Le blog de Laurence, mamie conteuse

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dimanche 29 mai 2011

Sur une barricade...



Hier, 28 Mai 2011, environ 3 000 Parisiens se sont retrouvés devant le Mur des Fédérés pour célébrer le cent quarantième anniversaire de la Commune.
C'est le moment de rappeler ce beau poème de Victor Hugo, écrit d'après un fait réel rapporté par Le Figaro du 3 Juin 1871. L'enfant n'avait pas 12 ans, mais 15.

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.
- Es-tu de ceux-là,toi?- L'enfant dit: Nous en sommes.
- C'est bon dit l'officier, on va te fusiller,
Attends ton tour. - L'enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille
Rapporter cette montre à ma mère, chez nous?
- Tu veux t'enfuir? - Je vais revenir. - Ces voyous
Ont peur! - Où loges-tu?- Là, près de la fontaine
Et je vais revenir, monsieur le capitaine.
- Vas-t-en, drôle! - L'enfant s'en va. - Piège grossier!
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle.
Mais le rire cessa, car soudain, l'enfant pâle
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit:-Me voilà.
La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.

Tiré de "LOEuvre de Victor Hugo" Choix, notices et notes critiques par Maurice Levaillant. Librairie Delagrave

samedi 9 janvier 2010

La biche



C'était au Cours Elémentaire, une poésie émouvante que j'adorais.


La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux:
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune,
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux!
Et, le cou tendu vers les cieux,
Folle d'amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune.

Maurice Rollinat (1846 - 1903 ).

samedi 28 novembre 2009

La mort du bouvreuil



Une jolie "récitation" que ma maman avait apprise à l'école et qu'elle me disait souvent, dans mon enfance, faute de conte!

Le fusil d'un chasseur, un coup parti du bois
Viennent de réveiller mes remords d'autrefois...

L'aube sur l'herbe tendre avait semé ses perles,
Et je courais les prés à la piste des merles,
Ecolier en vacance: et l'air frais du matin,
L'espoir de rapporter un glorieux butin,
Ce bonheur d'être loin des livres et des thèmes
Enivraient mes quinze ans tout enivrés d'eux-mêmes.
Tel j'allais dans les prés. Or, un joyeux bouvreuil
Son poitrail rouge au vent, son bec ouvert et l'oeil
En feu, jetait au ciel sa chanson matinale
Hélas! qu'interrompit soudain l'arme brutale.
Quand le plomb l'atteignit, tout sautillant et vif,
De son gosier saignant un petit cri plaintif
Sortit, quelque duvet vola de sa poitrine;
Puis, fermant ses yeux clairs,quittant la branche fine,
Dans les joncs et les buis de son meurtre souillés,
Lui, si content de vivre, il mourut à mes pieds!

Ah! d'un bon mouvement qui passe sur notre âme,
Pourquoi rougir? La honte est au railleur qui blâme.
Oui, sur ce chanteur mort pour mon plaisir d'enfant,
Mon coeur, à moi chanteur, s'attendrit bien souvent.
Frère ailé, sur ton corps je versai quelques larmes,
Pensif, et m'accusant, je déposai mes armes.
Ton sang n'est point perdu. Nul ne m'a vu depuis
Rougir l'herbe des prés et profaner les buis.
J'eus pitié des oiseaux et j'ai pitié des hommes.
Pauvret, tu m'as fait doux au dur siècle où nous sommes.

Auguste Brizeux ( 1803 - 1858 ).



dimanche 25 octobre 2009

Halloween et Toussaint



Bien qu' Halloween nous soit revenue des Etats-Unis, on sait maintenant que ce n'est pas une fête américaine mais irlandaise et, plus anciennement, celtique.
Ce sont les colons irlandais fuyant la grande famine de 1830 dans leur pays, qui l'ont importée aux USA, où elle a été adoptée. Elle correspond - bien que déformée et commercialisée - à Samain, l'une des plus importantes fêtes celtiques.
Samain célébrait:
- le premier de l'an celtique et l'entrée dans la saison sombre.
- la fête des guerriers.
- la nuit des communications avec l'au-delà:

