dimanche 29 mai 2011

Sur une barricade...



Hier, 28 Mai 2011, environ 3 000 Parisiens se sont retrouvés devant le Mur des Fédérés pour célébrer le cent quarantième anniversaire de la Commune.
C'est le moment de rappeler ce beau poème de Victor Hugo, écrit d'après un fait réel rapporté par Le Figaro du 3 Juin 1871. L'enfant n'avait pas 12 ans, mais 15.

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.
- Es-tu de ceux-là,toi?- L'enfant dit: Nous en sommes.
- C'est bon dit l'officier, on va te fusiller,
Attends ton tour. - L'enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille
Rapporter cette montre à ma mère, chez nous?
- Tu veux t'enfuir? - Je vais revenir. - Ces voyous
Ont peur! - Où loges-tu?- Là, près de la fontaine
Et je vais revenir, monsieur le capitaine.
- Vas-t-en, drôle! - L'enfant s'en va. - Piège grossier!
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle.
Mais le rire cessa, car soudain, l'enfant pâle
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit:-Me voilà.
La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.

Tiré de "LOEuvre de Victor Hugo" Choix, notices et notes critiques par Maurice Levaillant. Librairie Delagrave

mardi 16 février 2010

Le coq et le renard



adaptation très libre d'un conte populaire

En ce temps-là, à la ferme des Grands Chênes, il y avait un petit coq blanc que tout le monde connaissait dans le pays. Le renard avait mangé son père et le petit coq en avait pris la succession. Il avait encore la voix claire, c'était un coq tout jeune; mais quand il poussait ses " Cocorico!", juste avant que le jour se lève,il y mettait tellement de coeur qu'il réveillait tout le monde dans les fermes d'alentour. Le renard aussi, l'entendait de sa tanière, au milieu du bois et il disait entre ses dents:
Ah! petit coq, tu fais le fier,
mais quand tu seras bien dodu,
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
C'était un petit coq courageux; il a eu l'occasion de le montrer: la poule grise avait pris la mauvaise habitude d'aller pondre dans la haie, au bord de la route.Un jour, un homme qui passait l'a remarquée: "Tiens, tiens!"Il a regardé autour de lui, personne! Il a voulu s"en emparer.Mais au moment où il se baissait pour l'attraper, le petit coq lui a volé dans les cheveux et lui a asséné une grêle de coups de bec - en veux-tu, en voilà!- si bien que le malandrin s'est bien vite redressé en faisant de grands gestes pour se débarrasser du coq et en criant: "le diable! le diable! j'ai le diable sur la tête"! !Le fermier qui était dans l'étable s'est précipité à la rescousse, un bâton à la main, mais il n'a rien eu à faire: l'homme se sauvait en criant et en se tenant la tête. Il était déjà loin sur la route.La Grise avait fait son oeuf précipitamment et elle en oubliait de chanter. Le petit coq, lui, allait et venait devant elle en poussant encore des petits cris indignés.
- Toi, tu n'as pas ton pareil! a dit le fermier.

Quelques temps ont passé, et le coq grossissait; sa voix devenait forte, grave, puissante. Quand il l'entendait, le renard disait entre ses dents:
Ah! coq blanc, fais donc le fier!
Bientôt le jour sera venu
où je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et il a commencé à rôder autour de la ferme; il attendait une occasion. Il voyait le coq se pavaner dans la cour et il se disait: "Quel bon repas il me fera! Il doit être encore bien tendre!" Il s'en léchait les babines à l'avance! Mais c'est qu'il était prudent, le coq blanc! Il ne s'éloignait jamais beaucoup. Et de son côté, Mirabeau veillait! Mirabeau, c'était le chien de la ferme.
Une nuit où le renard essayait de s'introduire dans le poulailler, il lui a sauté dessus par surprise et l'a mordu si cruellement à l'épaule qu'il a boité pendant huit jours. Une autre fois, le chien s'est lancé à sa poursuite et il a eu du mal à lui échapper. Ca l'énervait, le renard! mais il était patient! Il disait entre ses dents:
Coq blanc, tu as beau faire le fier!
Quand le moment sera venu
je te croquerai tout cru
comme j'ai croqué ton père!
Et puis un beau jour, l'occasion qu'il attendait s'est présentée. Cet après-midi là, le coq est allé dans le champ de blé qui venait d'être moissonné, à côté de la ferme. Il picorait les grains tombés et il s'est trouvé au milieu du champ sans s'en être apreçu. Tout d'un coup, il a entendu:
- Bonjour coq!
Il a levé la tête: le renard était là qui le regardait! La catastrophe! Il a répondu:
- Tiens! Bonjour, renard.
- Je suis bien content de te renconter. Il y a longtemps que j'en avais envie!
Le coq, lui, n'était pas du tout content. Mais il faisait contre mauvaise fortune bon coeur! Il attendait la suite.
Et là, le renard a ricané:
- Coq, je t'ai laissé faire le fier.
mais cette fois, l'heure est venue
où je vais te manger tout cru
Comme j'ai mangé ton père!-
- Bon! a répondu le coq, s'il faut que tu me manges, tu me mangeras. Mais on dit partout que tu es un renard bien élevé et plein de délicatesse. Si c'est vrai, tu vas bien me laisser terminer mon repas!
Le renard se sentait flatté. Il a dit :
- Eh! bien, alors, termine! Je ne veux pas faire mentir ceux qui ont dit ça!
Le coq s'est remis à picorer, ou du moins à faire semblant. En même temps, l'air de rien un pas après l'autre, il se rapprochait de la route. Il espérait que quelqu'un viendrait à passer, ou que le petit vent d'été porterait l'odeur du renard jusqu'à Mirabeau. Mais rien ne bougeait. Rien de rien!
- Bien! a dit le renard, cette fois, tu dois avoir fini!
- Oh! tu sais, j'avais une de ces faims! Attends encore une minute!
Le renard lui a encore laissé quelques instants. Mais il commençait à en avoir assez. Il a dit:
- Allez, cette fois, je te mange!
-C'est que j'ai soif, a dit le coq! Là-bas, sous le gros cerisier au bord de la route, il y a des cerises tombées. Elles sont juteuses! J'en mangerais bien quelques-unes!
- Tout à l'heure! a dit le renard.Mais pendant que j'y pense, je m'en voudrais de ne pas te faire un compliment; tu le mérites: tu chantes à merveille! Tu es vraiment le meilleur chanteur qu'il y ait dans le pays! En ce moment, je veux dire!
- En ce moment? a demandé le coq?
--Oui! parce que ton père, en son temps chantait quand même mieux que toi! Et tu sais pourquoi? Lui, il chantait les yeux fermés. Mais toi, bien sûr, tu ne sais pas le faire!
D'avoir entendu dire tant de bien de lui l'avait rendu un peu vaniteux, le coq blanc. Il s'est écrié:
- Comment, je ne sais pas? Tu vas voir!
Il avait fermé les yeux et il s'apprêtait à chanter, mais il n'en a pas eu le temps. Le renard s'est jeté sur lui, l'a pris dans sa gueule et s'est enfui.
Ah! il s'en voulait, le coq! Il était pris et le renard courait vers le bois. Ils sont passés près d'un champ où des gens travaillaient. Une femme a crié:-
- Regardez! Le renard emporte une poule!
Et ils ont tous crié:
" Au renard! Au renard!".
- Quest-ce quils ont, ceux-là ? a dit le coq? Est-ce que c'est leur affaire? Et toi, tu ne réponds même pas que ça ne les regarde pas?
Le renard a ouvert la gueule pour le dire. Le coq n'attendait que ça! Il s'est échappé et s'est perché sur un arbuste le la haie, le plus haut possible.Il était encore tout étourdi. Une jument dans son pré qui les avait regardés arriver a dit au coq:
- Ah! tu en as, de la chance, toi! Tu viens de l'échapper belle!
- C'est vrai! a dit le coq. On ne m'y prendra plus jamais à fermer les yeux quand je n'ai pas envie de dormir!
- Et toi, gros benêt! a dit la jument au renard. Ta mère ne t'a donc pas appris qu'on ne parle pas la bouche pleine?
Le renard se sentait tout dépité. Il a répondu:
- Oh! si. Elle me le répétait souvent!
- Ah! tu vois, tu vois! s'est écriée la jument. Moi, je le dis tout le temps: il FAUT écouter sa mère!
Et, toute contente d'avoir raison, elle s'est remise à paître
- Toi, je te retrouverai! a lancé le renard au coq - c'était pour se sentir moins bête- et il a repris tristement le chemin du bois.

Mais il se trompait, il ne l'a jamais retrouvé. Le coq s'était laissé prendre une fois, il était bien trop malin pour qu'il y en ait une deuxième. Le renard, qui voulait tant le manger, a été obligé de rester avec son envie. Qu'est-ce que vous voulez? c'est la vie! On ne peut pas avoir tout ce qu'on désire!
Votre maman vous l'a certainement dit!


samedi 9 janvier 2010

La biche



C'était au Cours Elémentaire, une poésie émouvante que j'adorais.


La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux:
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune,
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux!
Et, le cou tendu vers les cieux,
Folle d'amour et de rancune,
La biche brame au clair de lune.

Maurice Rollinat (1846 - 1903 ).

samedi 28 novembre 2009

La mort du bouvreuil



Une jolie "récitation" que ma maman avait apprise à l'école et qu'elle me disait souvent, dans mon enfance, faute de conte!

Le fusil d'un chasseur, un coup parti du bois
Viennent de réveiller mes remords d'autrefois...

L'aube sur l'herbe tendre avait semé ses perles,
Et je courais les prés à la piste des merles,
Ecolier en vacance: et l'air frais du matin,
L'espoir de rapporter un glorieux butin,
Ce bonheur d'être loin des livres et des thèmes
Enivraient mes quinze ans tout enivrés d'eux-mêmes.
Tel j'allais dans les prés. Or, un joyeux bouvreuil
Son poitrail rouge au vent, son bec ouvert et l'oeil
En feu, jetait au ciel sa chanson matinale
Hélas! qu'interrompit soudain l'arme brutale.
Quand le plomb l'atteignit, tout sautillant et vif,
De son gosier saignant un petit cri plaintif
Sortit, quelque duvet vola de sa poitrine;
Puis, fermant ses yeux clairs,quittant la branche fine,
Dans les joncs et les buis de son meurtre souillés,
Lui, si content de vivre, il mourut à mes pieds!

