! Seulement, pas question de monter l'escalier en courant, de parler un peu fort sur le palier, de claquer la porte si peu que ce soit! Sinon madame Olga surgissait de son appartement tout en furie, la bouche pleine de paroles méchantes, et Tess était presque certaine, à ces moments-là, de lui voir cracher de la fumée et des flammes!
Mamie Alice gardait son calme et son sourire. Elle lui portait même, de loin en loin , un morceau de la tarte aux poires et au chocolat qu'elle réussissait si bien. Mais Tess trouvait difficile de vivre si près d'une personne toujours fâchée. Et Paul, malgré les airs fanfarons qu'il se donnait, n'aimait pas ça non plus!
Et puis - ça devait arriver! -il y a eu la goutte d'eau qui fait déborder le vase! Un après-midi où ils sortaient de l'appartement en riant, pour une promenade avec Mamie Alice, madame Olga a jailli de chez elle comme un diable de sa boîte en grondant:
- Vous pourriez les élever mieux, ces enfants, madame Alice! Leur apprendre à ne pas faire de bruit, à respecter les voisins! De petits sauvages!(elle adorait ce mot) ,voilà ce que vous en faites!
- Oh! ils vous ont dérangée en riant! a dit aimablement Mamie Alice. Excusez-les, madame Olga, ils ne riront plus! Mais respirer...ils peuvent? ça ne vous dérangera pas trop qu'ils respirent?
Madame Olga l'a fusillée du regard:
- Vous n'êtes pas intelligente, madame Alice!
Elle est rentrée, et elle a repoussé sa porte avec fracas. Les murs en ont tremblé.
- Eh! bien, a seulement dit Mamie Alice! pour quelqu'un que le bruit dérange!
C'est au retour, quand ils ont été tous les deux dans la pièce qui leur servait de salle de jeux, que Paul a dit à Tess:
-Ce dragon, tout de même, il faudrait bien nous en débarrasser!
- Oh! oui, a répondu Tess! Il le faudrait, mais comment faire?
- Dans les contes, quand des dragons vivaient encore sur terre, des garçons intrépides leur tranchaient la tête d'un coup d'épée, et après, les princesses voulaient absolument les épouser en récompense. Est-ce que tu m'épouserais, si je lui coupais la tête avec mon épée en plastique, comme ça: Tchoc!
- M...oui! je veux bien t'épouser. A condition quand même que tu cesses de manger la pâte à tartiner en plongeant ton doigt dans le pot, comme tu le fais quand Mamie Alice a le dos tourné! je trouve ça un peu dégoûtant!
- Les princesses, elles, ne mettaient pas de conditions! Elles étaient bien trop contentes d'être débarrassées du monstre!
- Oui, moi aussi, je serais bien trop contente! Mais tu te rends compte? Tu ne peux pas lui trancher le tête pendant qu'elle est une dame!
- Non, bien sûr que non! Mais peut-être que la nuit elle redevient dragon. Si c'est le cas, je m'introduirai chez elle et je la terrasserai. C'est comme ça que ça se dit : "terrasser le dragon"!
Tess a secoué la tête:
- Je ne crois pas qu'elle redevienne dragon la nuit. A mon avis, c'est un enchanteur du pays des dragons qui l'a métamorphosée en dame pour la punir de quelque chose et elle restera madame Olga jusqu'à la fin de sa pénitence.
- C'est possible! Viens, je vais poser une question à Mamie Alice. "Mamie, as-tu déjà vu madame Olga la nuit?"
- Oui, a dit Mamie Alice. Au début de l'année, une chaudière s'était mise à ronfler, une nuit, dans le local et madame Olga est venue sonner chez moi, car elle croyait que c'était la mienne. En fait, c'était celle des voisins du fond.
- Et comment était-elle, madame Olga?
- Comme d'habitude! Enervée car elle n'arrivait pas à dormir et en plus elle avait peur que ça explose. Pourquoi me demandes-tu ça?
- Une idée qui m'est passée par la tête! Elle est tellement bizarre! La nuit elle aurait pu être...je ne sais pas, moi,...un chien, par exemple!
- Elle aurait pu, a dit Mamie Alice en riant. Mais non! Elle était une madame Olga tout ordinaire!
-Tu avais raison! a dit Paul à Tess en retournant dans la salle de jeux. Et ce n'est pas drôle! ça veut dire qu'il faudra la supporter encore longtemps!
Tout de même, le mercredi suivant, il a apporté son épée en plastique. Comme ça, si une occasion se présentait, ils étaient parés. Tchoc!

La vie a continué. Madame Olga semblait de plus en plus revêche: elle répondait à peine à leur bonjour. Mais le hasard, qui fait si bien les choses, travaillait pour eux. Il a fait découvrir à Paul, dans un catalogue que sa maman venait de recevoir, un appareil extraordinaire. Vous savez quoi? Le repousse -chiens! Ca met en fuite les chiens hargneux ou seulement turbulents qui viennent tourner autour de vous et vous gêner. Quelle invention magnifique! Ca marchait peut-être aussi pour les dragons? Il a cherché sur internet et il a trouvé un site où ces engins étaient appelés "repousse-animaux". Donc, oui! Pas de doute, ça marchait pour les dragons!
Tess a trouvé ça gé-nial! Ils en prendraient un puissant, à cent euros ou plus. Ils l'actionneraient à chaque fois qu'ils passeraient devant l'appartement de madame Olga. Ils le maintiendraient le plus longtemps possible devant le trou de la serrure. Ce qui était super, c'est que ça ne pouvait pas lui faire de mal; seulement l'incommoder et la pousser à déménager. Les dragons avaient beau être de très méchantes bêtes, l'idée de lui trancher la tête avait déplu à Tess. De nos jours, il y a des choses qui ne se font plus. Et puis, ce dragon là, il était en même temps madame Olga. Un dragon à-moitié humain, ça changeait tout! Non! On ne pouvait pas recourir à une solution sanglante! Un repousse -chien, il n'y avait rien de mieux! Ils ont compté l'argent de leurs tirelires. Paul avait 27 euros et Tess 34. Après Noël ils pourraient en acheter un tout à fait bien. Ca ne faisait plus que quelques mois à attendre!

Halloween approchait et les a occupés. Mamie Alice a fouillé dans le placard et en a sorti de vieilles étoffes: noires, rouges, grises. Il avait été convenu avec les mamans que Tess serait déguisée en sorcière et Paul en diable. Ce serait bien plus amusant que les maquillages de l'année passée! Mamie Alice s'est mise au travail et son amie Blanche est venue l'aider. Dès le premier essayage, les enfants se sont trouvés superbes. Paul surtout était fou de joie; il ne pouvait pas s'empêcher, une fois revenu dans la salle de jeux, de sauter et gesticuler en poussant- pas trop fort- son cri de guerre. Mais tout d'un coup, il s'est interrompu et a pris le bras de Tess:
- Tess! Tess! J'y pense, l'an dernier, madame Olga ne nous a rien donné, pour Halloween! Elle n'a pas répondu, quand nous avons frappé chez elle! Si cette année elle ne nous donne rien, nous devons lui jeter un sort!
- L'ennui, c'est que ce ne sera pas un vrai sort! Je ne serai ,pas une vraie sorcière ni toi un vrai diable!
- Bien sûr que si, ce sera un vrai sort! A cause d'Halloween! Halloween, c'est la nuit où les gens de l'au-delà ont le droit de revenir sur terre. Et c'est pour les accompagner et les honorer que les enfants quêtent des bonbons. Tu le sais bien, mon père nous l'a expliqué! On peut lui faire confiance, à mon père, quand même! Il sait presque tout, il est prof! La formule d'Halloween, c'est " Des bonbons ou un sort"! Donc, les enfants, ce soir-là, peuvent jeter un sort! Et le nôtre ne sera pas méchant! Nous dirons, par exemple:" Madame Olga, nous vous jetons un sort. Retournez vite au pays des dragons"! Peut-être même qu'au fond, ça lui rendra service. Si ça se trouve, c'est dur, pour elle, d'être une dame!
Comment résister à des arguments pareils? Paul était souvent agaçant. Même très, très agaçant! Mais quel garçon intelligent, il fallait bien le reconnaître!
Le grand soir d'Halloween, ils étaient si contents, excités et impatients qu'ils en avaient oublié madame Olga. Mais la première chose qu'ils ont vue en sortant, quand Mamie Alice les a autorisés à aller frapper chez les gens de l'immeuble a été le papier scotché sur la porte d'à côté:
Sonai pas
jépa de sucrerit
( que voulez-vous, les dragons n'apprennent pas l'orthographe)! Alors Paul a pointé sa fourche et Tess son balai vers l'appartement et le coeur battant, ils ont jeté leur sort. Après quoi, tout soulagés, ils ont commencé leur quête.