" Le 1er novembre, la fête de Samain était l'anniversaire de la grande bataille des dieux à Mag Tuired. Il était dit que cette nuit-là, les communications s'établissaient librement entre le sid, domaine de l'au-delà, et la terre des mortels. C'était la nuit où les morts revenaient, qu'a conservé le calendrier chrétien*. C'était la nuit de la fraternisation par-dessus toutes les barrières du destin, de l'aventure totale, où l'ivresse était sanctifiée.On y sacrifiait de petits animaux domestiques. C'était la fête des croyances celtiques les plus typiques, et on y buvait de la bière, on y mangeait de l'andouille et des noix, à satiété ".
"la civilisation des celtes". o.launay.
éditions famot. Genève.


Vers 830, le pape Grégoire IV transféra au 1er novembre, en l'étendant à tous les saints, la "fête de tous les martyrs" célébrée précédemment le 13 mai. Sur ses conseils, Louis le Pieux l'institua sur tout le territoire de l'empire carolingien. Ce fut la Toussaint.
Le calendrier chrétien ne se dota que plus tard, vers l'an 1000, d'un Jour des Morts, sous l' impulsion d'Odilon, abbé de Cluny.
Ces deux fêtes se substitueront peu à peu à Samain et on lit un peu partout que les célébrations de cette dernière disparurent de France, tandis qu'elles se poursuivaient en Irlande, Ecosse, Angleterre. Il semble bien pourtant qu'on en trouve trace, même tardivement, dans nos campagnes, notamment en Savoie.
Dans " Jacquou le Croquant", d' Eugène Le Roy, publié en 1897* * et qui évoque la vie rurale dans le Périgord, j'ai découvert au chapitre 5 ce passage qui me semble éloquent:

' A propos de cette dernière fête, ( la Toussaint ) qui tombe la vigile du Jour des Morts, il y avait dans certaines maisons, et non des pires, un usage ancien assez curieux.
Le soir, on soupait en famille, et pendant le repas, on s'entretenait des parents défunts, de leurs qualités, de leurs vertus, même de leurs défauts; et ce qu'il y avait de plus étrange, on buvait à leur santé en trinquant. Ce souper devait être composé de neuf plats, comme soupe, bouilli, fricassée, daube, saugrenade, tourtière, fricandeau etc...
Le repas fini, on laissait sur la table les viandes, et ce qui restait de chaque plat pour le souper des anciens, morts, et on rapportait du pain et du vin lorsqu'il n'y en avait pas assez.
Après ça, on faisait un beau feu et on rangeait les chaises en demi-cercle autour du foyer. Puis on se retirait pour laisser la place aux défunts, après avoir récité des prières à leur intention.
Le curé Bonal disait bien que tout cela sentait fort la superstition, mais en raison des prières et de l'intention pieuse, il fermait un peu les yeux."

Le curé Bonal était un homme sage! Ces quelques lignes m'enchantent. Voilà une vieille coutume qui ne manque pas de beauté!



* Plus exactement, le calendrier chrétien a remplacé la nuit où les morts reviennent par un jour où les morts sont honorés.
* *On peut lire "Jacquou le Croquant" sur Wikisource.


dimanche 20 septembre 2009

Saint Nicolas




Il est l'ancêtre du Père Noël. Il est apparu au moyen-âge. Dans plusieurs régions de France, dans la nuit du 5 au 6 Décembre, il venait sur son âne apporter des friandises et des cadeaux aux enfants sages. Il était toujours accompagné du Père Fouettard, qui , lui, mettait dans les chaussures des enfants désobéissants un paquet de verges ( parfois trempées dans le vinaigre ), un martinet ou parfois seulement des oignons.


La Légende de Saint Nicolas


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

Tant sont allés, tant sont venus
Que sur le soir se sont perdus.

Ils ont frappé chez le boucher:
-Boucher, voudrais-tu nous loger?

-Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a d' la place, assurément.

Ils n'étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués.

Les a coupés en p'tits morceaux,
Mis au saloir comm' des pourceaux.