Ah! d'un bon mouvement qui passe sur notre âme,
Pourquoi rougir? La honte est au railleur qui blâme.
Oui, sur ce chanteur mort pour mon plaisir d'enfant,
Mon coeur, à moi chanteur, s'attendrit bien souvent.
Frère ailé, sur ton corps je versai quelques larmes,
Pensif, et m'accusant, je déposai mes armes.
Ton sang n'est point perdu. Nul ne m'a vu depuis
Rougir l'herbe des prés et profaner les buis.
J'eus pitié des oiseaux et j'ai pitié des hommes.
Pauvret, tu m'as fait doux au dur siècle où nous sommes.

Auguste Brizeux ( 1803 - 1858 ).



dimanche 25 octobre 2009

Halloween et Toussaint



Bien qu' Halloween nous soit revenue des Etats-Unis, on sait maintenant que ce n'est pas une fête américaine mais irlandaise et, plus anciennement, celtique.
Ce sont les colons irlandais fuyant la grande famine de 1830 dans leur pays, qui l'ont importée aux USA, où elle a été adoptée. Elle correspond - bien que déformée et commercialisée - à Samain, l'une des plus importantes fêtes celtiques.
Samain célébrait:
- le premier de l'an celtique et l'entrée dans la saison sombre.
- la fête des guerriers.
- la nuit des communications avec l'au-delà:

" Le 1er novembre, la fête de Samain était l'anniversaire de la grande bataille des dieux à Mag Tuired. Il était dit que cette nuit-là, les communications s'établissaient librement entre le sid, domaine de l'au-delà, et la terre des mortels. C'était la nuit où les morts revenaient, qu'a conservé le calendrier chrétien*. C'était la nuit de la fraternisation par-dessus toutes les barrières du destin, de l'aventure totale, où l'ivresse était sanctifiée.On y sacrifiait de petits animaux domestiques. C'était la fête des croyances celtiques les plus typiques, et on y buvait de la bière, on y mangeait de l'andouille et des noix, à satiété ".
"la civilisation des celtes". o.launay.
éditions famot. Genève.


Vers 830, le pape Grégoire IV transféra au 1er novembre, en l'étendant à tous les saints, la "fête de tous les martyrs" célébrée précédemment le 13 mai. Sur ses conseils, Louis le Pieux l'institua sur tout le territoire de l'empire carolingien. Ce fut la Toussaint.
Le calendrier chrétien ne se dota que plus tard, vers l'an 1000, d'un Jour des Morts, sous l' impulsion d'Odilon, abbé de Cluny.
Ces deux fêtes se substitueront peu à peu à Samain et on lit un peu partout que les célébrations de cette dernière disparurent de France, tandis qu'elles se poursuivaient en Irlande, Ecosse, Angleterre. Il semble bien pourtant qu'on en trouve trace, même tardivement, dans nos campagnes, notamment en Savoie.
Dans " Jacquou le Croquant", d' Eugène Le Roy, publié en 1897* * et qui évoque la vie rurale dans le Périgord, j'ai découvert au chapitre 5 ce passage qui me semble éloquent:

' A propos de cette dernière fête, ( la Toussaint ) qui tombe la vigile du Jour des Morts, il y avait dans certaines maisons, et non des pires, un usage ancien assez curieux.
Le soir, on soupait en famille, et pendant le repas, on s'entretenait des parents défunts, de leurs qualités, de leurs vertus, même de leurs défauts; et ce qu'il y avait de plus étrange, on buvait à leur santé en trinquant. Ce souper devait être composé de neuf plats, comme soupe, bouilli, fricassée, daube, saugrenade, tourtière, fricandeau etc...
Le repas fini, on laissait sur la table les viandes, et ce qui restait de chaque plat pour le souper des anciens, morts, et on rapportait du pain et du vin lorsqu'il n'y en avait pas assez.
Après ça, on faisait un beau feu et on rangeait les chaises en demi-cercle autour du foyer. Puis on se retirait pour laisser la place aux défunts, après avoir récité des prières à leur intention.
Le curé Bonal disait bien que tout cela sentait fort la superstition, mais en raison des prières et de l'intention pieuse, il fermait un peu les yeux."

Le curé Bonal était un homme sage! Ces quelques lignes m'enchantent. Voilà une vieille coutume qui ne manque pas de beauté!



* Plus exactement, le calendrier chrétien a remplacé la nuit où les morts reviennent par un jour où les morts sont honorés.
* *On peut lire "Jacquou le Croquant" sur Wikisource.


dimanche 20 septembre 2009

Saint Nicolas




Il est l'ancêtre du Père Noël. Il est apparu au moyen-âge. Dans plusieurs régions de France, dans la nuit du 5 au 6 Décembre, il venait sur son âne apporter des friandises et des cadeaux aux enfants sages. Il était toujours accompagné du Père Fouettard, qui , lui, mettait dans les chaussures des enfants désobéissants un paquet de verges ( parfois trempées dans le vinaigre ), un martinet ou parfois seulement des oignons.


La Légende de Saint Nicolas


Ils étaient trois petits enfants
Qui s'en allaient glaner aux champs.

Tant sont allés, tant sont venus
Que sur le soir se sont perdus.

Ils ont frappé chez le boucher:
-Boucher, voudrais-tu nous loger?

-Entrez, entrez, petits enfants,
Il y a d' la place, assurément.

Ils n'étaient pas sitôt entrés
Que le boucher les a tués.

Les a coupés en p'tits morceaux,
Mis au saloir comm' des pourceaux.

Saint Nicolas, au bout d' sept ans
Vint à passer dedans ce champ.

Il est allé chez le boucher:
- Boucher, voudrais-tu me loger?

- Entrez, entrez, saint Nicolas
Il y a d' la place, il n'en manque pas.

Il n'était pas sitôt entré
Qu'il a demandé à souper.

- Voulez-vous une tranche de jambon?
- Je n'en veux pas, il n'est pas bon!

- Voulez-vous mieux une tranche de veau?
- Je n'en veux pas, il n'est pas beau!

Du p'tit salé, je veux avoir,
Qu'il ya sept ans qu'est au saloir!

Quand le boucher entendit ça,
Il eut si peur qu'il s'enfuya.

Saint Nicolas alla s'asseoir
Dessus le bord de ce saloir.

- Petits enfants qui dormez là,
Je suis le grand Saint Nicolas!

Et le saint étendit trois doigts:
Les enfants s' levèrent tous les trois.

Le premier dit: -J'ai bien dormi!
Le second dit: -Et moi aussi!

-Et moi - a dit le plus petit -
Je croyais être au paradis!




Chanson des écoliers à Saint Nicolas

Ô grand Saint Nicolas
Patron des écoliers,
Apportez-moi des pommes
Dans mon petit panier.
Je serai toujours sage
Comme une petite image,
J'apprendrai mes leçons
Pour avoir des bonbons.

Venez, venez, Saint Nicolas!
Venez, venez Saint Nicolas!
Venez, venez Saint Nicolas
Et tra la la!

La chanson fétiche des gens du nord, " Le p'tit Quinquin " évoque la Saint Nicolas:

...L'mos qui vient, d'saint Nicolas, ch'est l'fête
Pour sûr, au soir, i' viendra t'trouver
I' t' f'ra un sermon et t'laich'ra mette
In d'sous du balot un grand panier.
I l'implira si t'es sage
D' séquois qui t'rindront bénache.
Sin cha, sin baudet
T'inverra un grand martinet.

Traduction:

Le mois prochain, de St Nicolas c'est la fête,
Pour sûr, au soir il viendra te trouver,
Il te fera un sermon et te laissera mettre
Sous la cheminée un grand panier.
Il l'emplira, si tu es sage,
De je ne sais quoi qui te rendra heureux.
Sans ça, son baudet
T'enverra un grand martinet.

dimanche 13 septembre 2009

Un poète du 19e siècle...


...qui a écrit pour les enfants.

Au début du 20e siècle, les livres de lecture, à l'école, étaient aussi des livres de morale. Les enfants y apprenaient comment bien se conduire dans la vie. Alexis Noël est le seul poète à figurer dans: "Méthode de Langue Française. Premier livre" de Brunot et Bony, publié en 1906. En dehors de leur caractère édifiant, je trouve ses poèmes simples, fluides, élégants, assez jolis, en somme.
Les contes aussi apprennent aux enfants comment se conduire... mais ils les laissent tirer eux-mêmes la morale de l'histoire!



La petite sournoise

" Minet, Minet, disait Louise,
Viens jouer avec moi;
Viens, j'ai dans mon panier, pour toi,
Une friandise."
Minet, tout confiant, s'approche le dos rond;
Il se frotte, et puis fait ronron...
Elle, sournoisement, lui tire la moustache.
Minet se fâche:
" Ce n'est pas ça, dit-il, que tu m'avais promis;
Adieu". Faire du mal aux animaux, c'est lâche,
Et les sournois n'ont pas d'amis.

Alexis Noël


Le départ pour l'école

"Va, mon enfant, au revoir;
J'irai te chercher ce soir,
Quand tu sortiras de classe.
Fais bien tout ce que tu dois,
Ne mets pas d'encre sur tes doigts,
Va, mon enfant, maman t'embrasse."

Jean quitte la douce main.
Sa mère, au bord du chemin,
Le suit des yeux jusqu'à l'école.
Lui pense:" Il faut pour le moins
Que je gagne trois bons points
J'ai promis, je tiendrai parole."

Alexis Noël


Le distrait.

Jean est un bon petit garçon,
Mais il est distrait en diable!
La tête dans les mains, les coudes sur la table,
Les yeux plongés dans sa leçon,
Vous croyez qu'il travaille?
Non!

Il pense au grenier plein de paille,
Où l'on se culbute si bien,
Il pense à Médor, son gros chien,
Ou peut-être à son chat Moustache,
A la marelle, à cache-cache,
Au cerf-volant qu'on tient au bout d'un fil...
" Jean! deux et deux, combien cela fait-il?"
A cette question du maître,
Jean regarde par la fenêtre
Et se trouble, et ne répond point...
Jean n'aura pas de bon point.