Peu de jours après, quelqu'un a dit dans le groupe qui ramenait les enfants de l'école: " Etes-vous au courant? Il paraît que madame Olga est sur le point de déménager". Non, personne ne le savait. Il se dit tant de choses...ce n'était peut-être pas vrai!
Mais le lendemain, le camion d'un brocanteur a stationné devant l'immeuble. On vidait l'appartement de madame Olga. Dans l'après-midi, elle est descendue avec sa valise à roulettes et elle a pris un taxi qui l'attendait devant la grille. Elle est partie sans dire au revoir à personne.

C'était la surprise! Où était-elle allée et pourquoi? La dame du bazar, qui était vaguement son amie, a dit qu'elle était retournée dans son ancien pays, à l'est, comment s'appelait-il déjà? un nom compliqué...Elle y avait hérité d'une petite maison. C'était pour régler ses affaires, qu'elle était restée longtemps absente, cet été.
- Mais elle ne parlait jamais de son ancien pays! Elle disait qu"elle passait ses étés chez sa soeur à Béthune!
- Une soeur de Béthune qu'on n'avait jamais vue! C'était normal, ça, qu'elle aille toujours chez sa soeur et que sa soeur ne vienne jamais? Elle disait n'importe quoi, oui, elle se moquait de nous!
- Elle voulait tout régenter! Elle donnait des leçons à tout le monde... Ce n'était pas la peine de partir en cachette, on se passera bien d'elle!
Paul et Tess écoutaient ces propos bizarres de grandes personnes. Eux, voyaient madame Olga à l'entrée d'une grotte creusée dans une haute montagne. Elle avait un corps brun couvert d'écailles, une longue queue de dragon, de grandes ailes transparentes qui lui faisaient comme un manteau quand elle les soulevait un peu, des griffes longues comme ça!
- Peut-être même elle a plusieurs têtes a suggéré Tess.
- Oh! non, a protesté Paul. Elle n'avait pas assez de cervelle pour plusieurs têtes! Mais ça ne fait rien, elle ne doit pas être jolie, jolie!

Dans l'immeuble 3 du square des Tilleuls, l'air et les coeurs étaient plus légers, malgré l'automne. Il arrivait qu'on se poursuive en riant dans l'escalier, on mettait la musique un peu plus fort, Paul ne se retenait plus de pousser parfois son cri de guerre. Un jour, il a demandé:
- Toi, Mamie Alice, le sais-tu au juste, où est madame Olga?
- Non, a dit Mamie Alice. Elle disait du vrai et du faux. Elle n'aimait pas qu'on connaisse sa vie. Elle brouillait les pistes. Mais qu'elle soit ici ou là, ça ne nous regarde pas! Souhaitons-lui seulement d'être heureuse là où elle est! Elle ne l'était pas, au milieu de nous!
Mamie Alice avait pris son ton sérieux et une ombre passait sur son visage. Les enfants se sont regardés...ils ont eu très envie de lui faire plaisir. Ils ont dit:
- Oh! oui, bien sûr, nous lui souhaitons d'être heureuse là où elle est!
Ils le savaient bien, elle ne changerait jamais leur Mamie Alice! Elle était comme ça: tellement gentille qu'elle avait pitié même des dragons!


* tous droits réservés.

vendredi 24 novembre 2006

Les choux volés




Ca se passait dans des temps très anciens, quand les petites filles venaient encore dans les roses et les garçons dans les choux .C'était un bûcheron et sa femme qui s'appelaient Paulin et Pauline. Ils cultivaient dans leur jardin des rosiers et des choux, mais il ne leur venait aucun enfant. Le menuisier et sa femme, qui s'étaient mariés le même jour qu'eux, avaient déjà deux garçons. Et pendant ce temps, Paulin et Pauline attendaient toujours!
A force d'attendre et de se désoler, le bûcheron a fini par avoir une très vilaine idée. Une nuit sans lune, où il faisait noir comme dans la gueule du loup, il s'est glissé dans le jardin du menuisier et il a volé trois choux, qu'il a cachés sous sa veste et qu'il est vite allé repiquer dans son jardin à lui.
Et quelques semaines plus tard, ils étaient bien verts, les choux, ils commençaient à grossir. Il y en avait un qui s'arrondissait et Paulin se disait:
- Cette fois, ça y est, ce chou va nous donner un petit garçon!
Mais voilà qu'une nuit les lapins de garenne sont venus et ils ont rongé le chou! II n'en est resté que le trognon!
Quand il a vu ça, au matin, Paulin a été pris d'une rage folle:
- Ah! les lapins de garenne mangent mes choux! Eh! bien moi, demain, je mangerai du lapin de garenne!
Le soir, il a pris son fusil, il s'est caché sous le hangar et quand les lapins sont arrivés, Pan! Pan! Il a tiré sur eux! Comme il était maladroit, il n'en a tué aucun. Mais il y avait quand même, par terre, une petite flaque de sang.
Le bûcheron et sa femme avaient pour voisine la petite fée Myosotis, qui habitait un château dans les airs, au-dessus des prés, un château de cristal que, le jour, on distinguait à peine, mais qui resplendissait de mille feux, par les nuits de grand clair de lune. Le lendemain, à la première heure, comme Paulin et Pauline s'apprêtaient à déjeuner, la petite fée Myosotis est entrée et on voyait bien qu'elle n'était pas contente du tout.
- Paulin, mauvais homme! Sais-tu que tu as blessé gravement mon ami, le roi des lapins? Si je n'avais pas lavé ses plaies avec l'eau de ma fontaine miraculeuse, à l'heure actuelle, il serait mort!
- Ca, alors, c'est bien de sa faute! a dit Paulin. Comment pourrais-je avoir un petit garçon, si lui et sa famille mangent mes choux? J'espère leur avoir donné une bonne leçon et qu'ils n'y reviendront plus!
- Paulin, Paulin, a dit la fée, tu prends un mauvais chemin! Ta punition viendra! Tu auras l'enfant que tu mérites!
Et la petite fée Myosotis est repartie, encore plus fâchée qu'à son arrivée.
Il ne faut jamais fâcher une fée. Si vous en connaissez une, soyez toujours très gentils avec elle, sinon, vous auriez des ennuis! Mais...pouquoi est-ce que je vous dis ça, moi? Comme si je savais pas que vous êtes polis et gentils avec tout le monde! ...Paulin, lui, ne craignait pas la fée Myosotis. Elle était toute mignonne, toute menue, et il l'avait toujours connue. Il a eu vite oublié ses paroles. Il surveillait les choux et, dans le plus gros, il lui avait semblé apercevoir comme une touffe de cheveux. Il s'est remis à espérer. Et un matin, il a trouvé le chou ouvert et dedans...Ah! dedans, quel malheur! Au lieu du bébé garçon qu'il attendait, il n'y avait qu'un pauvre petit poupon de tissu, avec des cheveux de laine! Il était tellement déçu qu'il a eu envie de le jeter n'importe où, ni vu ni connu...un jouet abandonné... Mais il n'a quand même pas osé. Il l'a tendu à Pauline sans dire un mot et elle a compris tout de suite. La fée avait dit: " Tu auras l'enfant que tu mérites." Au lieu de lui faire des reproches, elle a essayé de le consoler:
- Oh! le superbe poupon! Je vais le ranger dans l'armoire. Quand nous aurons une petite fille, elle sera rudement contente d'avoir un si beau jouet ! Peut-être qu'il nous en viendra une l'an prochain! Nous allons planter d'autres rosiers!
En entendant ces paroles si gentilles, un grand regret est entré dans le coeur de Paulin en pensant aux bêtises qu'il avait faites et il s'est promis de ne plus jamais recommencer.
Il n'y avait plus qu'à attendre encore et c'est ce qu'ils ont fait. Un autre hiver est venu, puis un printemps, où ils ont planté des rosiers, et un été, et un automne.
Un jour où Pauline était toute songeuse, devant la fenêtre, son tricot sur les genoux, la petite fée Myosotis est passée et lui a demandé à quoi elle pensait.
- A peu de chose, a dit Pauline. Je me demandais ce que je nous ferais à manger demain.
- A ta place, a dit la petite fée, je ferais cuire des choux de Bruxelles. Vous en avez de beaux, dans le jardin.
Pauline n'a pas voulu la contrarier Elle a posé son tricot et elle a pris un panier pour aller cueillir les choux. C'était vrai qu'ils avaient beaucoup poussé en un rien de temps. L'un des pieds avait trois bourgeons tellement gros qu'ils pouvaient faire un repas à eux tout seuls! Elle a cueilli le premier bourgeon...Et qu'est-ce qu'il y avait dedans?... Un petit garçon! Elle a cueilli le deuxième...et qu'est-ce qu'il y avait dedans? Un autre petit garçon! Et dans le troisième? Encore un petit garçon! Ils étaient petits mais jolis! Elle n'en avait jamais vu de pareils! Elle est rentrée chez elle folle de joie, avec son plein panier de bébés! Et quand elle a poussé la porte de la chambre, trois berceaux les attendaient et il y avait sur le lit trois piles de jolie layette. Elle a envoyé le chien chercher Paulin dans la forêt, et ce soir-là et cette nuit là, Paulin et Pauline n'ont pu ni manger ni dormir, tellement ils étaient heureux!
Ils sont allés remercier la fée Myosotis - vous l'avez deviné, c'est à elle qu'ils devaient leur bonheur - et lui ont demandé d'être marraine. Et dans les années qui ont suivi, il leur est encore venu deux petites filles, une dans une rose rouge, l'autre dans une rose blanche. Paulin était devenu le meilleur des hommes et le plus gentil des voisins, toujours prêt à rendre service. Et toute la famille a vécu dans le bonheur.
Beaucoup plus tard, les bébés ont abandonné les choux et les roses. Côté confort, ça laissait trop à désirer! Ils ont décidé de pousser tout doucement, bien au chaud, bien à l'abri, dans le corps de leur maman, et tout le ,monde a trouvé que c'était bien plus pratique!