Saint Nicolas, au bout d' sept ans
Vint à passer dedans ce champ.

Il est allé chez le boucher:
- Boucher, voudrais-tu me loger?

- Entrez, entrez, saint Nicolas
Il y a d' la place, il n'en manque pas.

Il n'était pas sitôt entré
Qu'il a demandé à souper.

- Voulez-vous une tranche de jambon?
- Je n'en veux pas, il n'est pas bon!

- Voulez-vous mieux une tranche de veau?
- Je n'en veux pas, il n'est pas beau!

Du p'tit salé, je veux avoir,
Qu'il ya sept ans qu'est au saloir!

Quand le boucher entendit ça,
Il eut si peur qu'il s'enfuya.

Saint Nicolas alla s'asseoir
Dessus le bord de ce saloir.

- Petits enfants qui dormez là,
Je suis le grand Saint Nicolas!

Et le saint étendit trois doigts:
Les enfants s' levèrent tous les trois.

Le premier dit: -J'ai bien dormi!
Le second dit: -Et moi aussi!

-Et moi - a dit le plus petit -
Je croyais être au paradis!




Chanson des écoliers à Saint Nicolas

Ô grand Saint Nicolas
Patron des écoliers,
Apportez-moi des pommes
Dans mon petit panier.
Je serai toujours sage
Comme une petite image,
J'apprendrai mes leçons
Pour avoir des bonbons.

Venez, venez, Saint Nicolas!
Venez, venez Saint Nicolas!
Venez, venez Saint Nicolas
Et tra la la!

La chanson fétiche des gens du nord, " Le p'tit Quinquin " évoque la Saint Nicolas:

...L'mos qui vient, d'saint Nicolas, ch'est l'fête
Pour sûr, au soir, i' viendra t'trouver
I' t' f'ra un sermon et t'laich'ra mette
In d'sous du balot un grand panier.
I l'implira si t'es sage
D' séquois qui t'rindront bénache.
Sin cha, sin baudet
T'inverra un grand martinet.

Traduction:

Le mois prochain, de St Nicolas c'est la fête,
Pour sûr, au soir il viendra te trouver,
Il te fera un sermon et te laissera mettre
Sous la cheminée un grand panier.
Il l'emplira, si tu es sage,
De je ne sais quoi qui te rendra heureux.
Sans ça, son baudet
T'enverra un grand martinet.

dimanche 13 septembre 2009

Un poète du 19e siècle...


...qui a écrit pour les enfants.

Au début du 20e siècle, les livres de lecture, à l'école, étaient aussi des livres de morale. Les enfants y apprenaient comment bien se conduire dans la vie. Alexis Noël est le seul poète à figurer dans: "Méthode de Langue Française. Premier livre" de Brunot et Bony, publié en 1906. En dehors de leur caractère édifiant, je trouve ses poèmes simples, fluides, élégants, assez jolis, en somme.
Les contes aussi apprennent aux enfants comment se conduire... mais ils les laissent tirer eux-mêmes la morale de l'histoire!



La petite sournoise

" Minet, Minet, disait Louise,
Viens jouer avec moi;
Viens, j'ai dans mon panier, pour toi,
Une friandise."
Minet, tout confiant, s'approche le dos rond;
Il se frotte, et puis fait ronron...
Elle, sournoisement, lui tire la moustache.
Minet se fâche:
" Ce n'est pas ça, dit-il, que tu m'avais promis;
Adieu". Faire du mal aux animaux, c'est lâche,
Et les sournois n'ont pas d'amis.

Alexis Noël


Le départ pour l'école

"Va, mon enfant, au revoir;
J'irai te chercher ce soir,
Quand tu sortiras de classe.
Fais bien tout ce que tu dois,
Ne mets pas d'encre sur tes doigts,
Va, mon enfant, maman t'embrasse."

Jean quitte la douce main.
Sa mère, au bord du chemin,
Le suit des yeux jusqu'à l'école.
Lui pense:" Il faut pour le moins
Que je gagne trois bons points
J'ai promis, je tiendrai parole."