Alexis Noël


La gourmande

Ma soeur Jeanne est un peu gourmande,
Ce n'est pas un bien grand défaut;
Mais on doit le dire très haut:
Une faute est toujours trop grande.

Jeanne aime beaucoup la viande,
Le pain moins, et le sucre...trop.
Ma soeur Jeanne est un peu gourmande,
Ce n'est pas un bien grand défaut.

Parlez-lui chocolat, sirop,
Elle en demande et redemande,
Et pour la retenir, il faut
Que parfois on la réprimande:
Ma soeur Jeanne est un peu gourmande.

Alexis Noël


Le grand-père

Le grand-père est assis dans son fauteuil de paille:
A droite, le chien jaune, à gauche, le chat gris,
L'un songeant à la chasse, et l'autre à ses souris...
Mais le grand-père, lui, ne songe pas, il bâille.

Il bâille, car ce soir, il lui tarde beaucoup
D'entendre revenir petit Jean de l'école;
Il aime de l'enfant, la turbulence folle,
Son sourire, ses yeux, son geste, sa voix, tout.

Mais soudain, petit Jean rentre et se précipite
Au cou du bon vieillard qui tremble en le voyant:
" Avons-nous été sage, attentif, peu bruyant?
Et notre fable, Jean, comment l'avons-nous dite?

- J'ai gagné deux bons points, grand-père, presque trois:
Un bon point d'écriture, un autre de mémoire.
Dis, grand-père, veux-tu raconter une histoire?"
Et grand-père commence: " Il était une fois..."

Alexis Noël


samedi 12 septembre 2009

La chanson du grand Lustukru


Entendez-vous dans la plaine
Ce bruit venant jusqu'à nous?
On dirait un bruit de chaîne
Se traînant sur les cailloux.
C'est le grand Lustukru qui passe,
Qui repasse, et s'en ira,
Emportant dans sa besace
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas.

Quelle est cette voix démente
Qui traverse nos volets?
Non, ce n'est pas la tourmente
Qui joue avec les galets.
C'est le grand Lustukru qui gronde,
Qui gronde...et bientôt rira
En ramassant à la ronde
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas

Qui donc gémit de la sorte,
Dans l'enclos, tout près d'ici?
Faudra-t-il donc que je sorte
Pour voir qui soupire ainsi?
C'est le grand Lustukru qui pleure:
Il a faim et mangera
Crus-tout-vifs, sans pain ni beurre,
Tous les petits gars
Qui ne dorment pas!

Qui voulez-vous que je mette
Dans le sac au vilain vieux?
Mon Doric et ma Jeannette
Viennent de fermer les yeux;
Allez-vous-en, méchant homme,
Quérir ailleurs vos repas!
Puisqu'ils font leur petit somme,
Non, vous n'aurez pas
Mes deux petits gars!

Théodore Botrel ( 1868 -1925 ).

Racines

Dans cette catégorie, je souhaite mettre des textes: soit que j'ai beaucoup aimés, soit qui me semblent représentatifs de leur époque , et sont généralement en passe d'être oubliés.
Je commence par "La chanson du grand Lustukru". On l'appelait aussi , selon les régions, Croquemitaine ou Ramponneau . C'était le temps où l'on pensait que "La peur est le commencement de la sagesse"!

Les commentaires étant fermés, aux personnes qui souhaiteraient me joindre, je rappelle mon adresse:
daffodil@ragondux.com


jeudi 21 mai 2009

La petite poule qui ne voulait pas passer à la casserole



En ce temps-là, il y a longtemps, la petite maison un peu à l'écart du village, à côté du bois, était celle d'une grand-mère qu'on appelait Petite Marie. Elle avait quatre poules: Roussette, Bigarrée, Poule Noire, et la plus jeune, Cou Pelé - elle appartenait à cette race de poules qui n'ont pas de plumes sur le cou.
Elles étaient gâtées, ces quatre poules! Petite Marie les nourrissait en abondance de blé et de maïs; elle leur cuisait parfois des légumes; elle leur étalait de la salade verte; quand elle faisait un gâteau, elle leur en émiettait toujours une part en leur disant: " Régalez-vous, mes petites! ". Elle les laissait en liberté dans une grande cour herbue; elle tenait leur poulailler bien propre. Elles avaient une belle vie de poules et trois d'entre elles s'en rendaient compte. Seule, Cou Pelé n'était pas contente de son sort. Elle savait que la destinée des poules, c'est de passer à la casserole quand elles ne peuvent plus pondre, et ça, elle n'arrivait pas à l'accepter.
La sage et tranquille Roussette lui disait:
- On n'y peut rien changer! C'est écrit dans le livre de la vie depuis le commencement du monde! Tout a une fin! ça ne sert à rien de s'insurger! N'y pense pas! Profite plutôt des beaux jours que nous fait Petite Marie!
Cou Pelé lui trouvait des idées bien sottes! Elle se retenait de le dire , mais elle le pensait si fort que la bonne Roussette devait bien l'entendre! C'était un esprit rebelle, cette petite Cou Pelé!

Un jour d'été où les poules étaient sorties sur le chemin et avaient picoré jusqu'à l'orée du bois, où l'ombre était fraîche, Cou Pelé, en grattant la terre meuble a découvert une petite boîte rose. Elle l'a ouverte et elle est restée émerveillée. Dedans, il y avait une bague: une très jolie bague en argent, avec un chaton ciselé dans lequel était enchâssée une pierre superbe, aux mille reflets, irisée, chatoyante, qu'on aurait dit tombée de l'arc-en-ciel. Cou Pelé ne se lassait pas de la regarder: elle n'avait jamais rien vu d'aussi beau.
- Qu'est-ce que je vais en faire? s'est demandé la petite poule. Si je la donne à Petite Marie, bien sûr, ça lui fera plaisir. Mais elle ne la portera jamais, elle n'a pas d'occasions de sortir. J'ai envie d'aller l'offrir à la reine. On dit qu'elle est très bonne et très juste. Tout le monde l'aime. Elle seule est digne de la porter. On dit aussi qu'elle est très triste depuis la disparition du roi dans ce malheureux accident. Elle sera sûrement contente que quelqu'un lui fasse un si beau cadeau. Elle voudra m'offrir une récompense. Alors, je lui demanderai de ne pas passer à la casserole.
- Oh! s'est écriée la sage Roussette, je t'en prie, ne pars pas!Tu n'imagines pas à quel point le monde est dangereux! Tu n'arriveras jamais chez la reine! Ne pars pas, reste avec nous!
- C'est quand même une belle idée, a dit Poule Noire, et j'aurais aimé l'accompagner! Mais je ne peux pas, j'ai trop peur!
- Moi aussi, j'ai peur! a dit Bigarrée. Ne pars pas! Le palais est trop loin pour nos petites pattes!
Elles pouvaient bien dire tout ce qu'elles voulaient, Cou Pelé n'en faisait jamais qu'à sa tête! Elle a mis la petite boîte sous son aile et elle est partie.

Elle a marché d'un bon pas toute la journée, contente du plaisir qu'elle allait faire à la reine. Mais quand les ombres du soir ont commencé à s'allonger, elle s'est mise à penser qu'il lui faudrait un abri pour la nuit. Elle était au milieu d'une grande plaine cultivée et pas un arbre, pas un arbuste où se jucher! Elle s'est arrêtée pour picorer quelques graines dans un champ qui venait d'être moissonné, puis elle est vite repartie, malgré ses pattes raides qui lui faisaient mal. Elle marchait et toujours pas d'arbustes, pas de haies. La nuit est arrivée. La petite poule n'y voyait plus rien. Elle est entrée dans un champ de maïs et s'est tapie là. Elle a juste eu le temps de se dire qu'elle risquait fort de se réveiller entre les dents pointues d'un renard ou d'un blaireau, de voir passer dans sa tête l'image de Roussette, puis elle est tombée dans le sommeil comme on tombe dans un trou!

Le lendemain, les premiers rayons du soleil l'ont réveillée. Elle était vivante! Vivante, mais avec des pattes qui avaient du mal à la porter, quand elle s'est levée pour sortir du champ! Elle a débouché sur le chemin d'où une pie s'est envolée puis s'est reposée aussitôt en la voyant. La pie a demandé:
- Que fais-tu donc si loin des maisons? Un renard t'avait prise et tu as réussi à lui échapper?
Cou Pelé a pris un air important:
- Non! Je suis partie chez la reine. J'ai quelque chose à lui remettre qui lui fera grand plaisir! Dis-moi, je vais bien dans la bonne direction?
- " Oui " a répndu la pie- elle était impressionnée! " Marche toujours vers le soleil levant. mais tu sais, c'est loin! Tu n'es pas près d'y arriver"!
- N'importe! Je mettrai le temps qu'il faudra. Merci du renseignement!
Et courageusement la petite poule est repartie.
Elle a marché des jours et des jours. Elle marchait et elle s'habituait, elle apprenait. Elle ménageait ses forces. Elle se cachait quand elle voyait au loin des gens ou des chiens. Une nuit où elle dormait perchée dans un chêne, elle a été réveillée par le cri d'une effraie en chasse.. Aussitôt, elle a entendu comme un frôlement qui montait, qui montait vers elle. Alerte! Sa dernière heure était-elle arrivée? Elle s'est dressée en battant des ailes et en gloussant; elle a essayé un petit vol de côté, un autre, encore un autre. Elle avait peur, elle ne savait pas trop ce qu'elle faisait. il y a eu un grand bruit de branches; des corbeaux,, dérangés, se sont envolés en protestant. La bête qui grimpait a dû prendre peur, elle aussi.. Elle s'est laissé glisser au bas de l'arbre et s'est enfuie. C'était une fouine qui avait pensé faire son dîner de la petite poule. Elle lui avait échappé de justesse. Cou pelé n'a pas pu se rendormir. Elle s'est rendu compte que chaque nuit elle était en danger. Roussette avait peut-être raison: elle n'aurait pas dû partir. Mais c'était fait! Elle n'allait pas retourner en arrière!
- J'arriverai chez la reine! Il faut que j'y arrive! s'est dit la petite poule. Ce soir, la chance était avec moi. Peut-être qu'elle ne me quittera plus!
Au matin, quand elle est repartie, elle était pleine de confiance.