* tous droits réservés.

vendredi 29 septembre 2006

La Fée Camélia



Il était une fois des filles de la grande école, qui aidaient la maîtresse à ranger le placard pendant la récré. Quand elles ont eu fini, la maîtresse leur a demandé ce qu'elles voulaient faire quand elles seraient grandes. Elles ont répondu:
- Moi, je veux être coiffeuse!
- Moi, vendeuse de jouets!
- Moi, maîtresse d'école!
- Moi, je veux faire des émissions à la télé!
- Moi, a dit Camélia je veux être fée!
Fée! ça avait fait rire tout le monde, même la maîtresse, qui avait quand même dit:
- C'est vrai que ça t'irait bien!
Parce que Camélia était très jolie. Elle avait des cheveux blonds qui lui tombaient en vagues sur les épaules, de grands yeux verts, et quand elle marchait, on aurait dit qu'elle dansait. En plus, en hiver, les oiseaux venaient manger dans sa main.
A la sortie, ses camarades se sont moquées d'elle.
- Fée, ce n'est pas un métier, on ne devient pas fée!
- Si! disait Camélia. j'ai même commencé à suivre les cours de l'école des fées .
- Oh! la menteuse! ça n'existe pas, l'école des fées!
- Si! disait Camélia. C'est loin d'ici, mais ça existe et je suis les cours par correspondance. C'est ma marraine qui m'a inscrite.
Tout le monde riait et personne ne voulait la croire.
La meilleure amie de Camélia s'appelait Mélodie. C'est elle qui voulait être maîtresse d'école. Un jour, pendant les vacances, elles sont allées toutes les deux chercher des mûres sur le chemin du bois. Camélia a dit à Mélodie:
- Tu ne le crois pas, toi non plus, que je vais être fée! Eh! bien, tu vas voir!
Elle a sorti une baguette de sous son tee-shirt:
- Et ça, qu'est-ce que c'est?
- Ca, c'est un bout de bois, une espèce de baguette.
- Mais non, pas une ESPECE de baguette! Une baguette MAGIQUE! Tu vas voir, je vais te changer en tourterelle!
Et avant que Mélodie ait pu dire un seul mot, Camélia l'avait touchée de sa baguette et l'avait transformée en tourterelle. Rou couou cou! Rou couou cou!
Ca, alors! Mélodie n'en revenait pas! C'était amusant, d'être un oiseau! Elle volait le long du chemin, elle revenait se percher sur la tête de Camélia, elle reprenait son envol pour se cacher dans le feuillage d'un arbre, elle était ravie!
- Tu vois, disait Camélia, maintenant, tu me croiras!
- Ah ! oui, je suis bien obligée de te croire!
Au bout d'un moment, Mélodie s'est fatiguée dêtre tourterelle. Elle a demandé:
- Bon, maintenant, ça suffit! je voudrais redevenir une fille!
- Rien de plus facile! a dit Camélia .
Elle l'a touchée de sa baguette...Oh!...ça ne marchait pas!
Deux fois...Trois fois...ça ne marchait encore pas! Mélodie restait tourterelle!
Cinq fois...dix fois...Vingt fois...Oh! la catastrophe! Et Mélodie s'impatientait:
- Tu as fini de me taper dessus? qu'est-ce que tu fabriques? Tu ne vas pas me laisser tourterelle toute ma vie!
- Attends, attends, ça va marcher! Ce serait bien la première fois qu'une baguette magique tombe en panne!
Mais ça ne marchait toujours pas!
- Je sais ce que je vais faire a dit Camélia. Je vais te mettre sur la tête une pincée de poudre de perlimpinpin. C'est très bien, tu sais, la poudre de perlimpinpin! Ca y est! ça marche!
Non...ça n'avait pas marché! Mélodie n'était plus tourterelle! Mais elle était devenue poule! Cot, cot, cot...
- Tu vois, ça s'arrange, a dit Camélia. Poule, c'est tout de même mieux que tourterelle!
- Ah! oui, tu trouves! Tu trouves que c'est mieux! Et si le renard passe par ici et qu'il me mange, ce sera mieux, aussi! Comment expliqueras-tu ça à mes parents?

Oh! la la, la la, la la!

- Ecoute, ne t'affole pas, je vais essayer les formules magiques:
- Am stram gram badagram! ...Rien!
- Talapatau alapatau lapatalau...Rien!
-Alala maliba poum poum karadek! ... Toujours rien!
- J'ai oublié les autres. Mais on va aller à la maison. J'ai un gros cahier plein de formules magiques. Il y en a sûrement une qui marchera!

Oh! la la, la la, la la, la la!

Elles allaient repartir vers le village quand elles ont entendu des pas . C'était la femme du maçon qui se promenait avec sa soeur:
- Bonjour, Camélia! Tu n'es pas avec Mélodie, aujourd'hui? Tiens! Quest-ce que c'est que cette poule?
- Une poule? Quelle poule? Il n'y a pas de poule! Ah! ça! Cette poule-là? C'est...c'est...c'est une poule apprivoisée que ma grand-mère m'a donnée!
- Ah! dis donc! pour une poule apprivoisée, elle n'a pas l'air commode! Tu as vu, ces yeux mauvais qu'elle a? Tu devrais dire à ta maman de la tuer et d'en faire un ragoût! Elle paraît grassouillette! Avec du riz, ce serait rudement bon!

Oh! la la, la la, la la, la la, la la!

Quand elles ont été parties, Camélia a pris dans ses bras la poule-Mélodie, qui n'a pas pu s'empêcher de lui donner un méchant coup de bec, tellement elle était fâchée et elle a couru vers le village. Mais bientôt, elle s'est arrêtée:
- Oh! j'y pense!...Attends, je crois que j'ai trouvé!
Elle a sorti sa baguette magique, elle a touché la poule et cette fois, ça y était! La poule est redevenue Mélodie!
- Mais bien sûr, elle marche, ma baguette! C'est que je la tenais par le mauvais bout! Tu comprends, les baguettes, c'est comme les piles, ça a un sens! A l'envers, ça ne peut pas marcher! Mais oui, elle marche! Tu veux que je te change en grenouille?
- Oh! non, non, non! je le vois bien qu'elle marche! Maintenant, il faut rentrer sinon, on va se faire disputer!
Elles sont allées chez Camélia. Elles ont bu un bon chocolat crémeux et mangé de la brioche aux fruits confits. Elles se régalaient. Les émotions leur avaient donné faim! De temps en temps, elles se regardaient et elles riaient, parce que maintenant, entre elles, il y avait un secret.
Depuis ce jour-là, Camélia ne dit plus qu'elle veut être fée. Si quelqu'un lui en parle, elle rit et elle répond:
- Ma marraine me reproche toujours de dire des paroles en l'air!
Comme ça, tout le monde croit que c'était une blague! D'ailleurs, on ne lui en parle presque plus. Les paroles en l'air, ça s'oublie vite!
Seulement, moi, je sais pas mal de choses! Je sais que Camélia a toujours une baguette magique sous son pull-over, une petite boîte de poudre de perlimpinpin dans sa poche, et, chez elle, 2 gros cahiers pleins de formules magiques.
Si vous la rencontriez, vous pourriez lui demander de vous transformer en grenouille ou en écureuil. Ensuite,elle pourrait vous faire redevenir un enfant du premier coup. Quelqu'un de bien renseigné m'a dit que tous les jours, elle fait des progrès et qu'elle est devenue la meilleure élève, à l'école des fées. Mais n'allez pas le répéter! Chut!...