Alexis Noël


Le distrait.

Jean est un bon petit garçon,
Mais il est distrait en diable!
La tête dans les mains, les coudes sur la table,
Les yeux plongés dans sa leçon,
Vous croyez qu'il travaille?
Non!

Il pense au grenier plein de paille,
Où l'on se culbute si bien,
Il pense à Médor, son gros chien,
Ou peut-être à son chat Moustache,
A la marelle, à cache-cache,
Au cerf-volant qu'on tient au bout d'un fil...
" Jean! deux et deux, combien cela fait-il?"
A cette question du maître,
Jean regarde par la fenêtre
Et se trouble, et ne répond point...
Jean n'aura pas de bon point.

Alexis Noël


La gourmande

Ma soeur Jeanne est un peu gourmande,
Ce n'est pas un bien grand défaut;
Mais on doit le dire très haut:
Une faute est toujours trop grande.

Jeanne aime beaucoup la viande,
Le pain moins, et le sucre...trop.
Ma soeur Jeanne est un peu gourmande,
Ce n'est pas un bien grand défaut.

Parlez-lui chocolat, sirop,
Elle en demande et redemande,
Et pour la retenir, il faut
Que parfois on la réprimande:
Ma soeur Jeanne est un peu gourmande.

Alexis Noël


Le grand-père

Le grand-père est assis dans son fauteuil de paille:
A droite, le chien jaune, à gauche, le chat gris,
L'un songeant à la chasse, et l'autre à ses souris...
Mais le grand-père, lui, ne songe pas, il bâille.

Il bâille, car ce soir, il lui tarde beaucoup
D'entendre revenir petit Jean de l'école;
Il aime de l'enfant, la turbulence folle,
Son sourire, ses yeux, son geste, sa voix, tout.

Mais soudain, petit Jean rentre et se précipite
Au cou du bon vieillard qui tremble en le voyant:
" Avons-nous été sage, attentif, peu bruyant?
Et notre fable, Jean, comment l'avons-nous dite?

- J'ai gagné deux bons points, grand-père, presque trois:
Un bon point d'écriture, un autre de mémoire.
Dis, grand-père, veux-tu raconter une histoire?"
Et grand-père commence: " Il était une fois..."

Alexis Noël


samedi 12 septembre 2009

La chanson du grand Lustukru


Entendez-vous dans la plaine
Ce bruit venant jusqu'à nous?
On dirait un bruit de chaîne
Se traînant sur les cailloux.
C'est le grand Lustukru qui passe,
Qui repasse, et s'en ira,
Emportant dans sa besace
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas.

Quelle est cette voix démente
Qui traverse nos volets?
Non, ce n'est pas la tourmente
Qui joue avec les galets.
C'est le grand Lustukru qui gronde,
Qui gronde...et bientôt rira
En ramassant à la ronde
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas

Qui donc gémit de la sorte,
Dans l'enclos, tout près d'ici?
Faudra-t-il donc que je sorte
Pour voir qui soupire ainsi?
C'est le grand Lustukru qui pleure:
Il a faim et mangera
Crus-tout-vifs, sans pain ni beurre,
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas!

Qui voulez-vous que je mette
Dans le sac au vilain vieux?
Mon Doric et ma Jeannette
Viennent de fermer les yeux;
Allez-vous-en, méchant homme,
Quérir ailleurs vos repas!
Puisqu'ils font leur petit somme,
Non, vous n'aurez pas
Mes deux petits gars!

Théodore Botrel ( 1868 -1925 ).

Racines

Dans cette catégorie, je souhaite mettre des textes: soit que j'ai beaucoup aimés, soit qui me semblent représentatifs de leur époque , et sont généralement en passe d'être oubliés.
Je commence par "La chanson du grand Lustukru". On l'appelait aussi , selon les régions, Croquemitaine ou Ramponneau . C'était le temps où l'on pensait que "La peur est le commencement de la sagesse"!

Les commentaires étant fermés, aux personnes qui souhaiteraient me joindre, je rappelle mon adresse:
daffodil@ragondux.com