Elle marchait. Un pas après l'autre, elle marchait, la vaillante petite poule! Et voilà qu'un jour, elle est arrivée devant une rivière.
- Je vais au palais royal; est-ce que j'en suis loin? a demandé Cou Pelé à une tourterelle en train de se désaltérer.
- A vol d'oiseau, pas tellement loin! a répondu la tourterelle. Mais toi, tu ne sais pas voler, ou si peu! Tu vas être obligée de faire un grand détour vers le nord pour trouver un pont. Ensuite, tu repartiras un peu en oblique et je crois que quelques jours devraient te suffire!
- Merci du renseignement! a dit Cou Pelé tout heureuse. Il y a longtemps que je marche et je serai rudement contente d'arriver!
- C'est vrai que tu as l'air fatiguée, a dit la tourterelle. Eh! bien, bonne route et bon courage!
La petite poule est donc partie vers le nord en suivant la rivière. Que c'était ennuyeux d'avoir un long détour à faire alors qu'elle était si près! Si seulement elle avait pu voler! Elle se demandait bien pourquoi les poules ont des ailes, si c'est pour ne servir à rien!Tout d'un coup, elle a vu des buissons, des arbrisseaux au milieu de l'eau. Mais c'était une île! Quelle chance, ça changeait tout! " Ce n'est pas large, je dois pouvoir traverser! a pensé Cou Pelé. Elle a bien examiné les lieux: oui, oui, elle pourrait certainement traverser d'un coup d'ailes. Elle a planté solidement son bec dans la petite boîte rose, elle a pris son élan et...plouf! à deux pas de l'île, elle est tombée à l'eau et le courant l'emportait, elle suffoquait.Elle a entendu une voix qui disait: " Regardez-la, cette folle!" et elle s'est senti rattrapée, remorquée jusqu'à l'île où elle s'est affalée.Elle a vite remis sous son aile trempée la petite boîte qu'elle tenait au bec et elle a repris peu à peu sa respiration. Une famille de canards s'était portée à son secours et s'agitait autour d'elle.
- Tu voulais donc te suicider? a demandé la cane.
- Non, je voulais seulement gagner du temps, je vais chez la reine! a dit la petite poule.
- Tu te prenais, pour la reine des airs! a dit le canard. Eh! bien, sèche-toi au soleil, repose-toi, et demain nous t'aiderons à traverser l'autre bras de la rivière.
Elle aurait bien voulu traverser tout de suite. Mais elle se sentait sans forces, après son début de noyade et elle avait si longtemps marché seule,c'était agréable de se laisser aller dans l'herbe douce, avec la famille canard qui vaquait à ses affaires aux alentours. Le lendemain matin, elle avait à peu près récupéré. Côte à côte, le canard et la cane l'ont prise sur leur dos, escortés de leurs enfants. En un rien de temps, elle était sur l'autre rive. Elle les a tous bien remerciés et elle est repartie toute joyeuse, car elle se disait qu'elle serait bientôt au bout de ses peines. Elle marchait, elle marchait. Les villages étaient plus nombreux, de ce côté-ci de la rivière. Elle devait faire très attention pour les éviter. Un jour, où elle s'était arrêtée sous un arbre pour se régaler de quelques poires, elle a senti tout d'un coup quelque chose tomber sur elle et l'envelopper. Elle a bien essayé de se dégager, mais il n'y avait rien à faire. C'était un enfant qui avait jeté sa veste sur elle et maintenant, il la soulevait, il l'emportait. Tout en courant, il l'a saisie par les pattes et s'est précipité dans une maison.
- Regarde, maman, j'ai attrapé une poule! je me demande d'où elle sort, elle était dans le pré d'en-haut!
La maman s'est mise à rire:
- On n'est pas près de la manger, elle est bien maigre! ça ne fait rien, mets-la dans l'enclos avec les autres! Elle fera bien un ragoût un jour ou l'autre!
Et le gamin a jeté la pauvre Cou Pelé dans un endroit grillagé où il y avait bien une vingtaine de poules qui ont fait à peine attention à elle. Elle s'est blottie dans un coin, désespérée: il y avait de quoi! Le coq est venu aux nouvelles, mais elle lui a dit:
- Ecoute, je suis très fatiguée. Si tu veux bien, nous parlerons demain!
Elle avait l'air tellement malheureuse qu'il n'a pas insisté.
Le soir, elle s'est couchée tôt, dans un noisetier à côté du poulailler. Peu à peu le courage lui revenait. Elle ne pouvait quand même pas échouer si près du but!
Elle avait raison de croire à sa chance. Dans la nuit, il y a eu dans le poullailler un grand vent de panique: des battements d'ailes, des caquètements effarouchés, d'autres désespérés, un terrible remue-ménage, un bruit de course, encore quelques gloussements malheureux, puis le silence. Elle avait compris: une sauvagine était entrée et s'était servie dans le poulailler! A la première lueur de l'aube, la petite poule a sauté de son perchoir. Elle a suivi le grillage, elle a trouvé le trouvé le trou fait par la bête et elle s'est enfuie.

C'est le lendemain que soudain, il est apparu devant elle! Il dressait ses hautes murailles blanches juste en face, au sommet d'uns colline. Le palais royal! Cou Pelé a senti comme un soleil qui lui éclatait dans le coeur. A partir de ce moment, ce sont ses pattes qui ont tout fait. Sa tête, elle ne l'avait plus: elle flottait quelque part sur un petit nuage rose. S'est-e lle faufilée discrètement, l'air de rien, entre les jambes des gardes? Etait-elle devenue invisible le temps qu'il fallait? Toujours est-il qu'elle s'est retrouvée dans le jardin du palais puis sur le seuil de la cuisine. Le cuisinier, qui était sorti chercher un bouquet de persil, a failli lui marcher dessus en rentrant.
- Une poule! Qu'est-ce que tu fais là, toi? Ce n'est guère ta place!
- Bonjour, monsieur! a dit poliment Cou pelé. S'il vous plaît, je voudrais parler à la reine.
- Parce que tu crois que la reine a du temps à perdre avec une poule? Je me demande pour qui tu te prends!
- C'est que je lui apporte un joli cadeau! a dit Cou Pelé.
- Un cadeau! Je voudrais bien voir ça!
Il riait! ça le faisait rire!
Cou Pelé a pris la petite boîte rose sous son aile, elle l'a ouverte et l'a tendue au cuisinier. Il a fait:
- Pfff!...C'est ça, ton cadeau? Mais qu'est-ce que tu crois? C'est un bijou de servante, pas un bijou de reine!
Oooh!...Le goujat!...Un bijou de servante!... la petite poule était hors d'elle. Elle a crié:
- Vous dites ça parce que vous êtes jaloux! C'est un très beau bijou! Je suis sûre que la reine...
- Qu'est-ce qui se passe? a demandé une voix douce. Qu'est-ce que c'est que ce bruit?
Cou Pelé l'a deviné aussitôt, c'était la reine, qui se promenait dans le jardin. Avant d'avoir vu son visage, elle a vu ses mains, posées sur le chambranle de la porte. Elle ne portait que deux bagues, une à chaque main. Chacune était une splendeur!
- C'est cette poule, Madame, a dit le cuisinier. Elle voulait vous offrir une bague de pacotille!
Et il a tendu la boîte à la reine. La reine a regardé la bague, a regardé Cou Pelé:
- C'est vrai? Tu veux m'en faire cadeau?
- Oui, Madame. Je l'ai trouvée et je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Alors j'ai pensé que vous seule en étiez digne. Mais peut-être...
Elle n'en a pas dit plus, elle aurait pleuré.
- Tu te trompes, Géraud, a dit la reine au cuisinier. Regarde-la mieux;: elle est très jolie, cette bague, finement ouvragée, avec une pierre parfaite. Une pierre de lune! J'adore les pierres de lune!
Elle l'a essayée, elle lui allait juste au petit doigt. Elle s'est tournée vers la poule:
- Je l'accepte avec joie. Quand le roi sera revenu - car on a beau dire, il n'est pas mort, je le sais - quand il sera revenu, donc, nous aurons des enfants. Cette bague sera pour notre première fille. Et en attendant, chaque jour je la porterai. Mais je voudrais te remercier. Dis-moi ce qui te ferait plaisir.
Cou Pelé contemplait avec ravissement cette dame si belle, si gentille, qui avait l'air de tout comprendre..Elle a pensé: " Je ne peux rien demander; ce serait mesquin, ce serait petit! Non, je ne demanderai rien!".
Elle a dit - elle s'étranglait bien un petit peu, mais elle a dit:
- Non merci, Madame, je ne veux rien. Ca me suffit largement si j'ai pu vous faire plaisir.
La reine paraissait songeuse. Elle a dit:
- Tu ne peux pas repartir comme ça. Je suppose que tu viens de loin: tu es toute maigre et fatiguée. Sans doute, tu as couru bien des dangers. Reste quelques temps au palais pour te reposer. Et même...Tu vois, ce que j'aimerais, ce serait te garder auprès de moi. Le parc est grand. Je t'y ferais construire une petite maison où tu vivrais avec quelques compagnes,parce que, seule, tu t'ennuierais Qu'est-ce que tu en penses?
- Et vous nous garderiez tout le temps? a demandé Cou Pelé. Je veux dire jusqu'au moment de passer à la casserole...
- Passer à la casserole! s'est écriée la reine. En voilà, une idée! Vous ne passeriez JAMAIS à la casserole, évidemment!
Une immense vague de bonheur est arrivée. Elle s'est déversée sur la petite poule, elle l'a submergée, soulevée, emportée, roulée, touneboulée. Elle a pensé qu'elle était morte, comme ça, sans s'en apercevoir et qu'elle se réveillait au paradis!

Celle qui a été bien surprise, quelques temps plus tard,c'est Petite Marie, quand une voiture officielle s'est arrêtée devant chez elle et que le grand Chambellan lui-même en est descendu et qu'il est venu frapper à sa porte. Il était chargé de lui donner des nouvelles de Cou Pelé et lui demander si elle voulait bien la céder à la reine, ainsi que ses autres poules, et venir elle- même au palais pour s'en occuper. Elle recevrait un bon salaire en tant que préposée au poulailler royal.
Elle n'en revenait pas, Petite Marie. La tête lui en tournait presque! Elle a dit oui bien vite. Elle ne demandait qu'à faire plaisir à la reine. Et en plus, c'était une aubaine: depuis quelques temps il pleuvait dans le grenier de sa maison; bientôt, ce serait sur son lit. Il aurait fallu faire réparer son toit, mais elle ne pouvait pas , elle était trop pauvre!
Son sac a été vite préparé: de tout temps, elle n'avait eu que deux robes, une pour changer l'autre. Et elle est partie, dans la belle voiture tirée par quatre chevaux, en emmenant Roussette, Bigarrée et Poule Noire.