* Tous droits réservés.

lundi 24 avril 2006

Parmi les contes populaires...




La Petite Moitié de Coq



Parmi les contes populaires de nos régions, c'est un de ceux que je préfère. J'ai beaucoup aimé le raconter aux grands de maternelle et aux C. P. qui entrent pleinement dans l'histoire et s'y montrent joyeusement réactifs.
On en a recensé 82 versions. Celle-ci vient du Poitou.



Il était une fois un homme qui vivait seul avec ses deux garçons.Un homme tellement pauvre qu'un soir, il n'a trouvé qu'un oeuf à donner à ses fils pour leur dîner. II le leur a partagé. L'aîné a mangé son demi - oeuf, le plus jeune a couvé le sien. Et de cette moitié d'oeuf, il est sorti, quand le temps est arrivé, une petite moitié de coq, qui est vite devenue très belle et très forte.
Un jour où elle grattait sur le chemin, elle a trouvé une bourse bien rebondie, pleine d'or. Toute contente, elle l'apportait à son petit maître, mais un homme qui passait la lui a arrachée du bec et il s'est sauvé avec.
La petite moitié de coq s'est précipitée à la maison:
- Petit maître! Petit maître!Je t'apportais une bourse pleine d'or et un voleur me l'a prise!
- Cours après lui! a dit le petit maître. Essaye qu'il te la rende!
Et la petite moitié de coq est partie, aussi vite qu'elle pouvait.
En chemin, elle a rencontré le loup, qui lui a demandé:
-Où t'en vas-tu si vite, petite moitié de coq ?
- Viens avec moi, tu le sauras! je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
Le loup s'est mis à suivre la petite moitié de coq. Mais au bout d'un moment, il était fatigué. Il a dit:
- Petite moitié de coq, je ne peux plus te suivre! je n'arrive plus à mettre une patte devant l'autre!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Le loup est entré dans le corps de la petite moitié de coq, qui a continué son chemin. Plus loin, elle a rencontré le renard:
- Tu as l'air bien pressée, petite moitié de coq! Où t'en vas-tu comme ça?
-Viens avec moi tu le sauras. Je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
Le renard a suivi la petite moitié de coq mais au bout d'un moment, il ne pouvait plus avancer.
- Petite moitié de coq, je suis obligé de m'arrêter, j'ai trop mal aux pattes!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Le renard est entré dans le corps de la petite moitié de coq, qui a continué son chemin.
Un peu plus loin, elle a rencontré la rivière qui se promenait tranquillement dans les prés, en faisant des tours et des détours et qui lui a dit:
- Où vas-tu, à galoper comme ça, petite moitié de coq?
- Viens avec moi tu le sauras. je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler!
La rivière a suivi la petite moitié de coq. Mais elle n'avait pas l'habitude d'aller à pareille allure et bientôt elle a dit:
- Tu vas trop vite, petite moitié de coq! Je ne peux pas aller plus loin!
- Entre dans mon corps, je te porterai!
Et la rivière est entrée dans le corps de la petite moitié de coq qui a continué à marcher.
Elle est passée près d'une colonie de guêpes qui voletaient autour de leur nid en carton et qui lui ont dit:
- Tu files comme le vent, petite moitié de coq! Où t'en vas-tu?
- Venez avec moi vous le saurez. je n'ai pas le temps de m'arrêter pour parler.
Les guêpes l'ont suivie longtemps, mais à la fin, elles avaient mal aux ailes. Elles ont dit:
- Petite moitié de coq, nous ne pouvons pas aller plus loin!
- Entrez dans mon corps, je vous perterai!
Les guêpes sont entrées dans le corps de la petite moitié de coq qui a continué à marcher. Elle a marché, marché, marché et, comme la nuit allait tomber,elle est arrivée chez son voleur. Elle est entrée en trombe dans la cuisine en demandant:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Le voleur et sa femme étaient en train de manger la soupe. De surprise, leur cuiller leur est tombée des mains dans leur assiette et la table a été tout éclaboussée de bouillon. Ils étaient ennuyés! Ils avaient bien crû oouvoir garder la bourse! L'homme a dit:
-Ce soir, il est trop tard pour parler de ça. Nous verrons demain matin!
Et il a chuchoté à sa femme:
- Cette petite moitié de coq, nous allons la mettre à coucher avec les mulets. Ca va les énerver, ils lui donneront de grands coups de pied, ils en feront de la chair à pâté!
Et ils l'ont apportée dans l'étable des mulets, qui l'ont regardée de travers et ont commencé à taper sur le sol en se rapprochanr d'elle.
Alors elle a dit:
- Loup, sors vite de mon corps ou nous sommes tous morts!
Le loup est sorti du corps de la petite moitié de coq et il a tué tous les mulets. Tous.
Le lendemain matin, le voleur et sa femme se sont réveillés tout joyeux. Ils pensaient:" Les mulets l'auront tuée, cette maudite petite moitié de coq!" Avant même de déjeuner, ils se sont précipités dans l'étable. Mais quand ils ont ouvert la porte..........c'était le désastre! Tous leurs mulets étaient étendus raides et la petite moitié de coq était là qui demandait:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils regardaient ça et c'était comme s'ils avaient reçu un grand coup sur la tête! Ils se lamentaient:
-Mais quel malheur! Mais qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce que nous allons faire?
-Je sais, a dit la femme. Nous allons l'apporter dans l'enclos des dindons. Ils lui donneront de grands coups de bec, ils vont la déchirer et la mettre en pièces. Nous en viendrons bien à bout, tout de même!
Ils l'ont apportée avec les dindons, qui aussitôt ont redressé leurs grandes crêtes rouges et "goulou goulou goulou !" "goulou goulou goulou !", se sont précipités pour lui donner des coups de bec. Mais la petite moitié de coq a dit:
- Renard, sors de mon corps ou nous sommes tous morts!
Le renard est sorti du corps de la petite moitié de coq et il a étranglé tous les dindons.
Quand l'homme et la femme sont revenus et ont ouvert la porte de l'enclos..........c'était le désastre! Tous leurs dindons gisaient morts et la petite moitié de coq les regardait en disant:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils n'en revenaient pas et se désolaient:
Mais quel malheur! Qu'est-ce qui est arrivé? Qu'est-ce que nous allons faire?
-Je sais, a dit l'homme. Je vais chauffer le four bien chaud, bien chaud et nous la jetterons dedans. Cette fois, elle ne pourra pas en réchapper. Elle sera brûlée, carbonisée, réduite en cendres. Bon débarras! Elle nous aura donné du mal!
Il a chauffé le four bien chaud, bien chaud et il y a jeté la petite moitié de coq, mais au moment où il la lançait, elle a dit:
- Rivière, sors vite de mon corps ou nous sommes tous morts!
La rivière est sortie du corps de la petite moitié de coq et non seulement elle a éteint le feu, mais elle a démoli le four. Il n'en est resté qu'un tas de pierres. Quand l'homme et la femme sont revenus, une fois de plus, c'était le désastre: leur four en ruines, et la petit moitié de coq qui réclamait:
- Quand? quand? quand me rendrez-vous mon bel argent?
Ils n'en croyaient pas leurs yeux.
- Mais qu'est-ce qui a pu se passer?Elle est terrible cette petite moitié de coq! Elle résiste à tout! Comment faire pour nous en débarrasser?
- Je sais, a dit la femme! Cette nuit nous allons la faire coucher entre nous deux.Tu pousseras de ton côté, moi je pousserai du mien, nous réussirons bien à l'étouffer entre nous deux!
IIs l'ont mise entre eux dans le lit et ils ont commencé à pousser, chacun de son côté. Ca commençait à aller mal pour la petite moitié de coq. Alors elle a dit:
- Guêpes, sortez de mon corps ou nous sommes tous morts!
Les guêpes sont sorties du corps de la petite moitié de coq, et bzz, bzz, bzz,elles se sont mises à tourner autour de l'homme et de la femme et à les piquer. Ils criaient:
- Aïe, aïe, ça fait mal! arrêtez! arrêtez, les guêpes!
Et à la fin, ils n'y tenaient plus, ils ont dit:
- Arrêtez! Arrêtez! Nous allons rendre l'argent.
IIs se sont dépêchés d'aller chercher la bourse dans l'armoire et ils l'ont rendue à la petite moitié de coq.
Comme il faisait, cette nuit-là, un beau clair de lune, la petite moitié de coq est repartie aussitôt. Elle a ramené les guêpes chez elles, la rivière chez elle, le renard chez lui, le loup chez lui également et, à la pointe du jour, elle est arrivée toute fringante, chez son petit maître qui venait de se lever et a été rudement content de la revoir, surtout avec une bourse pleine d'or!
Et depuis ce jour, ils ont toujours vécu heureux, le petit maître et sa petite moitié de coq.

dimanche 5 février 2006

La petite poule rose



II était une fois, dans une ferme, une poule qui couvait des oeufs. Et de tous ces oeufs qu'elle avait réchauffés, il est sorti des poussins jaunes, deux poussins noirs et un autre poussin comme on n'en avait jamais vu, rose, avec des ailes vertes.
La fermière était très étonnée, et en même temps très contente, car elle le trouvait très joli. Le fermier s'est mis à rire:" C'est vrai qu'il est original! Seulement, il va changer de couleur en grandissant! Un poulet rose, ça n'existe pas"!
Mais le poussin s'est mis à grandir- la fermière soignait bien ses animaux.! Il grandissait et il ne changeait pas de couleur. Et il lui poussait une crête de poulette, une queue de poulette. Il devenait une jolie poulette rose et verte, qui allait bientôt se mettre à pondre, la plus jolie qu'il y ait au monde.

Alors, il est venu plein d'idées dans la tête du fermier. Ca bouillonnait, là-dedans! Et un soir, il a dit à sa femme:
- J'ai lu dans un livre qu'autrefois, il y a très, très longtemps, il y avait une poule qui pondait des oeufs d'or! Alors notre petite poule, je me demande...je me demande si ce ne serait pas une poule aux oeufs d'or!
Et quelques jours après, il ne se le demandait plus, le fermier, il en était sûr! Tout content, il disait:
- Tu vas voir, comme on va être riches! On achètera une belle maison, une grosse voiture, ça fera bisquer les voisins!
Bisque, bisque rage,
T'auras du cirage
Et moi du fromage!

Il s'y croyait déjà, le fermier! A chaque fois qu'il rentrait du travail, il demandait:
- Est-ce que les poulettes ont commencé à pondre?
Et la fermière répondait:
- Non, pas encore! Tu es bien pressé!
Mais " tout vient à point à qui sait attendre" et un matin, la fermière a entendu une petite voix claire qui chantait:" Cot, cot, cot, codèque"! A votre avis, c'était qui? Eh! bien, non, ce n'était pas la petite poule rose, c'était une de ses soeurs! Mais le lendemain:" Cot, cot ,cot, codèque"! Cette fois, c'était bien la petite poule rose:" Cot, cot, cot, codèque! Codèque"! Et elle se redressait! Et elle était toute fière!La fermière s'est précipitée, en bousculant le chat, qui a failli la faire tomber : " Oh! toi, tu es toujours dans mes jambes"! Elle s'est précipitée et qu'est-ce qu'elle a trouvé, dans le nid du poulailler, sur la paille?...
Pas un oeuf en or! Pas même un oeuf tout simple et tout bête pour faire les omelettes! Elle a trouvé un oeuf en bois!
- Misère de misère! Pas de chance, Hortense! gémissait la fermière. Qu'est-ce que mon mari va dire? Oh! la, la qu'est-ce qu'il va dire?
Et qu'est-ce qu'il a dit, le fermier? Eh! bien, il s'est mis dans une colère noire! Il criait:
- Oh! la sale bête! Oh! la vilaine bête! Elle a osé! Elle a osé nous faire un oeuf en bois! Donne-moi un bâton, je vais la tuer! Donne-moi un bâton tout de suite, que je l'assomme!
Mais la fermière l'aimait, sa petite poule, elle ne voulait pas qu'on la tue! Elle a dit:
- Mais non, mais non!Attends un petit peu! C'est son premier oeuf, il faut voir!
Alors ils ont attendu! Et tous les matins: " Cot, cot, cot, codèque"! Elle pondait tous les jours, la petite poule rose, mais c'était à chaque fois un oeuf en bois! A la fin, le fermier s'est encore fâché:
- Si seulement elle nous faisait des oeufs de Pâques, en chocolat ou en nougat, on se régalerait! Mais des oeufs en bois, qui ne peuvent ser'vir à rien, ça n'a pas de sens! On va la tuer et la manger, comme ça, on sera débarrassés!
- Moi, je veux bien, a dit la fermière ( En vérité, elle ne voulait pas du tout, elle disait ça pour le calmer). Je veux bien! Mais une poule qui pond des oeufs en bois, elle ne doit pas être bien tendre! Si on ne peut pas la manger et que même le chien n'en veut pas, ce sera bien dommage d'avoir dépensé du gaz pour la faire cuire! Elle est tellement jolie! On pourrait bien la garder!
- Bon, bon, garde -la puisque tu le veux tant a répliqué le fermier. Mais ne me parle plus jamais d'elle, ni de ses oeufs! Tu entends? Jamais, jamais, jamais!

Eh! bien, figurez-vous qu'elle lui en a quand même parlé!Parce que le dimanche, son cousin est venu, celui qui vend du fil, des aiguilles, de la petite mercerie sur les marchés. Et il a dit:
- Fais-moi voir, ces oeufs en bois! Mais moi, je sais à quoi ils peuvent servir! A repriser les talons des chaussettes sans avoir à se piquer les doigts! Ce sera même rudement pratique! jJe te les achète pour les revendre à mes clientes!
Et il lui a donné un beau billet pour son panier d'oeufs en bois! Elle était ravie, la fermière! Et le fermier lui a dit:
- Tu es une femme intelligente! Tu as eu tout-à-fait raison de la garder, cette petite poule!
De ce coup-là, tout le monde a été content: le fermier, la fermière, le cousin, les clientes, et surtout la petite poule rose, qui n'avait pas du tout, mais pas du tout, envie de passer à la casserole, vous pensez bien!
De nos jours, on ne reprise plus les chaussettes. On les jette quand elles ont des trous! Mais demandez à vos mémés, vos arrière-grands-mères. Elles ont toutes un oeuf en bois de la petite poule rose.



Tous droits réservés.

mercredi 18 janvier 2006

Excuses à mes visiteurs



Une panne s'est produite sur ce blog, empêchant pendant presque 2 jours l'accès à certains textes. Je vous prie de m'en excuser.
Dominique et Alexis y ont mis bon ordre. Je les en remercie.