Et voilà comment Petite Marie et ses quatre poules se sont retrouvées au palais royal, débarrassées de tout souci.
Roussette n'avait pas pu s'empêcher de murmurer à Cou Pelé:
- On dira ce qu'on voudra,c'était quand même une idée folle que tu as eue, de venir de si loin voir la reine! je croyais ne jamais te revoir!
Roussette était raisonnable et prudente. Elle n'avait pas encore remarqué que bien souvent, la chance, la réussite et le bonheur sourient à ceux qui ont des idées folles!



* tous droits réservés.

mardi 29 juillet 2008

Jeu des faux proverbes.




Avec deux faux proverbes retrouvez le vrai:

1-
Qui va doucement n'avance pas vite.
Qui va au bout du monde va loin.

2-
Le petit vient en nageant..
Chaque être vit en mangeant

3-
Qui casse les verres doit boire à la bouteille.
Qui achète des terres les paye.

4-
La fortune sourit du haut des cieux.
Rien ne paraît impossible aux audacieux.

5-
Ne mange pas tout ton riz en un jour.
Paris ne s'est pas fait à Strasbourg.

6-
Quand on est fatigué, on se couche.
Comme on fait son lit, on coule (dit la rivière).

7-
Petit appétit, celui de l'oiseau.
Le printemps venu, l'oiseau fait son nid.

Solution: les vrais proverbes.



1- Qui va doucement va loin.

2- L'appétit vient en mangeant.

3- Qui casse les verres les paye.

4- La fortune sourit aux audacieux.

5- Paris ne s'est pas fait en un jour.

6- Comme on fait son lit, on se couche.

7- Petit à petit, l'oiseau fait son nid.

vendredi 25 juillet 2008

Messages codés à déchiffrer



1- L N A U 1 B B I R

2- L I M B A. L E C. L é M U.

3- R V M H A U T A C R V CC !

4- B A L E V L C A T L A H T 1 D L é O Q P.

5- M A é N R V R I C L A K C 1 V R ( T T) O K 6.


Trouvez vous- mêmes d'autres messages codés, c'est très amusant!

Messages déchiffrés



1- Hélène a eu un bébé hier.

2- Elie aime Béa. Elle le sait, elle est émue.

3- Hervé aime à chahuter. Assez, Hervé! Cessez!

4- Béa est levée. Elle s'est hâtée. Elle a acheté un dé. Elle est occupée.

5- Emma est énervée, hérissée. Elle a cassé un verre de thé au cassis.

dimanche 20 juillet 2008

Une rencontre extraordinaire



Ma ville est belle. Mais attendez! ce n'est rien à côté de ce qu'elle sera. On va y construire plein de nouvelles maisons, des magasins superbes! Pour le moment, c'est la période ingrate: les excavatrices sont au travail. Il faut bien en passer par là! On creuse des tranchées, il y a des trous partout! Et - pas de chance, Laurence! - une de ces tranchées est passée juste là où je ne voulais pas qu'elle passe.
Je connaissais un endroit, en haut du mail, sous une haie, où poussaient des orchidées sauvages, des grandes listères. J'allais les voir, parfois même je leur parlais. Je crois que personne sauf moi ne les connaissait. C'était rudement bien, d'avoir mon minuscule jardin secret, d'enclore un mystère, ce coin à listères! Mais voilà!les machines y ont frayé leur chemin de taupes monstrueuses et après les travaux, les orchidées sauvages n'ont pas repoussé!
L'autre jour, j'avais encore cherché, sans trouver la moindre tige qui leur ressemble. J'avais poursuivi jusqu'au parc, toute contrariée, tournant le dos au chantier où on commençait à construire une nouvelle rue et un parking. Et tout d'un coup, quest-ce que je vois dans un massif d'arbustes? Un petit bonhomme en bonnet rouge, avec un justaucorps jaune et un pantalon bleu! Je me suis dit: " Quelque méchant gamin a volé un nain de jardin et l'a caché là. Ca ne se fait pas, des choses pareilles! Je vais le porter aux objets trouvés, il doit manquer à ses propriétaires! ". Mais, comme j'approchais, il a enlevé son bonnet, il s'est incliné et il m'a dit:
- Toujours! mamie conteuse. Je te demande lardon, je voudrais te dire quelques pots.
Oh! la surprise!!! Je n'en croyais pas mes yeux; ils devaient s'ouvrir grand comme des roues de bicyclette!
J'ai dit:
- Je ne rêve pas? Tu es un vrai nain? Un nain du petit peuple? De ceux qui vivent sous terre?
Il s'est encore inclilné, il était vraiment très poli!
- Oui! Je m'appelle Pilou. Je suis le fief des nains sous la pile.
Je ne comprenais pas. J'ai regardé autour de nous:
- De quelle pile parles-tu?
- Celle-ci! la tienne! celle que tu abrites, bien mûr!
Soudain, j'ai eu une illumination! Il parlait en mots tordus! J'ai dit:
- Tu veux peut-être dire la ville? Tu es le chef des nains sous la ville?
- Oui! c'est bien ce que j'ai dit! a répondu Pilou.
- Et tu me connais?
- Bien mûr! Nous avons un sans pareil qui enregistre tout ce qu'on dit à repos de nous sur la terre. Et toi, tu as perlé de notre meuble aux enfants.
C'était vrai! J'avais dit des contes sur le petit peuple.
- Mais...on ne vous voyait plus jamais venir sur tere! Que se passe-t-il donc?
Pilou a répondu:
- Ce qui se casse, nous ne le savons pas, justement et je suis venu boire. Je suis venu aux poubelles parce que l'heure m'a semblé brave; nous avons pleur. Depuis quelques temps, nous entendons des fruits au- dessus de nous; il y a des fibres à scions, des frangins sont en frein de creuser; nous craignons que le fiel nous tombe sur la bête!
Les pauvres! Les travaux dans la ville les avaient inquiétés! Mettez-vous à leur place! J'ai dit:
- C'est de ça que tu voulais me parler? Rassure-toi, Pilou! Il y a des chantiers un peu partout et il y en aura d'autres, mais ce n'est pas dangereux pour vous! On creuse pour poser des canalisations et construire des immeubles, mais ça ne va pas bien profond. Je peux te l'assurer, rien ne vous menace!
Il a eu l'air soulagé. Il a dit:
- Je te broie, mamie conteuse, mais tu comprends, je suis le fief, je dois me rendre honte des roses par moi-même. je vais attendre la suie pour que personne ne me noie et je passerai la pile en rebut.
( Quand il parle longtemps, ça devient un peu difficile)!
Je l'ai invité à passer à la maison après son inspection, mais il a refusé, il voulait rentrer le plus vite possible pour rassurer ses administrés. Nous avons échangé nos adresses électroniques, oui, ils ont des ordinateurs, ça a dû bien changer aussi chez eux. Il s'est de nouveau incliné:
- Farci beaucoup, mamie conteuse, je suis longtemps de t'avoir bue!
Nous nous sommes séparés et, après quelques pas, quand je me suis retournée pour lui faire signe, il n'était déjà plus là. Quelle rencontre extraordinaire! J'étais si contente que j'en avais oublié les orchidées. J'y ai repensé un peu plus tard, chez moi, en mangeant ma soupe. Je me suis dit que peut-être, l'an prochain ou dans deux ans, une racine courageuse, après s'être reposée et avoir pansé ses blessures, serait prise d'une irrésistible envie de vivre et de fleurir. Elle pousserait vers le jour une tige triomphante et peu à peu, malgré ce qui arrache, malgré ce qui hache, malgré ce qui fait mal, elles reviendraient, sous la haie, les listères.
J'aimerais beaucoup pouvoir les montrer à Pilou.


Si vous aimez les mots tordus, vous vous régalerez en lisant les livres de Pef
- Prince de Motordu
- La belle lisse poire du prince de Motordu.
- Motordu champignon olympique.
etc, etc...

lundi 14 juillet 2008

Connaissez-vous ces drôles d'animaux?


- un loup-phoque.

- une pie-panthère.

- un lion sot.

- un renard d'eau.

- un chat pitre.

- une pie rogue.

- un rat-daim.

- des canes-thons.





Réponses

ha! ha! ha! c'était:

- un loufoque (personne un peu folle).

- une pipe en terre.

- un lionceau ( petit du lion)

- un renardeau (petit du renard).

- un chapitre.

- une pirogue ( bateau).

- un radin (personne avare).

- des canetons (petits canards).

jeudi 3 avril 2008

Le Maneki-Neko





Peut-être n'allez-vous pas me croire...je n'en serais pas étonné! Tel que vous me voyez-là: superbe, allongé, haut sur pattes, le poil brillant, les yeux d'or pleins de rêve, élégant, racé, le plus beau des chats - c'est mon ami qui le dit - tel que vous me voyez, donc, j'ai été chat des rues. J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai connu toutes sortes de dangers.
Je suis né sur un sac pas très propre, mais c'était mieux que le béton, dans la cave d'un magasin qui venait de fermer. Par chance, il manquait un carreau à la fenêtre. Mes deux frères et moi, nous avons donc eu un bon abri pour nos premiers jours de vie. Quand nous avons commencé à courir partout, Maman nous a pris chacun à notre tour par la peau du cou et transportés dans la rue. Entre le trottoir et l'arrière des magasins, il y avait des arbustes bien touffus où nous cacher. Nous avons commencé à découvrir le monde. Il était clair et beau. Les commerçants d'à côté nous ont repérés; c'étaient de bonnes âmes; ils nous ont installé un carton où Maman se couchait pour nous allaiter et où nous pouvions rester tranquilles quand elle s'en allait chercher sa nourriture. Des gens passaient sans nous voir. Mais un jour une dame s'est arrêtée et a regardé longuement sous les arbustes. Elle est partie, puis elle est revenue peu après avec de la nourriture qu'elle a posée à côté du carton. Quelle fête quand Maman a découvert le cadeau! Elle n'en a pas laissé une miette! Et tous les jours, vers la même heure, la dame revenait nous apporter de la pâtée. Elle restait un moment à nous parler doucement, gentiment. Maman a pris l'habitude de l'attendre. Aucun de nous ne s'enfuyait plus à son approche. Grâce à elle, nous étions presque heureux pour des chats errants.
Mais voilà! Il y a eu le chien!