lundi 16 janvier 2006

Le voyage du saule pleureur



Il était une fois un saule pleureur chevelu qui pleurait à froides larmes, sous la pluie, devant une cour d'école. C'est qu'il était tendre, sous son écorce rugueuse, et la misère du monde lui glaçait le coeur.
Mais les gens ne savaient pas que c'était sur eux, qu'il pleurait. Ils disaient:
- Qu'est-ce qu'il a donc, ce larmoyeur, ce triste sire? Avec ses grandes eaux, on dirait une fontaine!
Certains lui donnaient des coups de pied en passant et les enfants lui arrachaient son feuillage à poignées.Alors un matin, il en a eu assez. Il a rassemblé ses racines, son tronc rugueux, ses cheveux verts, ses larmes froides et il est parti.Il avait entendu parler du jardin d'Eden, où tout le monde vivait heureux, au commencement du monde. C'était là qu'il voulait aller.
Facile à dire! Il était un arbre! Personne ne lui avait appris à marcher! Il trébuchait, il tombait, il se relevait, il retombait, il a eu toutes les peines du monde à quitter la ville.
La première personne qu'il a rencontrée était un paysan qui allait au pré chercher ses vaches pour les traire. Il s'est campé devant le saule pleureur en disant d'un ton furieux:
-Dis-donc, toi, a quoi joues-tu? Tu me prends pour un imbécile? Tu voudrais me faire croire que tu marches! Ca ne va donc pas, dans ta tête verte? Tout le monde sait bien qu'un arbre ne peut pas marcher!Donc un arbre ne marche pas! Je vais t'apprendre à te moquer de moi!
Et il lui a donné une grande volée de coups de bâton.
Le deuxième était un ouvrier qui rentrait à bicyclette de l'usine où il avait travaillé la nuit. En voyant l'arbre qui venait vers lui, il a failli se trouver mal. Il est descendu de vélo en disant:
-Un arbre qui marche! Voilà que j'ai des visions! Je n'ai pourtant pas bu une goutte d'alcool!Je dois avoir la fièvre et je délire! je suis certainement très malade!
Il tremblait tellement qu'il n'a pas réussi à remonter sur sa bicyclette. Il a continué son chemin à pied, il s'est mis au lit en arrivant et sa femme a appelé le médecin.
Le troisième allait au marché dans sa camionnette. Il a dit:
-Qu'est-ce que je vois de mes propres yeux? Un arbre qui marche! Oh! ça ne peut être qu'un mauvais sujet animé de mauvaises intentions!Il va peut-être se laisser tomber sur une voiture et écraser d'un coup toute une famille! Ou peut-être il rêve d'étrangler un enfant avec ses longues branches souples! Il faut le mettre hors d'état de nuire! C'est une mesure d'intérêt général! Je vais le découper pour le brûler l'hiver prochain dans ma cheminée!
Et il a fait demi-tour pour aller chercher sa tronçonneuse.
Le saule pleureur était à moitié mort de peur. Il avait à peine commencé son voyage et il voyait déjà sa dernière heure arrivée. Il a essayé de courir mais il ne pouvait pas, il s'empêtrait dans ses racines. Il a pris un chemin de traverse mais il savait que l'homme à la tronçonneuse arriverait à le rattraper et dans son coeur, il se préparait à mourir.
C'est alors que le vent est intervenu. Sa plus jeune fille, Petite Brise d'Eté avait beaucoup joué dans le feuillage du saule pleureur.Ils étaient amis. Le vent l'a soulevé dans ses grands bras invisibles, très haut dans le ciel - les gens qui levaient le nez à ce moment-là ont cru voir passer une cigogne ou une oie sauvage égarée - et il l'a déposé loin de là, au bord d'une rivière. L'homme à la tronçonneuse a eu beau chercher, il ne l'a jamais retrouvé.
- Vent, a demandé le saule pleureur, sais-tu où se trouve le jardin d'Eden et pourrais-tu m'y conduire?
- Désolé! a dit le vent. Désolé! Je ne peux pas! Je sais qu'il se trouve au fin fond de la nuit des temps mais je ne connais pas le chemin qui y mène!
- Tant pis! a dit le saule pleureur. Je marcherai tant que je finirai bien par y arriver.
Il a rafraîchi ses racines et il a décidé d'attendre la nuit pour repartir afin de ne pas rencontrer les hommes. Ils sont trop dangereux pour les arbres qui marchent!
La rivière lui a dit:
- Personne ne va plus au fond de la nuit des temps. Tu n'y arriveras pas plus que les autres. Il faudrait que tu marches à reculons très, très vite. Et même comme ça, je ne suis pas sûre que tu le pourrais. Prends plutôt racine sur ma rive. Tu seras bien, ici.
C'était vrai, l'endroit était tranquille et agréable, mais on ne renonce pas si facilement à poursuivre ses rêves et, dès la nuit tombée, le saule pleureur est reparti.
La lune l'a accompagné un moment. Elle était toute jeune, un mince croissant rose dans le ciel.
- Lune, a demandé le saule pleureur, éclaires-tu le jardin d'Eden et pourrais-tu m'y conduire?
- Non, je regrette, a répondu la lune. Le jardin d'Eden est très loin derrière nous, au fond de la nuit des temps et mes rayons n'arrivent pas jusque là. Pour y parvenir, il faudrait que le monde se mette à tourner à l'envers et il ne voudra jamais, ça changerait trop ses habitudes.Il va du matin vers le soir, il faudrait qu'il remonte du soir vers le matin. Tu vois un peu les complications! Les gens dormiraient avant de s'être couchés. Ils mangeraient avant d'avoir fait la cuisine. Ils seraient vieux avant d'être jeunes et de retourner dans le sein de leur mère. Les enfants naîtaient avant leurs parents et bien avant leurs grands-parents. Ce ne serait pas pratique du tout et personne ne vouderait en entendre parler. Crois-moi, ton rêve est insensé, tu ferais mieux d'y renoncer. Laisse la vie aller son train et ne te mêle pas de la contrarier!
Mais le saule pleureur n'était pas parti pour s'arrêter si vite et il a continué son chemin.
Maintenant, il marchait bien et d'un bon pas.Il a marché des nuits et des nuits, des semaines et des semaines, des mois et des mois sans trouver le jardin d'Eden. Seulement, à force de marcher, la fatigue l'a gagné. Ses racines se desséchaient , ses branches se cassaient, il n'en pouvait plus et une nuit, il a senti qu'il ne pourrait plus aller beaucoup plus loin. Il se trouvait devant une petite maison blanche avec un jardin superbe, débordant de fleurs. Alors, le saule pleureur a rassemblé ses dernières forces, il a réussi à sauter par-dessus la grille et il s'est allongé sur la pelouse pour mourir.
La maison était habitée par un grand-père, une grand-mère, et deux petites filles qui y passaient leurs vacances. Au matin, les volets se sont ouverts, il y a eu des cris de surprise et tout ce monde s'est précipité autour du saule pleureur.
- Ca, par exemple! Comment cet arbre peut-il se trouver là? demandait la grand-mère.
-C'est sûrement une fée qui l'a amené! ont dit les petites filles.
Une fée! La grand-mère pensait qu'il n'y en avait plus sur la terre, qu'elles avaient émigré sur la face cachée de la lune, quand les gens étaient devenus méchants. Mais après tout, peut-être qu'elles revenaient de temps en temps en visite,sans que personne le sache. Elle a approuvé:
- Oui, c'est peut-être une fée. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas pu venir tout seul!
Elle croyait ça, la grand-mère! Comme elle se trompait! Vous voyez bien qu'en réalité, on n'est jamais sûr de rien!
- En tout cas, a dit le grand-père, il faut vite le planter, il est presque mort, ses feuilles sont toutes flétries!
Il s'est mis à creuser un grand trou près de la terrasse. En un rien de temps, le saule pleureur a été planté et arrosé. Quand il a eu fini, le grand-père lui a tapoté le tronc en disant:
- Vieux frère, va, j'espère que tu vas être tiré d'affaire!
Et le saule pleureur s'est senti tout ragaillardi.
Tous les matins, quand il sortait dans le jardin, le grand-père le regardait et disait:
- Ca a l'air d'aller, vieux frère!
Et tous les soirs il lui apportait deux grands arrosoirs d'eau.
La grand-mère et les petites filles s'installaient sous son ombrage pour raconter des histoires.
Il y avait aussi un chat, Alexandre le Magnifique, qui s'était pris d'amitié pour lui et passait des après-midi entières à ronronner sur une de ses grosses branches.
Le saule pleureur s'enracinait et reprenait vie.
Ce n'était pas le jardin d'Eden, mais ça y ressemblait tellement! Le saule pleureur a su qu'il était arrivé et que ce petit jardin méritait le voyage. Et maintenant il ne pleure plus jamais à froides larmes, car son coeur d'arbre est toujours plein de lumière et de chaleur!



Tous droits réservés.


samedi 26 novembre 2005

Une bête étrange



dédié aux enfants des écoles primaires de TRAPPES à l'occasion du défi-lecture 1995

C'était un garçon qui s'appelait Archange. Un soir où il revenait de chez sa mamie, il est entré en trombe dans la cuisine en disant:
-Maman! Maman! Quand j'ai traversé le parc, j'ai aperçu une drôle de bête, qui se faufilait dans les buissons! Elle ressemblait à un petit chien, mais son corps était tout couvert de plumes blanches et il m'a semblé qu'elle avait cinq pattes.!
La maman s'est mise à rire:
- Voyons, mon chéri, tu as mal vu! Tu sais bien que ça ne peut pas exister, une bête pareille!
- Pourtant! a dit Archange! Pourtant!
Le lendemain, une maman qui allait prendre le bus a entrevu une bête bizarre. Elle ressemblait à un petit chien, mais son corps était tout couvert de plumes blanches, elle avait cinq pattes et une queue en panache comme celle d'un écureuil.
Plus tard, un papy qui promenait son chien a vu une bête extraordinaire. Elle ressemblait à un petit chien, mais son corps était tout couvert de plumes blanches, elle avait cinq pattes, une queue en panache comme celle d'un écureuil et une tête de petite fille, avec un visage vert et de longs cheveux mauves tout frisés qui tombaient jusqu'à terre.
Le jour d'après, c'était en gros titre dans le journal: " Une bête étrange se promène dans notre ville". Et les gens ne parlaient plus que de ça.
Au fait, vous voudriez peut-être connaître le nom de la ville? Trappes! C'était Trappes, figurez-vous!
Donc, les Trappistes se demandaient les uns aux autres:
- Alors, l'avez-vous vue, cette bête étrange? d'où vient-elle, à votre avis?
Beaucoup pensaient qu'elle s'était échappée d'un cirque ou d'un zoo, mais les autorités ont téléphoné partout et aucun cirque, aucun zoo, n'avait jamais eu une bête de ce genre. Alors, un savant a prétendu que ça devait être une bête extraterrestre descendue d'une soucoupe volante et qui s'était égarée. Et là, les gens ont commencé à avoir peur.
Les grognons, les mal aimables, les va-t'en-guerre, ont dit:
- Une bête extraterrestre! C'est extrèmement dangereux! Il faut lui donner la chasse et la tuer! Bien sûr, elle est trop petite pour manger nos enfants! Mais elle peut les mordre! Et peut-être qu'ils en mourront!Peut-être qu'elle est pleine de venin! Et si jamais elle faisait des petits, vous vous rendez compte du désastre! il faut absolument tuer cette bête!
Quelques personnes plus pacifiques répondaient:
- Vous êtes fous! On ne tue pas une bête qui a une tête de petite fille! Peut-être qu'elle est très douce et très gentille! Non! Il faut l'attraper avec précaution et l'emmener à la SPA! Là-bas, à Sainte Appoline ou à Hermeray, ils sauront s'occuper d'elle!
Hélas! ceux qui voulaient la tuer étaient les plus nombreux. Ou du moins, c'était eux qu'on entendait le plus!
Archange parlait souvent de la bête étrange avec sa mamie et tous deux se faisaient beaucoup de souci.Ils ne voulaient pas qu'on la tue et se demandaient comment faire pour la sauver. Ils avaient très peur qu'elle meure de faim ou de tristesse.Peut-être qu'elle ne trouvait rien à manger qui lui convienne. Peut-être que tous les soirs elle regardait les étoiles dans le ciel en murmurant: "Maison! Maison"!
Comme le Président de le République devait venir à Trappes pour soutenir le moral des gens, la mamie a décidé d'organiser une manifestation. Presque toutes les mamies de la ville et presque tous les enfants y sont venus. Ils ont défilé dans les rues en portant des pancartes et en criant:
- Ne tuez pas la bête! Ne tuez pas la bête!
Ensuite, comme ça leur avait donné faim, ils sont allés dans les pâtisseries manger des éclairs au chocolat et les pâtissiers ont dit:
- Mais c'est vrai, pourquoi la tuer, cette bête? Si elle était méchante, on le saurait, elle aurait déjà mordu quelqu'un !
Et ils sont sortis devant leurs boutiques pour crier:
- Ne tuez pas la bête! Ne tuez pas la bête!
Ensuite, les mamies et ls enfants sont allés dans les cafés boire de la limonade. Vous pensez bien qu'ils avaient la gorge sèche!
Et les cafetiers ont dit:
- Vous avez tout à fait raison! il ne faut pas tuer cette bête! Nous ne sommes pas des sauvages, quand même!
Et ils ont crié sur le pas de leur porte:
- Ne tuez pas la bête! Ne tuez pas la bête!
Le Président de la République était un peu embarrassé. Il était venu dire aux gens:
- Ne vous en faites pas! on va vous débarrasser de ce sale animal!
Et voilà qu'ils lui criaient:
- Ne tuez pas la bête! Ne tuez pas la bête!
Finalement, il a répondu:
- Bon! Bon! Nous la laisserons vivre, puisque vous le voulez! Nous l'attraperons vivante! Mais il faut l'attraper pour que nos savants l'étudient!
- L'étudier! L'étudier! ronchonnait la mamie. Pour qu'elle soit malheureuse! Pour qu'elle meure de peur, peut-être! Je ne laisserai pas faire ça! Nous allons la trouver et la recueillir. Je n'ai qu'un chien, un chat, un canari et un poisson rouge...Je peux bien me charger d'un autre animal!
Ce soir-là, l'armée était arrivée et elle commençait à ratisser la ville.. Elle s'était déployée dans le petit bois du Réservoir et sur la colline de la Revanche. Il n'y avait pas une minute à perdre. Archange et sa mamie se sont promenés au parc de la plaine de Neauphle. Ils ont fait le tour des buissons en demandant doucement:
- Petite bête! Petite bête! Où es-tu?
Et tout à coup ,une vois gentille a répondu:
- Je suis là!
- Petite bête, a dit la mamie, les soldats te cherchent! Viens vite dans mon sac, nous voulons t'emmener à la maison et te cacher le temps qu'il faudra!
Elle a été facile à transporter, la bête étrange! Elle ne pesait pas plus lourd qu'une plume, dans le fourre-tout de la mamie!
Quand elle en est sortie, les premières questions qu'il lui ont posées, c'était:
- As-tu faim? As-tu soif?
Eh! bien, non, elle n'avait ni faim ni soif. Savez-vous de quoi elle se nourrissait? De rayons de lune! C'était décidément une bête très étrange!
- D'où viens-tu donc? ont demandé Archange et sa mamie.
- Du pays des contes! a répondu la bête.
- Mais...comment as-tu fait?
- Oh! ç'a été bien malgré moi! a dit la bête. J'étais dans un livre qu'un petit garçon peu soigneux a tout abîmé et déchiré à force de le lire. Et un jour où elle faisait des rangements, la mère du petit garçon a jeté le livre à la poubelle. Là-dessus, de vilains garnements sont arrivés et n'ont rien trouvé de mieux que de mettre le feu à la poubelle. J'allais être étouffée, brûlée, grillée, rôtie! J'ai eu si peur que j'ai réussi à sortir du livre, puis à sortir de la poubelle. Mais votre monde ne me plaît pas beaucoup. Je voudrais bien retourner chez moi!
Archange et sa mamie étaient tout joyeux. Ils ont dit:
- C'est très facile! Nous allons t'y ramener!
Et en effet, la mamie d'Archange était une de ces mamies conteuses qui vont dans les écoles, dire aux enfants des histoires merveilleuses. Alors, le pays des contes, elle connaissait! Elle a dit:
-Cric!
Archange a répondu:
- Crac!
- L'histoire sort de son sac!
C'était leur mot de passe, leur formule magique, la clé qui leur ouvrait la porte du pays des contes. Et la mamie a commencé:
- "Il était une fois un garçon. Un soir, en traversant le parc, près de chez lui, il a aperçu une drôle de bête. Elle ressemblait à un petit chien, mais son corps..."
Et ça y était! La bête étrange avait disparu, elle était retournée chez elle!
Les soldats ont cherché, cherché, cherché, mais, bien sûr, ils n'onr rien trouvé. Alors, on a écrit , à la dernière page du journal:
" C'était peut-être une blague! On commence à penser que l'étrange bête de Trappes n'a jamais existé"!
Archange et sa mamie savaient bien, eux, ce qui s'était passé, mais ils ne l'ont dit à personne. C'était leur secret!
Et maintenant que je vous ai raconté tout ça, j'espère que jamais vous n'abîmerez vos livres, pour que jamais vos mamans ne les mettent à la poubelle. Sinon vous voyez bien, ça risquerait de faire encore des tas d'histoires!