Un chien que son maître ne tenait pas en laisse! Tout à coup, sa grosse truffe renifleuse est apparue au-dessus de nous. Maman s'est dressée, toute hérissée. Elle a craché et lui a allongé un coup de griffes. Le chien a couiné, mais le museau revenait, alors Maman a sauté sur le trottoir et a couru, le chien à ses trousses, elle a couru et ouf! elle a réussi à disparaître dans la cave. L'instant d'après, le chien parti avec son maître, elle est ressortie, elle nous a cherchés, elle nous a comptés, elle nous a léchés, elle avait eu très peur!
Passer dans notre rue,le chien fouineur, il en a fait son habitude. Quand elle le voyait arriver, Maman se glissait sur le trottoir pour qu'il la poursuive et ne s'en prenne pas à nous. Elle lui échappait comme elle pouvait. Mais l'endroit n'était plus sûr, nous avons déménagé.

Maman connaissait bien le quartier. Elle nous a trouvé un petit terrain tranquille, à l'abri des chiens. C'était dans l'enceinte d'une école, derrière la maison du gardien et la cantine. Il y avait là une allée gravillonnée, une pelouse assez étroite avec des arbrisseaux et des massifs de fleurs, et bordée sur toute une longueur par un parking souterrain, dont le mur, à mi-hauteur, se continuait par une grille. On pouvait facilement s'y réfugier. Nous l'avons visité aussitôt, mais nous nous sommes enfuis très vite, car les gens venaient chercher leur voiture pour aller au travail, ça faisait beaucoup de bruit, nous avions peur.. Nous sommes restés longtemps blottis dans un massif. Quand nous nous sommes décidés à visiter notre nouveau domaine, prudemment, vous pouvez me croire!nous avons eu une délicieuse surprise: sous un petit arbre aux branches basses, nous a vons découvert une assiette pleine de nourriture. A quatre, nous l'avons vidée en un éclair!
Le soir venu, nous avons vu que le parking avait un autre locataire, un matou à l'air pacifique. Nous nous sommes installés loin de lui pour ne pas le gêner. L'assiette sur la pelouse, c'était pour lui qu'elle avait été mise. Le jour suivant, il y est passé avant nous et n'a presque rien laissé. Nous, les petits, nous n'étions pas à plaindre, nous avions le lait de notre maman. mais elle, la pauvre, ce jour-là elle a fait carême. Les chats errants font carême plus souvent qu'à leur tour!
Par je ne sais quel miracle, très vite, une deuxième assiette est arrivée. Il y a bien eu, par- ci, par- là, des jours où elle restait vide. Ce n'était pas trop grave car nous avions trouvé les poubelles et l'avantage était que ces jours-là, nous pouvions fureter partout, il n'y avait personne dans la cour. Maman s'absentait de plus en plus longtemps. Nous, nous partions à la découverte des environs. Le soir, fidèlement, quand les voitures étaient rentrées, nous nous retrouvions dans le parking. je pensais bien rester là, tranquille, jusqu'à devenir un chat adulte, mais c'était trop beau pour durer! Un couple de corneilles s'est mis à fréquenter notre petit jardin, et plusieurs fois, Maman a dû les chasser de notre assiette. Un jour où je me promenais, seul, sur la pelouse qui longeait l'école, une des corneilles est venue se poser devant moi. L'instant d'après, l'autre était là. Elles me fixaient, toutes les deux, je n'osais plus faire un pas en avant. J'avais beau me hérisser et cracher, ça ne les impressionnait pas. Elles attendaient le moment de se jeter sur moi. C'est alors que quelqu'un, sur le trottoir a tapé dans ses mains en criant:
- Ho! les corneilles! Allez-vous laisser ce chat!
Elles ont fait, chacune, un petit vol de côté, alors j'ai foncé et j'ai couru, j'ai couru, j'ai couru! je me suis faufilé sous un portillon, je l'avais vu de loin, il m'a à peine ralenti. J'ai couru, j'ai couru, J'ai failli passer sous les roues d'un cyclomoteur, j'ai couru, couru, couru, j'étais mort de peur. J'ai sauté par-dessus un ballon qui roulait vers moi. J'arrivais dans un espace vert avec un énorme buisson d'arbustes. J'ai filé droit sur lui, des branches m'ont fouetté, j'ai poussé jusqu'au milieu du buisson, et là, je me suis écroulé, mon coeur allait lâcher!
Je suis longtemps resté affalé dans ma forteresse végétale. je n'entendais pas de croassements, peut-être les corneilles ne m'avaient-elles pas suivi jusque là. Peu à peu, j'ai retrouvé mon calme. je me suis demandé si j'allais essayer de retourner à notre parking, mais rien que de penser aux corneilles, je me sentais mal. J'ai décidé que je coucherais là. Plus tard, le soir, je suis sorti avec précaution pour examiner les lieux. C'était une grande pelouse, traversée par une allée de marronniers et une piste cyclable, avec, plus bas, un autre gros buisson. De chaque côté, il y avait des maisonnettes avec des jardins. Je suis parti à la recherche des poubelles. Je n'ai pas mangé grand'chose, ce soir-là, mais j'étais vivant!
Le lendemain, j'ai abandonné définitivement l'idée de rejoindre ma famille. J'étais presque sevré, je pouvais vivre seul. J'ai adopté le buisson.
Ca n'a pas été la meilleure époque de ma vie. La nourriture était rare et, quand il pleuvait trop, il me fallait chercher un autre abri Je devais aussi choisir mes moments pour sortir, à cause des chiens que leurs maîtres lâchaient et qui couraient partout. J'y ai vécu tant bien que mal ma vie difficile de chat sans logis. J'ai souvent couru, j'ai souvent jeûné.

Et puis, un jour, quelqu'un s'est intéressé à moi. Il est venu tourner autour du buisson en me parlant doucement. Bien sûr, je ne suis pas sorti! Mais il est revenu et bientôt il m'a apporté de la nourriture et de l'eau. Il poussait les barquettes le plus loin possible dans le buisson, pour que les chiens ne les trouvent pas. Je me suis habitué à lui. Il venait tous les soirs. J'étais pressé de le voir arriver. Il est devenu mon ami. Un jour, j'ai accepté une caresse, puis, je me suis frotté à ses jambes. Il a fini par me dire:
- L'hiver va arriver, Chaton! Tu ne vas quand même pas le passer dans ton buisson!
Et un soir, il est venu avec un panier à chat qu'il a posé par terre. Dedans, ça sentait bon le bifteck haché. J'y suis entré, il a fermé la porte et c'est comme ça que mon ami m'a emmené chez lui.
Oh! je n'étais pas très fier, les premiers jours! Je me méfiais; mais mon ami était si gentil! il me caressait et me donnait de si bonnes choses! Quel bonheur! J'avais toujours l'estomac plein!
Il m'a appelé Chamboule. Il faut dire que lorsque je passais sur les meubles - ou dedans,car je faisais intimement connaissance avec l'endroit - beaucoup de choses tombaient! Ce n'était pas de ma faute! je crois qu'elles avaient peur de moi! Maintenant, elles commencent à s'habituer!
Nous avons été heureux, mon ami et moi. Et puis , soudain, de mauvais jours nous sont tombés dessus sans crier gare! Il allait perdre son travail. Il l'a perdu. Il était triste et préoccupé. Oh! il ne me laissait manquer de rien, mais il ne me faisait plus aussi souvent jouer avec mon lacet, et même quand il me caressait, je sentais bien qu'il avait l'esprit ailleurs. Il m'avait dit:
- Mon pauvre Chamboule, qu'allons-nous devenir? J'ai bien peur qu'avant longtemps nous ne soyons à la rue, toi et moi!
Une visite lui a rendu son sourire. Au moins pour un moment. Il avait pris un billet de tombola à des gens qui aident les animaux en détresse, il avait gagné et une dame lui apportait son lot. C'était un maneki-neko.

Un maneki-neko? Mon ami n'avait jamais entendu parler de ça! On n'est pas obligé de tout savoir! C'était un porte-bonheur japonais. Une jolie statuette en porcelaine, représentant un chat assis, qui lève une patte à la hauteur de son oreille. Il paraît que les Japonais les mettent dans leurs magasins et leurs maisons pour attirer la fortune. Mon ami a dit que c'était bien la chose dont il avait le plus besoin en ce moment et il l'a posé sur le plus haut rayon de l'étagère à livres. Puis, il s'est tourné vers moi:
- Et je compte sur toi, Chamboule, pour ne pas me le casser!
Evidemment, que je n'allais pas le casser! J'étais bien trop soulagé de nous voir tirés d'affaire! Je pensais que le lendemain, mon ami allait rentrer tout content, avec des billets plein les poches!
Eh! bien, pas du tout! Il était toujours aussi soucieux. Et les jours qui ont suivi, c'était pareil. Nous avions beau attendre, la fortune n'arrivait pas!
Il commençait à m'agacer, le machin- chose, en haut de son étagère! Il s'était mis en grève, ou quoi? Il ne se plaisait pas chez nous? Il m'avait tout l'air d'un bon à rien! J'ai patienté, j'ai patienté, mais il est arrivé un moment où je ne pouvais plus y tenir. J'y suis allé, sur le rayon du haut. Je l'ai reniflé, il était tout froid et il ne sentait même pas le chat. Je lui ai dit que ça ne pouvait plus durer comme ça! Que c'était bien beau de rester la patte en l'air comme un gros nigaud, mais qu'il devait se décider à faire son travail, sinon, il aurait affaire à moi!
Voilà! Il était prévenu! J'ai sauté de l'étagère. Que s'est-il passé, je ne sais pas, toujours est-il qu'il a sauté avec moi et crac! je l'ai vu là, par terre, en trois morceaux! Catastrophe! Désastre! Cassé, le maneki-neko! C'était la fin du monde! je me suis fourré sous le divan et j'ai dormi!