*Tous droits réservés.

samedi 15 octobre 2005

Le coureur de rêves



Il était une fois un garçon qui demandait toujours ce qu'il y avait au bout de l'arc-en-ciel.
Ses parents répondaient qu'ils n'en savaient rien. Ils trouvaient que c'était une drôle de question.
- J'ai bien une petite idée,! disait sa grand mère. Quelque part dans le vaste monde, vit un avare qui possède un énorme coffre rempli de pièces d'or et de pierres précieuses. C'est quand il soulève le couvercle pour contempler son trésor que l'éclat des joyaux produit un arc-en-ciel. Du moins, c'est ce qu'on m'a toujours dit, mais je ne suis jamais allée y voir.
- Eh! bien, moi, quand je serai grand, j'irai ! disait le garçon.
Et plus il grandissait, plus il avait envie de partir à la recherche du bout de l'arc-en-ciel. Il était décidé à travailler pour l'avare et lui demander en échange de distribuer un peu de ses richesses pour qu'il y ait un peu moins de misère dans le monde. C'était un enfant au coeur généreux.
Après avoir appris plusieurs métiers, il s'est dit que le moment était venu. Il est allé dans les gares et il a pris des trains qui menaient très loin, mais jamais au bout de l'arc-en-ciel et il revenait de ses voyages tout déçu.Alors, il a essayé les avions.Il est allé en Chine, en Amérique, en Australie, aux îles de Pâques et de la Trinité et n'y a pas trouvé le bout de l'arc-en-ciel.
Son père lui disait:
- Au lieu de courir le monde, épouse la fille des voisins, qui est si gentille et si jolie, et installe-toi au village!
Le garçon n'écoutait même pas. Il ne songeait qu'à repartir. On l'appelait " le coureur de rêves".
Il a beaucoup réfléchi et il a fini par se dire que ni les trains, ni les avions, ni les voitures ne pouvaient l'amener au bout de l'arc-en-ciel. Qu'il fallait prendre un bâton et partir seul, à pied, le long des routes, pour avoir quelque chance d'y arriver.Et un beau matin, à la pointe du jour,bien chaussé, sac au dos, il est parti, sans dire au revoir à personne.

il marchait, il marchait le jour, et, la nuit, il couchait dans les arbres. Il est arrivé dans un pays où les gens se faisaient la guerre. Ils s'appelaient les Comme-ci et les Comme-ça. Ils avaient longtemps vécu ensemble sans problèmes, mais, un jour, les Comme-ci avaient décidé qu'ils seraient beaucoup mieux sans les Comme-ça et ils avaient entrepris de les chasser du pays. Les Comme-ci avaient résisté. C'était là qu'ils avaient leurs maisons et que leurs morts dormaient dans les cimetières, ils ne voulaient pas s'en aller. Alors depuis, on se battait.
Le coureur de rêves n'y comprenait rien. Quand il rencontrait quelqu'un sur son chemin,il ne savait pas si c'était un Comme-ci ou un Comme-ça. Ils avaient tous deux yeux, une bouche, un nez au milieu de la figure et quand ils étaient blessés, leur sang avait la même couleur. Timidement, il leur a dit qu'il ne voyait pas entre eux de différence. Mais les Comme-ci ont poussé les hauts cris!
- Pas de différence! Par exemple! Vous ne voyez donc pas que les Comme-ça sont tous menteurs et paresseux ? En plus de ça, ils sentent mauvais et ils ont des habitudes répugnantes! Ils mangent les limaces rouges en salade! Vous vous rendez compte ? Les limaces rouges! Nous, les Comme-ci, il ne nous viendrait jamais à l'idée de toucher à une limace rouge! Non! Nous mangeons les limaces grises! Ca, c'est propre et savoureux!
Et les Comme-ça lui ont dit:
- Pas de différence! Vous ne voyez donc pas que les Comme-ci sont dominateurs et cruels et qu'il n'y a pas plus méchants au monde ?
Mais eux aussi, les Comme-ça, étaient devenus dominateurs et cruels, car la guerre...la guerre a vite fait de rendre fous ceux qui la font!
Alors le coureur de rêves a compris qu'il ne les ramènerait pas à la raison. Dans ce pays-là, il n'y avait que du fer, du feu, du sang et des larmes. Pas d'arc-en-ciel, pas le moindre petit arc-en-ciel! Il ne s'est pas attardé. il a pris des sentiers détournés, dans des campagnes perdues, pour éviter les soldats mais il lui a fallu des semaines et des mois, peut-être des années - il ne comptait plus- pour qu'il n'entende plus, au loin, le vilain bruit des armes.

Le soleil tapait de plus en plus fort, le sol devenait tout fendillé, rien n'y poussait que de misérables cactus. Il était arrivé au pays des Tout-Maigres. Leur corps n'était guère plus épais qu'une feuille de papier. On voyait presque au travers. Quand le vent soufflait, il les emportait comme il emporte, chez nous, les feuilles mortes. Parfois, vous en voyiez passer toute une nuée autour de vous, dans une rafale. C'est qu'ils n'avaient rien à manger, que des cactus. C'était amer, filandreux et pas nourrissant du tout, mais ils n'avaient pas le choix, les pauvres! Le coureur de rêves leur a partagé tout ce qu'il avait dans son sac: le pain, le saucisson, le fromage, les fruits secs, les gâteaux. Il a juste gardé une boîte de sucre pour se donner des forces. Seulement, ça n'allait pas loin, ses modestes provisions, il n'y en avait pas pour tout le monde. il a fini par distribuer aussi le sucre et s'est mis à manger des cactus. Et ce n'était pas bon du tout. Et il en a mangé pendant longtemps, car, faible comme il l'était, il n'allait pas vite à parcourir le pays et il n'a pas trouvé le bout de l'arc-en-ciel.

Ensuite, ses pas l'ont amené chez les Patapoufs. Les Patapoufs étaient tout ronds, comme des melons, mais énormément plus gros. ils travaillaient le dimanche et le reste du temps, ils mangeaient. A force de s'empiffrer, savez-vous ce qui leur arrivait ? Eh! bien, un beau jour, ils éclataient. Comme des ballons!Oui, mais avec tout ce qu'ils avaient à l'intérieur, je vous assure que ce n'était pas beau à voir! Il valait mieux ne pas se trouver à côté quand ça arrivait. Beueurk!
Le coureur de rêves leur a dit:
- Est-ce que c'est bien bon pour votre santé, de tant manger? A côté de chez vous, les pauvres Tout-Maigres meurent de faim. Si vous partagiez avec eux, est-ce que ce ne serait pas mieux pour tout le monde?
Là, les Patapoufs ont commencé à le regarder de travers:
- Partager notre nourriture! En voilà une idée! Que vos Tout-Maigres se débrouillent tout seuls! ce qui se passe chez eux ne nous regarde pas!
Et ils ont continué à manger et à éclater! Et le coureur de rêves a parcouru leur pays sans jamais y trouver le bout de l'arc-en-ciel.

Il marchait toujours, mais parfois son entrain le quittait et il lui venait des doutes.
Et voilà qu'un matin, arrivé au sommet d'une colline,il a découvert des champs de fleurs à perte de vue, des arbres couverts de fruits, des ruisseaux qui couraient dans la campagne et il faisait si doux dans ce pays inconnu que c'était comme si on avait eu une musique dans le coeur.et tout d'un coup, le coureur de rêves a vu se déployer devant lui un magnifique arc-en-ciel et au bout de l'arc-en-ciel, il y avait une surface brillante, le trésor, sûrement!
il a couru vers lui, et quand il a avancé la tête au-dessus du miroitement......ce qu'il a vu......c'était quelque chose à quoi il ne s'attendait pas du tout!
Il a vu un visage. Un visage d'homme, barbu, fatigué, surpris! Son visage à lui, le coureur de rêves! Au bout de l'arc-en-ciel il y avait une fontaine et l'eau en était si claire qu'on s'y voyait comme dans un miroir!
Alors, savez-vous ce qu'a fait le coureur de rêves? Il a sorti de son porte-monnaie une pièce d'argent- il n'avait pas de pièce d'or - et il l'a jetée dans la fontaine en souvenir de sa grand-mère. Ensuite, il s'est désaltéré et cette eau était tellement bonne qu'après en avoir bu on n'avait plus jamais soif. Et enfin, il a tourné les talons pour rentrer chez lui.

Quand il est revenu dans son ancien village, bien des années après, ses parents étaient morts depuis longtemps et plus personne ne se souvenait de lui. Personne, sauf une femme aux cheveux gris qu'il ne reconnaissait pas. C'était la fille des voisins et elle l'a invité à dîner et elle l'a fait coucher dans la chambre du haut, où le lit était prêt, car depuis son départ, chaque jour, chaque jour, elle l'avait attendu.
Des jours sont passés et c'était bon, dêtre dans une maison, à côté d'une femme gentille. Et le coureur de rêves a dit:
J'aurais dû écouter mon père et t'épouser! M"aurais-tu accepté, si je t'avais demandée en mariage?
- Bien sûr! a dit la fille des voisins et elle a ajouté: même encore, je t'accepterais si tu me demandais.
Alors, le coureur de rêves s'est mis à rire. Il l'a vite demandée et elle a dit oui, et ils ont été très contents tous les deux.
Oh! ils n'étaient pas tellement beaux, le jour de leur mariage! La fille des voisins avait toujours travaillé dur pour gagner sa vie et maintenant elle avait une épaule un peu plus haute que l'autre. Quant au coureur de rêves, il ne pouvait plus se passer de son bâton, tellement il avait les genoux raides, à force d'avoir marché.
C'était de vieux mariés!
Oui, mais dans leur coeur ils étaient jeunes. Et ils ont vécu heureux tous les jours qui leur restaient.


*Tous droits réservés.