Le bruit de la clé m'a réveillé, mais je suis resté dans ma cachette.Mon ami s'étonnait de ne pas me voir. Il m'a appelé plusieurs fois : " Chamboule! Chamboule! Chamboule!" Puis sa voix est devenue inquiète: " Chamboule! Où es-tu? Tu n'es pas malade?". Enfin, il a vu et je l'ai entendu rire:
- Ah! c'est ça! Tu as encore fait un exploit! Espèce de maladroit! Allez, montre-toi, va, ce n'est pas grave!
Mon ami a la bonté dans le coeur. Il a ramassé les morceaux et les a mis dans un tiroir. J'ai fini par sortir. Après m'avoir caressé, en me disant des mots gentils, comme d'habitude, il m'a servi mon dîner, comme d'habitude. Mais je n'ai pas pu le finir.
Dès mon arrivée, mon ami avait installé mon panier, avec un coussin par-dessus, devant la porte du balcon. Comme nous sommes au premier étage, ça me fait un bon poste d'observation, d'où j'aime à regarder la rue. J'ai pris une grande décision: celle de m'y installer pour faire moi- même, lorsque je serais seul, le maneki-neko. Comme ça, si la fortune venait à passer, elle me verrait sûrement, pour peu qu'elle lève un peu les yeux, et saurait que nous l'attendions. Je me suis assis sur le coussin et j'ai levé la patte droite. C'était dur, je devais souvent m'arrêter pour me reposer, mais j'ai tenu bon. J'ai tenu bon plusieurs jours, peut-être une semaine.Et moi, je ne l'ai pas remarquée, la fortune, mais elle, elle a de bons yeux et elle m'a vu!

Je l'ai su, ce soir-là, rien qu'à la façon dont mon ami a ouvert la porte. Ensuite il est entré rayonnant, il m'a pris dans ses bras et m'a fait tourner en disant:
- Chamboule! ça y- est, Chamboule, la chance est avec nous!
Il avait retrouvé du travail. Enfin, presque! C'était une histoire incroyable:
Il traversait le vieux parc quand il avait entendu des cris de femme, et un homme cagoulé s'était presque jeté dans ses jambes, emportant un sac à main. Mon ami lui avait sauté dessus, le lui avait fait lâcher et l'avait redonné à la dame. Il voulait appeler les pompiers, mais elle n'avait pas été molestée, elle était simplement tremblante et choquée. Elle lui avait demandé d'appeler plutôt son fils et de l'accompagner pour prendre un thé au bar d'en face en l'attendant. Le fils arrivé, mon ami s'était levé pour partir, mais la dame avait voulu qu'ils prennent ensemble un autre thé. Ils avaient fait connaissance. Le fils tenait une grande librairie dans une ville voisine et il avait besoin d'un nouveau vendeur. Mon ami semblait avoir le profil qui convient, ils avaient rendez-vous le lendemain.
- Tu vois, disait mon ami, c'est vraiment un coup de veine! Même en morceaux, il fonctionne, le maneki-neko!
Pauvre de moi! Il croyait que c'était l'autre qui avait tout fait! Je le regardais, j'avais le coeur navré, je m'étais donné tellement de mal! Je le regardais, et brusquement j'en ai pris mon parti. Tant pis, s'il ne se doutait de rien! Qu'il soit heureux! C'était ce que j'avais voulu! C'était la chose la plus importante du monde!
Il avait retrouvé sa joie. Il était sûr que tout marcherait bien et tout a bien marché. ,Peu de temps après, il m'a annoncé qu'il était engagé pour de bon. Il n'arrêtait pas d'en soupirer d'aise. Il n'avait jamais demandé une grosse fortune, mon ami. Un peu lui suffisait!Après dîner, il a mis de la musique, a pris un livre et s'est assis dans le fauteuil. J'ai sauté sur ses genoux. Il m'a caressé en m'appelant son beau chat, son gentil chat, son chouette copain, son mini-frère à quatre pattes- il invente pour moi plein de noms de tendresse. Puis il m'a dit:
- Et tu sais, mon vieux Chamboule, le truc, là-bas, dans le tiroir, c'est de la blague!On fait semblant d'y croire pour s'amuser, mais ce n'est qu'un objet, sans coeur ni âme, comment aurait-il le moindre pouvoir? Je vais te dire, Chamboule, c'est toi, c'est toi tout seul, mon maneki-neko.
De bonheur, j'ai fermé les yeux. Mon ami, c'est le plus beau, le plus grand, le plus fort, le plus intelligent, le meilleur des humains. Il me caressait doucement. Je ronronnais. Dehors, j'entendais les grands souffles du vent, la pluie qui cinglait les volets. Mais chez nous, sous la lampe, il faisait beau et doux. Il fait merveilleusement beau et doux, quand on nous aime!


* Tous droits réservés.

samedi 23 février 2008

Dit de l'âne




Mon ami, monsieur Francis Jammes
connaissait le fond de mon âme.

Il me savait pensif et doux
quand je marchais le long des houx.

Il aimait mes yeux sans soleil,
mon pas fatigué, mes longues oreilles.

Vous, qui m'abreuvez de critiques :
" Têtu, capricieux, lunatique"
je vous trouve peu sympathiques

Bien qu'appelé bête de somme,
je suis moins bête que les hommes!

Si parfois ma cuisine pique,
j'ai le coeur tendre et pacifique.

J'aime le son, j'aime le son,
mais pas celui du canon!

mardi 21 août 2007

Azalou et le soleil



C'étaient les grandes vacances. Mais on ne l'aurait jamais dit! La fin du printemps et le début de l'été ressemblaient à un automne. Il faisait gris, il pleuvait, il ventait. On n'avait pas pu ranger les petites laines et même, parfois, il fallait en ressortir une grosse.
- Quel sale temps! disait Maman.
- Est-ce que ça devrait exister, un temps pareil, en Juillet? demandait Mamie. Le Bon Dieu ne fait plus son travail! Si ça continue, je vais faire signer une pétition à tous les vacanciers et la lui envoyer. C'est comme ça, de nos jours: il faut se fâcher pour obtenir quelque chose!
- II est vieux, le Bon Dieu, répondait Mémé.Il est peut-être fatigué!
Elle savait de quoi elle parlait, Mémé. C'est la maman de Papy. Elle est obligée de descendre les escaliers tout de travers parce qu'elle a mal aux chevilles, et elle se couche tôt, le soir, sinon elle s'endort sur le canapé.
- Vous en faites, des histoires! a dit Azalou avec son sourire éclatant. Vous n'allez quand même pas déranger le Bon Dieu pour ça! Si vous voulez, j'irai vous le chercher, moi, le soleil!
- Ca y est! s'est exclamée Maman, Azalou a encore une idée géniale! Et où iras-tu comme ça, ma bichette? Au supermarché du bout de la rue? Le soleil est enfoui là-bas au fond de la réserve et ils ont oublié de le mettre en rayon? C'est ça?
- Mais non! J'irai le chercher chez lui! a dit Azalou. Je ferai vite! Vous ne vous apercevrez même pas que je suis partie! Vous me croirez en train de jouer chez Camille!
Elle a pensé en elle-même:
- Ou plutôt, vous me croirez en train de dormir!
Ils ne savaient pas! Elle n'avait pas encore trouvé comment faire pour leur parler de Nasko, le petit cheval blanc aux pieds d'argent qui venait lui parler à la fenêtre de sa chambre les soirs de lune, dès que Maman avait repoussé la porte. On ne fermait pas complètement à cause de Bali, qui dormait dans la chambre. Et Bali, la gentille, tranquille au creux de sa corbeille, sous le bureau, n'aboyait même pas en entendant Nasko. Une chance!
Azalou avait accepté à deux reprises d'aller faire un tour sur le dos du petit cheval. Il galopait, galopait, galopait, si vite que le vent vous sifflait aux oreilles. Ses sabots levaient des gerbes d'étincelles. Jusqu'en Chine, ils étaient allés. Ils avaient bondi par-dessus la Grande Muraille. Azalou l'avait bien reconnue. L'oncle de Camille y était allé et en avait rapporté des photos. Mais là, elle avait demandé à rentrer à la maison. Elle ne voulait pas que Papa et Maman risquent de découvrir son absence; ils auraient été inquiets. En quelques secondes, elle s'était retrouvée dans son lit.
Avec Nasko, tout était possible! Elle pourrait sûrement aller vite fait chercher le soleil!
- Notre Azalou a un imaginaire foisonnant! a dit papa.( Il parle bien, Papa )! En plus, elle est dégourdie et décidée. Elle serait bien capable de faire ce qu'elle dit! Seulement, Bichette, je suis désolé, mais des parents responsables n'ont pas le droit de laisser leur enfant courir seul les routes. Alors, je dois dire non!
- Cent pour cent d'accord avec Papa! a dit Maman.
Papy a levé le nez de son livre et il a souri dans sa barbe. Ce que pensaient Mamie et Mémé, elles l'ont gardé pour elles. Elles savaient qu'il ne faut pas mettre son grain de sel dans les discussions parents-enfants. Mémé savait aussi que ce serait trop dur pour elle, même si elle en avait envie, d'aller avec Azalou chercher le soleil. Pour faire diversion, Mamie s'est dirigée vers la fenêtre:
- Est-ce qu'on va quand même faire un tour en ville ou sur la plage? a-t-elle demandé.
- Allez-y si vous voulez, a dit Mémé. Moi, je vais rester ici. Il pleut.
- C'est ça! a dit Papy. Allons nous aérer un peu pendant que Mémé se repose.
C'était lui que le mauvais temps dérangeait le moins. Il adore marcher sous la pluie

Quand Nasko est arrivé ce soir-là, Azalou a été bien surprise. Il n'avait pas envie de l'emmener chez le soleil. Il disait qu'il y fait trop chaud et qu'il avait peur de roussir sa belle crinière blanche:
- Et si je te ramène avec les cheveux grillés et des cloques sur la figure, que vont dire tes parents?
Azalou n'y avait pas pensé et c'est vrai que ça posait problème. Mais devant son air déçu, Nasko a proposé:
- Ce que je peux faire, c'est t'emmener chez son neveu Crache-Loin, et, de là, tu lui téléphoneras.
- Et qui est son neveu Crache-Loin?
- Le dragon de la Haute Montagne!
- M'emmener chez un dragon? Mais il va nous dévorer! Je ne veux pas!
- N'aie pas peur! Celui-ci n'a jamais dévoré personne! Il est très gentil! Il est mon ami!
Bon! Puisque Nasko le disait! Azalou a enfilé son K-way, pris son sac à dos où restait, intact, le goûter qu'on avait emporté sur la plage car il avait fallu rentrer en catastrophe, sous la pluie.
Et en route! Nasko galopait, galopait, galopait, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles. En un instant, il était loin dans la campagne. Et tout à coup, ils ont vu apparaître à l'horizon un gros nuage noir qui fonçait sur eux à toute allure.
- L'orage arrive! a dit Azalou, pas rassurée du tout.
- Ne t'inquiète pas! a répondu Nasko. C'est Sentinella qui m'entend galoper et qui envoie aux nouvelles!
Il lui a expliqué que Sentinella était la gardienne des portes du Pays d'En Haut. Il y en avait sept et elle était présente aux sept en même temps. Le nuage arrivait. Nasko a frappé le sol d'un de ses sabots et il s'est élevé au-dessus d'eux un arbre au feuillage si serré qu'ils ne risquaient rien de la pluie. Surprise! Ce n'est pas de l'eau qui est tombée, mais des corbeaux et ils se précipitaient pour becqueter les jambes de Nasko. Il s'est mis à piaffer. Il envoyait les corbeaux rouler à plusieurs mètres. Ils faisaient: " Aïe!" et ils se dépêchaient de se relever et de décoller pour rejoindre leur nuage qui a rebroussé chemin.
De nouveau, Nasko a galopé et là, ils ont entendu, au loin, des aboiements:
- Sentinella a lâché ses chiens! a dit Nasko. Donne-leur des gâteaux, ça leur fera plaisir.
Trois énormes chiens roux accouraient, mais soudain ils ont cessé d'aboyer et ont crié:" Nasko! Nasko!" en gambadant autour de lui.
- Bonjour! a dit Nasko. la petite fille, c'est Azalou. Elle vous a apporté quelque chose!
Ils sont venus prendre délicatement les gâteaux qu'Azalou leur tendait et ils ont crié:" Azalou! Azalou!" et ils lui léchaient la main.
Et ils ont tous galopé, galopé, galopé, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles. Les chiens ont pris un peu d'avance, se sont arrêtés devant une énorme haie d'épines qui semblait monter jusqu'au ciel. Ils ont crié:
- Sentinella, tu peux ouvrir, c'est Nasko!
- Je sais bien que c'est Nasko; les corbeaux me l'ont dit! a répondu une voix. Mais pourquoi amène-t-il une petite fille?
- Bonjour, Sentinella! a dit Nasko. J'emmène Azalou chez Crache-Loin, elle voudrait parler au soleil.
- Elle est gentille, ont dit les chiens: elle nous a donné des gâteaux!
La haie d'épines a disparu aussitôt. Mais il restait une belle et haute grille de fer forgé fermée au cadenas. Derrière la grille , se tenait une dame, qui paraissait immensément vieille, qui était immensément belle; ses yeux faisaient penser à la mer. Azalou avait fait l'inventaire de son sac à dos. Elle a dit:
- Madame, permettez-moi de vous offrir des bonbons à la menthe. Ce sont les préférés de ma Mémé. Elle trouve que ça lui donne du tonus. J'aimerais aussi vous laisser ce qui reste de gâteaux pour les chiens!
Et elle lui a dédié son sourire éclatant.
- C'est vrai qu'elle est gentille, a murmuré Sentinella, et elle a ouvert la grille.
- Passez! Et saluez pour moi Crache-Loin.
Azalou a eu à peine le temps de dire merci et de donner ses cadeaux; ils étaient déjà en train de galoper, galoper, galoper, si vite que le vent leur sifflait aux oreilles.

On ne pouvait pas avoir peur de Crache-Loin. C'était un dragon aimable et joyeux. Il les avait accueillis par quelques pas de danse, en chantant:"Boum, la la! Pirouli! Piroula! la li la la boum! boum! boum! ça faisait rire. Quand Azalou lui avait donné ce qui restait dans son sac à dos, un gros paquet de bonbons aux fruits, il lui avait fait, dans les cheveux, un bisou qui chatouille. Puis, il avait appelé au téléphone son no-noncle Soleil, qui avait répondu "Allo!" de sa voix tonnante et il lui avait résumé la situation. Mais maintenant qu'Azalou avait le portable entre les mains,elle se sentait tout intimidée, toute bête et ne savait plus quoi dire.
- Si j'ai bien compris mon neveu, a dit la grosse voix, tu es une petite fille et tu trouves qu'on ne me voit pas assez chez toi? Tu crois donc que c'est amusant pour moi, de regarder les gens de la Terre? Toujours à se faire la guerre! Toujours à se disputer! Je vais te dire: ils me fatiguent! Leur tourner le dos un peu, ça me fait du bien! Est-ce que tu le comprends? Evidemment, toi, tu n'y es pour rien; ce n'est pas la faute des petites filles!
Pleine d'espoir, elle a dit:
- Monsieur Soleil, peut-être vous me connaissez? Je suis Azalou. J'aurais tellement besoin de vous pour que ma famille passe de bonnes vacances!
- Azalou? Bien sûr, je te connais!C'est toi qui habites la maison en bois pas très loin de la mer. Bon! Eh bien, pour toi, je vais faire un effort, c'est promis!
- Oh! Merci, Monsieur Soleil! Merci...
Il avait déjà raccroché.
Crache-Loin a fait quelques galipettes. Il a chanté:"Boum la la! Pirouli! Piroula! La li la la boum! boum! boum!I l a dit à Nasko de revenir le voir quand il voudrait, ça lui ferait plaisir, pui il a demandé:
- Voulez-vous que je vous renvoie à la maison?
Nasko voulait bien; ils gagneraient du temps; ça leur rendrait service. Crache-Loin a soufflé tout doucement - ils ont été enveloppés de lumière et de chaleur - puis de plus en plus fort. ils ont traversé le ciel à toute allure et l'instant d'après, la boule de lumière s'est dissipée. Azalou était dans sa chambre.

Le lendemain, elle a été réveillée par la voix de Maman:
- Tout va bien, chérie? ce n'est pas le moment de faire la grasse matinée, regarde un peu ce ciel!
Azalou s'est assise dans son lit. Le soleil entrait à flots par la fenêtre.
- Tu vois, tu n'auras pas besoin d'aller chercher le soleil! Il est là! A moins...à moins que tu n'y sois allée cette nuit?
Azalou était enchantée! Maman devinait tout!
- Oui, justement, j'y suis allée, mais pas toute seule! C'est Nasko qui m'a emmenée!
- Nasko?
- Oui, un petit cheval blanc qui vient me parler à la fenêtre.
- Et tu ne nous l'a pas présenté! Je veux absolument le connaître! Maintenant, debout, ma bichette, il faut profiter de cette belle journée!
A partir de ce jour, les vacances ont été magnifiques. Il faisait chaud, mais pas trop ; on pouvait rester longuement sur la plage. Souvent, le soir, on faisait des promenades le long de la mer. Papa et Papy partaient devant, avec leurs grandes jambes. Bali les suivait mais se retournait souvent pour voir ce que devenait le reste de la troupe; et quand ils revenaient tous les trois, on rebroussait chemin avec eux vers la maison. D'autres fois, on restait tard dans le jardin, à regarder se lever les étoiles. La première, à l'ouest, du côté de la mer, c'était Arcturus la rouge. La deuxième, quand on renversait la tête, presque au-dessus de la maison, blanche et bleue, c'était Vega. Papa connaissait les étoiles par leur nom. Peut-être qu'un cheval blanc, quand il était petit, l'avait emmené vers elles. Ou des oiseaux. Papa les aimait tous, même les corneilles. Maman les traitait de sales bêtes parce qu'elles avaient pillé le nid de tourterelles, dans le peuplier, mais Papa disait que ce n'était pas de leur faute, c'était leur nature, elles n'avaient pas demandé à être comme ça. Oui, c'était sûrement des corneilles qui avaient emmené Papa jusqu'aux étoiles! On parlait de petites choses sans importance, on riait pour des riens. On était ensemble. On était contents. Parfois, on entendait un léger ronflement; c'était Mémé. Elle adorait ce qu'elle appelait les bains de fraîcheur du soir, dans la chaise longue. Azalou courait de l'un à l'autre, jouait avec Bali. Le soir, elle s'endormait avant que sa tête ait eu le temps d'arriver sur l'oreiller!
Parfois, quand ils dînaient sur la terrasse, le soleil faisait un clin d'oeil à Azalou par le trou de la haie, là où il manquait un laurier, avant de se coucher. Elle répondait par son signe secret: elle passait trois fois son index sur le bout de son nez. Puis elle le remerciait dans son coeur. Alors, elle l'entendait rire.
C'étaient de belles vacances, dont on se souviendrait. Quand les grands-parents sont repartis, Mémé a dit, en serrant Azalou dans ses bras:
- Merci, chérie, dêtre allée nous chercher le soleil!
Et Mamie s'est écriée:
- Mais c'est vrai! J'avais oublié! merci, Azalou!
De Nasko, il n'a pas été question. De toute façon, il n'était pas revenu.
Azalou leur a dédié à tous son sourire éclatant. Elle les aimait, ceux-là! Elle les aimait comme ils étaient, avec leur qualités et leurs défauts. Elle savait depuis longtemps que les grandes personnes disent un peu n'importe quoi et qu'elles n'ont pas beaucoup de mémoire.


* tous droits réservés.

mardi 5 juin 2007

Le dit du renard



Soyons amis et laisse-moi tranquille,
disait le renard à Rocky, le
chien de la ferme voisine.
J'en ai assez de tes poursuites!
Pourquoi me mettrais-tu en fuite?
J'ai acheté une conduite!
Je ne mange plus de lapins
ni de poules, ni de pin-
-tades, pas même un mulot égaré
cherchant son trou dans les guérêts!
Terminés meurtres et rapines,
festins sanglants dans les sapines!
Je ne me mets plus sous la dent
que des rizhomes de chiendent.
Dormez en paix, potentielles victimes!
Je veux être un renard de bien.
Je me suis fait végétarien!


* tous droits réservés.

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